‹ Pages choisies des grands écrivainsChapitre 38 sur 54 · BOUVARD FT P^:CUCI1FT · texte numérisé non relu

BOUVARD FT P^:CUCI1FT

los récoltes. A ceux qui avaicut l'air d(''^^oCité, il disait :

a Mais c'est de l'or! c'est de l'or! d

Et il regrettait de n'avoir pas encore plus de fumiers. Heureux les pays où l'on trouve des grottes naturelles pleines d'excréments d'oiseaux!

Le colza fut chétif, l'avoine médiocre, et le blé se vendit fort mal, à cause de son odeur. Une chose étrange, c'est que la Butte, enfin épierrée, donnait moins qu'autrefois.

Il crut bon de renouveler son matériel. Il acheta un scarificateur Guillaume, un extirpateur Valcourt, un semoir anglais et la grande araire de Mathieu de Dombasle, mais le charretier la dénigra.

a Apprends à t'en servir!

— Eh bien! montrez-moi. »

Il essayait de montrer, se trompait, et les paysans ricanaient.

Jamais il ne put les astreindre au commandement de la cloche. Sans cesse il criait derrière eux, courait d'un endroit à l'autre, notait ses observations sur un calepin, donnait des rendez-vous, n'y pensait plus, — et sa tète bouillonnait d'idées industrielles. Il se promeltait de cultiver le pavot, en vue de l'opium, et surtout l'astragale, qu'il vendrait sous le nom de « café des familles ».

Afin d'engraisser i)lus vite ses bœufs, il les saignait tous les quinze jours.

Il ne tua aucun de ses cochons et les gorgeait d'avoine salée. Bientôt la porcherie fut trop étroite. Ils embarrassaient la cour, défonçaient les clôtures, mordaient le monde.

Durant les grandes chaleurs, vingt-cinq moutons se mirent à tourner, et, peu de temps après, crevèrent. La même semaine, trois bœufs expiraient, conséquence des phlébotomies de Bouvard.

Il imagina, pour détruire les mans \ d'enfermer des poules dans une cage à roulettes, que deux hommes poussaient derrière la charrue; — ce qui ne manqua point de leur briser les pattes.

Il fabriqua de la bière avec des feuilles de petit chêne et la donna aux moissonneurs en guise de cidre. Des maux d'entrailles se déclarèrent. Les enfants pleuraient, les femmes geignaient, les hommes étaient furieux. Ils menaçaient tous de partir, et Bouvard leur céda.

Cependant, pour les convaincre de l'innocuité de son breuvage, il en absorba devant eux plusieurs bouteilles, se sentit gêné, mais cacha ses douleurs sous un air d'enjouement. Il fit même transporter la mixture chez lui. Il en buvait le soir avec Pécuchet, et tous deux s'efforçaient de la trouver bonne. D'ailleurs, il ne fallait pas qu'elle fût perdue.

Les coliques de Bouvard devenant trop fortes, Germaine alla chercher le docteur.

C'était un homme sérieux, à front convexe, et qui commença par effrayer son malade. La cholérine de monsieur devait tenir à cette bière dont on parlait dans le pays. Il voulut en savoir la composition, et le blâma en termes scientifiques, avec des haussements d'épaules. Pécuchet, qui avait fourni la recette, fut mortifié.

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