‹ Pages choisies des grands écrivainsChapitre 26 sur 31 · I. — LA LOUTRE · texte numérisé non relu

I. — LA LOUTRE

[En 1823, le journaliste Emile Blondet est venu faire un séjour chez le général et la i^énérale de Montcornet, à la terre des Algues, en Bourgogne. Il ne larde pas à sentir la longueur des journées et surtout des malinées de campagne. Son désœuvrement le livre à la malice d'un vieux paysan qui s'entend à escroquer les écus des Parisiens.]

Après huit jours de promenades avec la comtesse, l'illustre rédacteur du Journal des Débats connaissait à fond le pavillon chinois, les ponts, les îles, la chartreuse, le chalet, les ruines du temple, la glacière babylonienne, les kiosques, enfin tous les détours inventés par les auhitcctes de jardins, et auxquels neuf cents arpents peuvent se prêter ; il voulait donc s'ébattre aux sources de l'AvonDC, que le général et la comtesse lui vantaient tous les jours, en formant chaque soir le pro-

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jet oublié chaque matin d'aller les visiter. En effet, audessus du parc des Aiguës, l'Avonne a l'apparence d'un torrent alpestre. Tantôt elle se creuse un lit entre les roches, tantôt elle s'enterre comme dans une cuve profonde; là, des ruisseaux y tombent brusquement en cascade ; ici, elle s'étale à la façon de la Loire, en effleurant des sables et rendant le flottage impraticable, parle changement perpétuel de son chenal. Blondet prit le chemin le plus court à travers les labyrinthes du parc pour gagner la porte de Couches...

La porte, qu'une jolie fille avait ouverte à Blondet, était en vieux bois alourdi par des quinconces de ferraille. Le garde, réveillé par le grincement des gonds, mit le nez à sa fenêtre et se laissa voir en chemise.

— Comment 1 nos gardes dorment encore à cette heure-ci ? se dit le Parisien en se croyant très fort sur la coutume forestière.

En un quart d'heure de marche, il atteignit aux sources de la rivière, à la hauteur des Couches, et ses yeux furent alors ravis par un de ces paysages dont la description devrait être faite comme l'histoire de France, en mille volumes ou en un seul. Contentonsnous de deux phrases.

Une roche ventrue et veloutée d'arbres nains, rongée au pied par l'Avonne, disposition à laquelle elle doit un peu de ressemblance avec une énorme tortue mise en travers de. l'eau, figure une arche, par laquelle le regard embrasse une petite nappe claire comme un miroir, où l'Avonne semble endormie, et que terminent au loin des cascades à grosses roches où de petits saules.

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pareils à des ressorts, vont et viennent constamment sous l'effort des eaux.

Au delà de ces cascades, les flancs de la colline, coupés raide comme une roche du Rhin vêtue de mousses et de bruyères, mais troués comme elle par des aiètes schisteuses, versant çà et là de blancs ruisseaux bouillonnants, auxquels une petite prairie, toujours arrosée et toujours verte, sert de coupe ; puis, comme contraste ù cette nature sauvage et solitaire, les derniers jardins de Couches se voient de l'autre côté de ce chaos pittoresque, au bout des prés, avec la masse du village et son clocher.

Voilà les deux phrases, mais le soleil levant, mais la pureté de l'air, mais l'acre rosée, mais le concert des eaux et des bois ! . .. devinez-les I

— Ma foi ! c'est presque aussi beau qu'à l'Opéra 1 se dit Blondet en remontant l'Avonne innavigable, dont les caprices faisaient ressortir le canal droit, profond et silencieux de la basse Avonne, encaissée par les grands arbres de la forêt des Algues...

En arrivant à un groupe de rochers où la source principale est serrée comme entre deux portes, le spirituel écrivain aperçut un homme qui se tenait dans une immobihté capable de piquer la curiosité d'un journaliste si déjà la tournure et l'habillement de celte statue animée ne l'avaient profondément intrigué.

Il reconnut dans cet humble personnage un de ces vieillards affectionnés par le crayon de Charlet, qui tenait aux troupiers de cet Homère des soldats par la solidité d'une charpente habile à porter le malheur, et à ses immortels balayeurs par une figure rougie, violacée

rugueuse, inhabile à la résignation. Un chapeau de feutre grossier, dont les bords tenaient à la calotte par des reprises, garantissait des intempéries cette tête presque chauve; il s'en échappait deux flocons de cheveux, qu'un peintre aurait payés quatre francs i'heure pour pouvoir copier cette neige éblouissante, et disposée comme celle de tous les Pères éternels clas siques. A la manière dont les joues rentraient en continuant la bouche, on devinait que le vieillard édenté s'adressait plus souvent au tonneau qu'à la huche. Sa barbe blanche, clairsemée, donnait quelque chose de menaçant à son profil par la raideur des poils coupés court. Ses yeux, trop petits pour son énorme visage, inclinés comme ceux du cochon, exprimaient à la fois la ruse et la paresse; mais en ce moment ils jetaient comme une lueur, tant le regard jaillissait droit sur la rivière. Pour tout vêlement ce pauvre homme portait une vieille blouse, autrefois bleue, et un pantalon de cette toile grossière qui sert à Paris à faire des emballages. Tout citadin aurait frémi de lui voir aux pieds des sabots cassés, sans môme un peu de paille pour en adoucir les crevasses. Assurément, la blouse et le pantalon n'avaient de valeur que pour la cuve d'une papeterie.

En examinant ce Diogcne campagnard, Blondet admit la possibilité du type de ces paysans qui se voient dans les vieilles tapisseries, les vieux tableaux, les vieilles sculptures, et qui lui paraissaient jusqu'alors fantastiques. Il ne condamna plus absolument l'école du laid, en comprenant que, chez Ihomme, le beau n'est qu'une flatteuse exception, une chimère à laquelle il ?'<^fl"orce de croire.

— Quelles peuvent être les idées, les mœuis d'un pareil être? à quoi pense-t-il? se disait Blondet pris de curiosité. Est-ce là mon semblable ? Nous n'avons de commun que la forme, et encore!...

Il étudiait cette rigidité particulière au tissu des gens qui vivent en plein air, habitués aux intempéries de l'atinosphère, à supporter les excès du froid et du chaud, à tout souffrir enfin, qui font de leur peau des cuirs presque tannés, et de leurs nerfs un appareil contre la douleur physique aussi puissant que celui des Arabes ou des Russes.

— Voilà les Peaux-Rouges de Cooper, se dit-il ; il n'est pas besoin d'aller en Amérique pour observer dos sauvages.

Quoique le Parisien ne fût qu'à deux pas, le vieillard ne tourna pas la tête, et regarda toujours la rive opposée avec cette fixité que les fakirs de l'Inde donnent à leurs yeux vitrifiés et à leurs membres ankylosés. Vaincu par celte espèce de magnétisme, plus communicatif qu'on ne le croit, Blondet finit par regarder l'eau.

— Eh bien, mon bonhomme, qu'y a-t-il dor.c là? demanda Blondet, après un gros quart d'heure pendant lequel il n'aperçut rien qui motivât cette profonde attention.

— Chut I... dit tout bas le vieillard en faisant signe à Blondet de ne pas agiter l'air par sa voix. Vous allez l'efîrayer...

— Qui?...

— Une loule, mon cher monsieur. Si aile nous entend, aile est capabe cd filer sous l'eau ! Et, gnia pas à dire, elle a sauté là, tenez!... Voyez-vous où l'eau bouille...

Oh ! elle gueltc un poisson ; mais, quand elle va vouloir rentrer, mon petit l'empoignera. C'est que vous voyez, la îoute est ce qu'il y a de plus rare. C'est un gibier scientifique, ben délicat, tout de même ; on me la payerait dix francs aux Aiguës, vu que leur dame fait maigre, et c'est maigre, demain. Dans les temps, défunt madame m'en a payé jusqu'à vingt francs et a me rendait la peaul... Mouche, appela-t-il h voix basse, regarde bien...

De l'autre côté de ce bras de l'Avonne, Blondet vit deux yeux brillant, comme des yeux de chat, sous une touffe d'aunes ; puis il aperçut le front brun, les cheveux ébouriffés d'un enfant d'environ douze ans, couché sur le ventre, qui fit un signe pour indiquer la 'outre et avertir le vieillard qu'il ne la perdait pas de vue. Blondet, subjugué par le dévorant espoir du vieillard et de l'enfant, se laissa mordre par le démon de la chasse.

Ce démon à deux griffes, l'espérance et la curiosité, vous mène où il veut.

— La peau se vend aux chapeliers, reprit le vieillard. C'est si beau, si doux ! Ça se met aux casquettes...

— Vous croyez, vieillard ? dit Blondet en souriant.

— Certainement, monsieur, vous devez en savoir plus long que moi, quoique j'aie soixante et dix ans, répondit humblement et respectueusement le vieillard en prenant une pose de donneur d'eau bénite, et vous pourriez peut-être 6en me dire pourquoi ça plaît tant aux conducteurs et aux marchands de vin.

Blondet, ce maître en ironie, déjà mis en défiance par le mot scientifique, en souvenir du maréchal de Kichelieu,

soupçonna quelque raillerie chez ce vieux paysan ; mais il fut détrompé par la naïveté de la pose et par la bêtise de l'expression.

— Dans ma jeunesse, on en voyait beaucoup eu d'ioutes ; le pays leur est si favorable I reprit le bonhomme; mais on les a tant chassées, que c'est tout au plus si nous en apercevons la queue û!eune par sept ans... Aussi el" sou-parfait de la Ville-aux-Fayes... Monsieur le connaît-il? Quoique Parisien, c'est un brave jeune homme comme vous, il aime les curiosités. Pour lors, sachant mon talent pour prendre les Imites, car je les connais comme vous pouvez connaître votre alphabet, il m'a donc dit comme ça : « Père Fourchon, quand vous trouverez une toute, apportez-la-moi, qui me dit, je vous la payerai bien ; si elle est tachetée de blanc iul'dos qui me dit, je vous en donnerai trente francs, fl V'ià ce qui me dit sur le port de la Ville-aux- Fayes, aussi vra que je crais en Dieu le Père, le Fils et le Saint-Esprit. 11 y a coi'e un savant, à Soulanges, M. Gourdon, nout médecin, qui fait, comme ils disent, un cabinet d'histoire naturelle, qu'il n'y a pas son pareil à Dijon, enfin le premier savant de ces pays-ci, qui me la payerait bien cherl... Il sait empailler les houmes et les bêtes ! Et dont que mon garçon me soutient que c' te /ou /e a des poils blancs... Si c'est ça, que lui ai-je dit, el bon Dieu nous veut du bien, à ce matin ! Voyez-vous l'eau qui bouille?... Oh I elle est là... Quoique ça vive dans une manière de terrier, ça reste des jours entiers sous l'eau. Ah 1 elle vous a entendu, mon cher monsieur, aile se défie, c;ir gn'y a i^as d'aniinau plus fin que celui-là ; c'est pire qu'une femme.

— C'est peut-être pour cela qu'on les appelle au féminin des loutres ? dit Blondet.

— Dame I monsieur, vous qui êtes de Paris, vous savez cela mieux que nous; mais vous auriez bien mieux fait pour nous, ed'dormi la grasse matinée, car, voyez-vous c'te manière de flot? elle s'en va par en dessous... Va, Mouche I elle a entendu monsieur, la loute, et elle est capable de nous faire droguer jusqu'à ménuit ; allons-nous-en... V'ià nos trente francs qui nagent 1 . . .

Mouche se leva, mais à regret ; il regardait l'endroit où bouillonnait l'eau, le montrant du doigt et ne perdant pas tout espoir. Cet enfant, à cheveux crépus, la figure brunie comme celle des anges dans les tableaux du XV® siècle, paraissait être en culotte, car son pantalon finissait au genou par des déchiquetures ornées d'épines et de feuilles mortes. Ce vêtement nécessaire tenait par deux cordes d'étoupe en guise de bretelles. Une chemise de toile de la même qualité que celle du pantalon du vieillard, mais épaissie par des racomraodages barbus, laissait voir une poitrine hâlée. Ainsi, le costume de Mouche l'emportait encore en simplicité sur celui du père Fourchon.

— Ils sont bien bons enfants ici, se dit en lui-même Blondet ; les gens de la banlieue de Paris vous apostropheraient drôlement un bourgeois qui ferait envoler leur gibier I

Et, comme il n'avait jamais vu de loutre, pas même au Muséum, il fut enchanté de cette épisode de sa promenade.

— Allons, reprit-il, touché de voir le vieillard s'eu

allant sans rien demander, vous vous dites un chasseur de loutres fini... Si vous êtes sûr que la loutre soit là... De l'autre côté, Mouche leva le doigt et fit voir des bulles d'air montées du fond de l'Avonne, qui vinrent exphir en cloches au milieu du bassin.

— Elle est revenue là, dit le père Fourchon, elle a respiré, la gueuse I c'est elle qu'a fait ces boutifes-là. Comment s'arrangent-elles pour respirer au fond de l'eau? Mais c'est si malin, que ça se moque de la science.

— Eh bien, reprit Blondet, à qui ce dernier mot parut être une plaisanterie plutôt due à l'esprit paysan qu'à l'individu, attendez et prenez la loutre.

— Et notre journée, à Mouche et à moi?

— Que vaut-elle votre journée?

— A nous deux, mon apprenti et moi? Cinq francs... ait le vieillard en regardant Blondet dans les yeux, avec une hésitation qui révélait un surfaix énorme.

Le journaliste tira dix francs de sa poche en disant ;

— En voilà dix, et je vous en donnerai tout autant pour la loutre.

— Elle ne vous coûtera pas cher, si elle a du blanc sur le dos, car el' sou -par fait m'disait c'que nout MuS'On n'en a qu'une de ce genre-là. — Mais c'est qu'il est instruit tout de même, nout sou-parfait / et pas bête. Tenez, mon cher môsieu, sans vous commander, allez vous bouter au mitant de l'Avonne, à c'tepiarre, là-bas... Quand nous aurons forcé la loute, elle descj;ndra le fil de l'eau, car voilà leur ruse, à ces bêles, elles remontent plus haut que leur trou pour pêcher, et, une fois cliargcos de poisson, elles savent qu'elles iront mieux ^ la dérive.

Quand je vous dis que c'est fin... Si j'avais appris la finesse à leur école, je vivrais à c'te heure de mes rentes... J'ai su trop tard qu'il fallait eurmonter le courant ed'grand matin pour trouver le butin avec les autres. Enfin, on m'a jeté un sort à ma naissance. A nous trois, nous serons peut-être plus fins que c'te loute.

— Et comment, mon vieux nécromancien ?

— Ah dame ! nous sommes si bêtes, nous aut' pésans, que nous finissons par entendre les bêtes. V'ià comme nous ferons. Quand la loute voudra s'en revenir chez elle, j)Ous l'effrayerons ici, vous l'effrayerez là-bas ; effrayée par nous, effrayée par vous, elle se jettera sur le bord ; si elle prend la voie de torre, elle est perdue. Ça ne peut pas marcher ; c'est fait pour la nage avec leurs pattes d'oie. Oh! ça va-t-il vous amuser, car c'est un vrai carambolage : on pêche et l'on chasse à la foisl... Le général, chez qui vous êtes aux Aiguës, y est revenu trois jours de suite, tant il s'y entêtait !

Blondet, muni d'une branche coupée par le vieillard, qui lui dit de s'en servir pour fouetter la rivière à son commandement, alla se poster au milieu de l'Avonne en sautant de pierre en pierre.

— Là, bien 1 mon cher monsieur.

Blondet resta là, sans s'apercevoir de la fuite du temps ; car de moment en moment un geste du vieillard lui faisait espérer un heureux dénoùment ; mais, d'ailleurs, rien ne dépêche mieux le temps que l'attente de l'action vive qui va succéder au profond silence de l'affût.

— Père Fourchon, dit tout bas l'enfant en se voyant seul avec le vieillard, gnia tout de même une loute...

— Tu la vois ?

— La v'ià 1

Le vieillard fut stupéfait en apercevant entre deux eaux le pelage brun-rouge d'une loutre.

— A va su me ! dit le [efil.

— Fiche-l'y un petit coup sec sur la tête et jette-toi dans l'eau pour la tenir au fin fond sans la lâcher...

Mouche fondit dans l'Avonne comme une grenouille effrayée.

— Allez ! allez I mon cher monsieur, dit le père Fourchon à Blondet, en se jetant aussi dans l'Avonne et en laissant ses sabots sur le bord, effrayez-la donc ! La voyez- vous?... a nage su vous.

Le vieillard courut sur Blondet en fendant les eaux et lui criant avec le sérieux que les gens de la campagne gardent dms leurs plus grandes vivacités:

— La voyez-vous là, e/'long des roches ?

Blondet, placé par le vieillard de manière à recevoir les rayons du ciel dans les yeux, frappait sur l'eau de confiance.

— Allez! allez! du côté des roches! cria le père Four chon ; le trou est là-bas, à vont gauche.

Em|)orté par son dépit, qu'une longe attente avait stimulé, Blondet prit un bain de pieds en glissant de dessus le- pierres.

— Hardi 1 mon chor monsieur, hardi I vous y êtes. Ah 1 vingt bon Dieu ! la voilàqni passe entre vos jambes! Ah ! air passe... aW passe ! dit le vieillard au désespoir.

Et, comme pris à l'ardeur de celte chasse, le vieux paysan s'avança dans les profondeurs de la rivière jusque devant Blondet.

— Nous l'avons manquée par vout faute ! dit le père

Fourchon, à qui Blondet donna la main et qui sortit de l'eau comme un triton, mais comme un triton vaincu. La garse, elle est là, sous les rochers!... Elle a lâché son poisson, dit le bonhomme en regardant au loin et montrant quelque chose qui flottait... Nous aurons toujours la tanche, car c'est une vraie tanche I...

En ce moment, un valet en livrée et à cheval qui menait un autre cheval par la bride se montra galopant sur le chemin de Couches.

— Tenez, v'ià les gens du château qui font mine de vous chercher, dit le bonhomme. Si vous voulez repasser la rivière, je vas vous donner la main... Ah I ça m'est ^al de me mouiller, ça m'évite du blanchissage 1

— Et les rhumes ? dit Blondet.

— Ah 1 ouin ! Ne voyez-vous pas que le soleil nous a culottés, Mouche et moi, comme des pipes ed' major l Appuyez-vous sur moi, mon cher monsieur... Vous êtes de Paris, vous ne savez pas vous tenir sur nous roches, vous qui savez tant de choses... Si vous restez longtemps ici, vous en apprendrez ben des choses dans el'livre ed'la. nature, vous, qui, dit-on, escriuez dans les papiers nouvelles.

Blondet était arrivé sur l'autre bord de l'Avonne, quand Charles, le valet de pied, l'aperçut.

— Ah I monsieur, s'écria- t-il, vous ne vous figurez pas l'inquiétude dans laquelle est madame, depuis qu'on lui a dit que vous étiez sorti par la porte des Couches : elle vous croit noyé. Voilà trois fois qu'on sonne le second coup du déjeuner à grandes volées, après vous avoir appelé partout dans le parc, où M. le curé vous cherche encore.

— Quelle heure est-il donc, Charles ?

— Onze heures trois quarts !...

— Aide-moi à monter à cheval...

— Est-ce que par hasard monsieur aurait donné dans la loutre du père Fourchon ? dit le valet en remarquant l'eau qui s'égouttait des bottes et du pantalon de Blondet.

Cette seule question éclaira le journaliste.

— Ne dis pas un mot de cela, Charles, et j'aurai soin de toi I s'écria-t-il.

— Oh ! pardi ! M. le comte lui-même a été pris à la loutre du père Fourchon, répondit le valet. Dès qu'il arrive un étranger aux Algues, le père Fourchon se met aux aguets, et, si le bourgeois va voir les sources de l'Avonne ! il lui vend sa loutre... Il joue ça si bien, que M. le comte y est revenu trois fois, et lui a payé six journées pendant lesquelles ils ont regardé l'eau couler.

— Et moi qui croyais avoir vu dans Potier, dans Baptiste cadet, dans Michot et dans Monrosc les plus grands comédiens de ce temps-ci!... se dit Blondet; que sonl-ils auprès de ce mendiant?

(Les Paysans.}

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