XXXII INTRODUCTION
dire lorsqu'il lui avait arraché le secret de son originalité esthétique. Il n'y prenait surtout que ce qui lui servait pour son œuvre, résistant aux tentations de l'observaiion. pour ne point glisser dans la notation superficielle de tous les accidents curieux, dans le reportage insignifiant et diffus. S'il n'avait que six lignes à donner, il extrayait le caractère utile et le forçait à se condenser en six lignes. Il avait d'ailleurs un respect religieux du vrai : il estimait que l'impression totale. s'ontient par le xnoix sévère du détail, et que si l'artiste a le droit de suppléer 'par l'invention vraisemblable aux insuffisances irréparables de la connaissance, rien absolument ne dispense d'être exact, quand on peut l'être, s'agit-il du plus mince détail. Et Flaubert démolit un chapitre de son Éducation sentimentale, quand il s'aperçoit qu'il avait fait aller ses personnages par chemin de fer de Paris à Fontainebleau, un an avant que le chemin de fer existât : il étudie alors scrupuleusement les itinéraires possibles et les moyens de transport usités précisément en cette année-là.
Ce^u'il voulait, ensomme, c'était fournir une représentation de l'humanité moyenne, de la vie telle qu'elle est^ P^ut être, telle qu'elle a été, ou puêtre.. C'est par Ta^ g en restant dans les généralités probables » \ qu'il croyait donner au roman mn caractère scientifique, a Pas de monsFres^et pas de héros ^! » 11 se réTûsait à peindre ce qui n'eût été que son désir ou sa fantaisie. Il s'efforçait d'apercevoir, et de recomposer les types normaux, par conséquent vraisemblables et possibles : il savait du reste ne pas juger de la vérité d'un type par le nombre des individus réels qui le représentent, et que des formes rares peuvent être des formes régulières et permanentes de l'humanité. Il faut « essayer d'écrire pour l'éternité » ^, et il n'y a pas d'autre méthode pour le faire.