‹ Pages choisies des grands écrivainsChapitre 3 sur 54 · VIII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

VIII INTRODUCTION

nous livre de précieux renseignements, d'un air et d'un ton où trop souvent perce la malveillance à l'égard de l'ami dont il parle; au fond, il a plus d'inintelligence et plus de vanité que de malveillance, et, en face d'une nature dont sa médiocrité d'esprit n'embrasse pas toute la grandeur, il fonde naïvement des prétentions de supériorité sur des avantages accessoires ou vains, M. Edmond de Concourt, avec son frère depuis 1857, puis seul, pendant une dizaine d'années, a été le commensal, le familier de Flaubert : il l'a vu dans ses luttes triomphales pendant trois ou quatre ans et dans sa gloire définitive ; il en a noté les propos, l'accent, les attitudes, sans parti pris d'hostilité ni de sympathie, avec cette forme étonnante d'impartialité qu'il n"a pas inventée peut-être, mais qu'il s'est rendue bien propre, et qui consiste à transcrire les formules des idées sans essayer de saisir les idées, de peur d'altérer en comprenant : car comprendre, c'est toujours prendre possession de l'objet, et l'esprit s'y arrête en le pénétrant.

Enfin, et surtout, nous avons une image de Flaubert, plus ample, plus pure et plus fidèle que toutes les autres : c'est celle qui s'est déposée dans sa Correspondance *, une des plus riches (je ne parle pas du nombre des lettres), des plus caractéristiques, des plus belles que je connaisse en ce siècle : elle s'ouvre en 1830; il a neuf ans; elle se termine en 1880, à la veille de sa mort. Et s'il évitait de se mettre dans ses livres, dans ses lettres il se lâchait, il jetait toute sa vie, c'est-à-dire les émotions de son cœur et les agitations de sa pensée : sa biographie intellectuelle est là, écrite au jour le jour. ,

Nous réunirons ces images : nous les compléterons l'une par l'autre; nous les rectifierons au besoin. Mais il est remarquable que, si nous faisons abstraction, comme nous devons, des sentiments et jugements personnels de ceux qui nous parlent de Flaubert, tous ces récits, d'inspiration et d'intention si différentes, nous donnent à la fin sensiblemeut la même empreinte, qui correspond aussi assez exactement à celle que la Correspondance

1. Correspondance avec G. Sand, 1 vol.; Correspondance^ 4 vol.

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