‹ Pages choisies des grands écrivainsChapitre 48 sur 54 · Sur le goût et les changements du goût · texte numérisé non relu

Sur le goût et les changements du goût

droite, au pied de la colline, sur un mouvement de terrain qui se soulève du fond du vallon en s'arrondissant comme la carapace d'une tortue, on voit de grands pans de muraille inégaux qui allongent les uns par-dessus les autres leurs sommets ébréchés.

On longe une haie, on grimpe un petit chemin, on entre sous un porche tout ouvert qui s'est enfoncé dans le sol jusqu'aux deux tiers de son ogive. Les hommes qui y passaient jadis à cheval n'y passeraient plus qu'en se courbant maintenant. (Quand la terre s'ennuie de porter un monument trop longtemps, elle s'enfle de dessous, monte sur lui comme une marée, et pendant que le ciel lui rogne la tête elle lui enfouit les pieds.) La cour est déserte, l'enceinte est vide, les herses ne remuent pas, l'eau dormante des fossés reste plate et immobile sous les ronds nénuphars.

Le ciel était blanc, sans nuages, mais sans soleil. Sa courbe pâle s'étendait au large, couvrait la campagne d'une monotonie froide et dolente. On n'entendait aucun bruit, les oiseaux ne chantaient pas, l'horizon même n'avait point de murmure, et les sillons vides ne vous envoyaient ni les glapissements des corneilles qui s'envolent, ni le bruit doux du fer des charrues. Nous sommes descendus, à travers les ronces et les broussailles, dans une douve profonde et sombre cachée au pied d'une grande tour qui se baigne dans l'eau et dans les roseaux. Une seule fenêtre s'ouvre sur un de ses pans, un carré d'ombre coupé par la raie grise de son croisillon de pierre. Une touffe folâtre de chèvrefeuille sauvage s'est pendue sur le rebord et passe au

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