Corresp., III
INTRODUCTION XXXIIf
Los scrupules du stylo de Flaubort ont dôj.'i leur {«''l^'cudo. Il y a «|m.'l(jne chose do loucii.inl cl de risii)lo h le voir suer sur une phrase, se désespérer d'une consonauco, discuter une nielapliore, pourchasser une éfiïihète, raUirer, corri^^er, rclaire^, sans TejH)s, "sans déraîliance, avec ^M'aiurpeine et tourment d'esprit. Il faut que la phrase soiuie; il la lait j)asser par son < mieuloir ». Tout ce qui ne se dit pas bien est mauvais. Dans ses classiques, chez les auteurs contemporains, un adjectif le l'ail pâmer, un certain ordre de mots l'enivre; la prose indécise, amorphe, l'exaspère; il no panh^imo pas à Fénelon d'avoir, à ce qu'il écrit, gâté son ami Henan, en l'accoutumant aux mollesses lâches du style ondoyant. Depuis Malherbe on n'a pas vu pareil éplucheur de syli>ibes, pareil esclave et tyran à la fois des mots, pareil observateur des minuties grammaticales et des petits artifices d'élocution. La mesfjuinerie des procédés et des règles donne un air de puérilité à la ferveur de celte dévotion. Flaubert, dans son culte du style, a le formalisme et le rigorisme d'une dévote de petite ville qui se fie plus, pour gagner le ciel, à quelque jeûne extraordinaire (ju'à la bonne vie journalière. Ne refusait-il pas de modifier un trait invraisem!>lable d'un de ses contes parce que la correction dérangeait sa phrase, qu'il ne pouvait plus refaire autrement?
Gautier ne prétendait-il pas que Flaubert, ayant encore un chapitre de roman à écrire, possédait déjà toutes ses « chutes de phrase »? Ne contait-il pas que Flaubert ne se consolait pas d'avoir écrit : « Une couronne de Heurs d'oranger », deux génitifs chevauchant l'un sur l'autre •?
M. de Goncourt ne nous montre-t-il pas Flaubert et Feydeau aux prises 2, s'échaulTant, gesticulant, criant, sur une métaphore de Massillon et de Lamartime, excommu-
i. Jourudl (1rs (loncourt, il, IL 2. Ibifl., I, 128.