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plaine ou le mont. Il est physionomiste, si je dois dire, non pas peintre ni poète dans ses descriptions. Il suflirait, pour s'en assurer, de l'entendre, le 21 juillet 1830, donner ses impressions sur la Touraine, qu'il aime; elles aboutissent à cette image, étrangement vulgaire « La Touraine me fait l'effet d'un pâté de foie gras où l'on est jusqu'au menton ; et son vin délicieux, au lieu de griser, vous bêtifie et vous béatifie. »
Voilà bien l'homme qui saura peindre la somnolente inertie comme la grasse abondance de la vie provinciale : ne lui demandez pas de paysage à la George Sand. Sa description des Jardies représente dans la Con'espondance le maximum de puissance pittoresque où il puisse atteindre.
Enfin la CoiTCspondance nous invite à poser une question dont la solution achèvera de nous donner une idée précise du tempérament de Balzac : quels sont ses goûts, quelles sont ses admirations en littérature?
En 1819, il adore Phèdre, il a la fièvre à la pensée d'aller voir Cinna ; il juge sévèrement le novateur Voltaire. Il convoite un Tacite de la bibliothèque paternelle. Vient la tempête romantique. Balzac est plus sensible aux passions qu'à l'art dans la poésie romantique. D met très facilement Barbier à côté de Lamartine, au-dessus de Hugo. Un peu plus tard il souscrira sans réserve au jugement de madame Hanska, qui, en femme du monde, et en femme amoureuse, élève Musset (le Musset de 1834, qui n'a pas fait les Nuits), au-dessus de Lamartine et de Hugo. Toute sa vie il gardera le culte de Walter Scott : et il n'estimera Richardsou que
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pour Clarisse Harlowe, sans délire d'aamiration. Il aimera la personne de George Sand plus que son œuvre, dont il ne méconnaîtra pas la grandeur ; mais parmi les romanciers de son temps, il goûtera surtout Stendhal. Il lui écrira le 6 avril 1839 une lettre sur la Chartreuse de Parme, « un grand et beau livre », où « tout est original et neuf ». Le seul reproche qu'il lui faisait, c'était de ne pas avoir « assez soigné la forme » .
Ainsi Stendhal et W. Scott, le goût de Balzac est assez compréhensif pour unir ces extrêmes. C'est l'image de son génie, capable de rassembler dans la même œuvre tout l'idéal et tout le réel, le romanesque outré dans les aspirations de cœur et l'exactitude réaliste dans l'expression des habitudes morales ou de la vie matérielle. Si nous sommes portés aujourd'hui à ne plus voir que le réalisme de Balzac, c'est que là seulement les objets d'étude, les procédés d'exécution correspondent tout à fait à son tempérament : l'idéalisme exalté, la fantaisie romanesque exigent une perfection de forme, une délicatesse de pensée et de style, où Balzac, natuixî puissante, mais un peu vulgaire, ne pouvait atteindre,
« Notre langue, disait-il, est une seconde Madame Honesta, qui ne trouve bien que ce qui est irréprochable, ciselé, léché. » Et il suait, soufflait, s'évertuait : il perdait le sommeil, à ciseler ses chefs-d'œuvre. Il travaillait dix-huit heures par jour pour nettoyer la Peau de chagrin de ses « défauts de style » : au bout de deux mois de cet effort, l'impression finie, il y trouvait encore « une centaine de fautes ».
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Il ne se doutait pas que son scrupule même le condamne : il ne voyait que les fautes qui se comptent, qui se démontrent. Il ne devinait pas que le style est ailleurs. Sa conception toute matérielle de la perfection de la forme nous découvre que le sens supérieur de l'écrivain lui manqua.
On le comprend au reste à lire la Correspondance si précieuse en enseignements et en renseignements : ce sont des documents à consulter que ces lettres ; je n'y vois rien qui mérite, par le bonheur de l'expression spontanée, d'aller enrichir le trésor de notre littérature épistolaire.
La puissance de notre romancier n'est pas là ; elle ne dépend pas des qualités d'élocution. Elle est dans la solidité prodigieuse de la conception, qui nous impose une vision intense, qui nous donne une illusion parfaite de la vie. Le style n'est plus qu'un intermédiaire, à peine visible, où l'on ne s'arrête pas. Les individus auxquels Dalzac donne l'être, se détachent des pages imprimées, et vivent devant nous; le monde de la Comédie humaine, ce monde innombrable, divers, grouillant, aussi réel que le monde où nous vivons, nous enveloppe, nous hante, nous obsède; et i'on ne songe guère, en vérité, à noter une métaphore ambitieuse ou une épilhète ridicule. Le don de vie emporte tut.