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Une de leurs voisines

BOUVAHI) I:T rÉCLCUET 307

grains de blé vous cin;,'laieiit la lij^uire comme des grains de plomb. Puis la meule s'écroulait par terre en un large brasier, d'où s'envolaient des étincelles; et des moires ondulaient sur cette masse rouge, qui oiTraitdans les alternances de sa couhnir des[)artic3 roses comme du vermillon, et d'autres brunes comme du sang caillé. La nuit était venue, le vent souillait; des tourbillons de fumée enveloppaient la foule. Une llamméclie, de temps à autre, passait sur le ciel noir.

Bouvard contemplait l'incendie en pleurant doucement. Ses yeux disparaissaient sous leurs paupières gonflées, et il avait tout le visage comme élargi par la douleur. M"° Bordin, en jouant avec les franges de son cliàle vert, rap[)elait : a Pauvre monsieur », tàcbait de le consoler. Puisqu'on n'y pouvait rien, il devait se faire une raison.

Pécucbet ne pleurait pas. Très pâle, ou plutôt livide, la bouche ouverte et les cheveux collés par la sueur froide, il se tenait à l'écart, dans ses réflexions. Mais le curé, survenu tout à coup, murmura d'une voix câline :

« Ah! quel malheur, véritablement; c'est bien fâcheux! Soyez sûr que je participe!... b

Les autres n'affectaient aucune tristesse. Ils causaient en souriant, la main étendue devant les flammes. Un vieux ramassa des brins qui brûlaient pour allumer sa pipe. Des enfants se mirent à danser. Un polisson s'écria même que c'était bien amusant.

« Oui, il est beau, l'amusement! » reprit Pécuchet, qui venait de l'entendre.

Le feu diminua, les tas s'abaissèrent, et une heure après, il ne restait plus que des cendres, faisant sur la plaine des marques rondes et noires. Alors on se retira.

T^mo Bordin et l'abbé Jeufroy reconduisirent MM. Bouvard et Pécuchet jusqu'à leur domicile.

Pendant la route, la veuve adressa à son voisin des reproches fort aimables sur sa sauvagerie, et l'ecclésiastique exprima toute sa surprise de n'avoir pu connaître jusqu'à présent un de ses paroissiens aussi distingué.

Seul à seul, ils cherchèrent la cause de l'incendie, et, au lieu de reconnaître avec tout le monde que la paille humide s'était enflammée spontanément, ils soupçonnèrent une vengeance. Elle venait sans doute de maître Gouy ou peut-être du taupier. Six mois auparavant, Bouvard avait refusé ses services, et même soutenu dans un cercle d'auditeurs que son industrie étant funeste, le gouvernement la devrait interdire. L'homme, depuis ce temps-là, rôdait aux environs. Il portait sa barbe entière, et leur semblait effrayant, surtout le soir, quand il apparaissait au bord des cours en secouant sa longue perche garnie de taupes suspendues.

Le dommage était considérable, et, pour se reconnaître dans leur situation, Pécuchet, pendant huit jours, travailla les registres de Bouvard, qui lui parurent « un véritable labyrinthe ». Après avoir collationné le journal, la correspondance et le grand- livre couvert de notes au crayon et de renvois, il reconnut la vérité : pas de marchandises à rendre, aucun effet à recevoir, et en caisse, zéro.

BOuvAnn F.T PÉCUCHET noo

Le capital se marquait par un déficit de trente-trois mille francs.

liouvard n'en voulut rien croire, et plus de vin^t fois ils recommencèrent les calculs. Ils arrivaient toujours à la même conclusion. Kncore deux ans d'une aj^ronomie pareille, leur fortune y passait! Le seul remède était de vendre.

j:.A TENTATION DE SAINT ANTOINE

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