‹ Pages choisies des grands écrivainsChapitre 12 sur 54 · XX INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XX INTRODUCTION

les bords de la fosse s'est agenouillé et lui a envoyé des baisers en pleurant. La fosse était trop étroite, le cercueil n'a pas pu y entrer. On l'a secoué, tiré de toutes les façons, on a pris un louchet, des leviers, et enfin un fossoyeur a marché dessus, c'était la place de la tête, pour la faire entrer. J'étais debout à côté, mon chapeau à la main je l'ai jeté en criant. Je te dirai le reste de vive voix, car j'écrirais trop mal tout cela. J'étais sec comme la pierre d'une tombe, horriblement irrité *. >

Il disait pendant l'agonie : « J'ai les yeux secs comme un marbre. C'est étrange, autant je me sens expansif, fluide, abondant, débordant dans les douleurs fictives, autant les vraies restent dans mon cœur acres et dures; elles s'y cristallisent à mesure qu'elles y viennent. » Ces douleurs serrées, qui ne coulent point en larmes, et n'éclatent pas en paroles, ce sont celles des âmes les plus tendres, qui sont les plus profondément atteintes; elles se réservent leur souffrance, et interdisent à l'imagination de développer le sentiment.

M""° Commanville nous a dit ce que Flaubert fut pour l'enfant de sa sœur; elle nous a raconté de quelle bonté paternelle il l'éleva, l'instruisit, libéral de son temps, prenant sur son travail, laissant la Bovary pour donner uno léi;on de grammaire ou d'histoire à une gamine; comment plus tard, il avait, par dévouement, fait aux siens l'abandon de sa fortune, le sacrifice immense de cette aisance qui lui permettait de faire son œuvre avec un entier loisir et une pleine indépendance.

Avec ses amis, nous le trouvons le même que dans sa famille. Il en perdit plusieurs avec déchirement, comme cet Alfred Le Poitevin, mort en 1848, auquel il dédiait en 1874 sa Tentation de saint Antoine. Il comptait ses morts avec douleur : il ne laissait pas toucher aux vivants. Il rompit avec un journal ami, parce qu'on y avait mal parlé de Renan. Mais, comme on choisit ses amis si l'on ne choisit pas ses parents, ainsi que le disait l'empereur Napoléon 111, il voulait des amis qui fussent en communion d'idées avec lui, et avec qui il pût y avoir intimité des

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