Corresp., IV, GG
raUODUCTION XXIII
FMusiours années après la sortio du collrj^'c, il s»; remit au grec : il lutta contre Sophocle, Homère, Hérodote, Théocritc ; il voulut les entendre, et il y p.irvint. (ilia(jue jour, il lisait quelipies pa^'es de i^rec. A bord de la Cawjr^ en remontant le Nil, il absorba plus de quatre chants de yOili/ssrc.
Pendant lon^^'lemps aussi, il s«' mit au mémcî ré|^'ime pour le latin : il j)rati(pia Vir|.'ile, Lucrèce, Suétone, Tacile.
Il lisait la liible. 11 lisait SucnwiltUn, qui l'emplissait d'une idée relii,Meuse de l'Inde. 11 lisait VHisloire de la Nouvellc.-K^paune dans la traduction de M. de Ileredia, qui lui faisait vivre l'épique aventure des conquhtndore^.
Il lisait Ileiîcd et Kant, où il s'obstinait malgré la forme. 11 revenait à Spinoza trois fois, à trois époques de sa vie, toujours avec la même admiration et la même avidité. Sur la fin, Schopenhauer lui fut révélé, et fut tout de suite son homme. Herbert Spencer aussi lui plut.
Il adorait bon Quichotte, s'enfonçait avec stupeur dans Shakespeare. Byron fut un des enthousiasmes de son enfance, et resta pour lui le peintre vrai de l'Orient. Il lut Gœthe, qui ne marqua point sur lui. Il faisait de grandes réserves sur Dante.
Comme il est juste, il lisait surtout les français : Hugo, Rabelais. Montesquieu, ceux-ci dès l'enfance et toute la vie; Beaumarchais, Hégnier, Le Sage, Boileau. Il découvrit Ronsard en 1852, avec ivresse. Il disait détester Rousseau; il en admirait la forme. Il ne tolérait pas qu'on méprisât Voltaire, ni l'homme, ni l'œuvre. Les idées et le raisonaement de Chateaubriand ne lui revenaient guère; mais il y trouvait des maîtresses pages ; cela, avec un peu de Montesquieu et La Bruyère, c'était ce qui apprenait à mettre debout une phrase française. Il disait en général qu'il fallait lire tous les jours un classiipie. Il estimait Balzac; il ne goûta jamais Sand , dont la personne seule lui fut chère. Il ne s'accommoda jamais de Stendhal, et s'en éloigna de plus en plus. 11 louait maigrement Vigny et Sully-Prudiiomme.
Ses haines furent Fénelon et Lamartine, les maitres de la phrase molle; Musset, le grand poète qui n'est pas artiste; Bérauger, Delavigne, Thiers, Augier, écrivains