LA CAVE DU BOTJUIVABD SAINT-MARTIN
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Le lieu où fut établie notre imprimerie, fort triste et fort humide, élail de plain-pied sur la rue de Bondy, mais faisait cave du côlé du boulevard. N'allant pas encore à l'école, c'est là que je passais la plus grande partie^H mes journées. ^M
Dg teraps en temps, quand l'hiver s'adoucissait, le 8^| leil venait à midi, par un large soupirail, égayer d'un rayon oblique la caiisc où j'assemblais mes petites lettres de plomb. Je n'étais pas seul à m'en réjouir. Alors, à l'angle du mur, j'apercevais dislinclement une prudente araignée qui, supposant que le rayon amènerait pour son déjeuner quelque étourdi moucheron, se rapprochait de ma casse. Ce rayon, qui ne tombait point dans son angle, mais plus prés de moi, était pour elle une tentation naturelle de m'approcher. J'avoue que je ne goûtais guère une société si intime; la figure d'une tclU me revenait peu. Mais j'admirais dans quelle progr de timide, lente et sage expérimentation elle s'a;
<Ui caractère de celui auquel il fallait qu'elle confiât sa vie. Sans analyser sa figure ni bien distinguer ses yeux, je nie sentais regardé, observé; et apparemment, à la longue, l'observation me fut tout à fait favorable. Par l*instlnct du travail peut-être (qui est si grand dans son espèce), elle sentit que je devais être un travailleur et que j*élais là occupé comme elle à tisser ma toile. Quoi qu'il en soit, elle quitta sans ambages les précautions ; avec Dne vive décision elle descendit de son fil et se posa résolument sur notre frontière respective, le bord de ma casse, favorisée en ce moment d'un blond rayon de soleil pâle. Si diiTérents, nous arrivions ensemble du travail nécessiteux et de la froide obscurité à ce doux banquet de la lumière.
Pendant que je composais, mon imagination prenait l'essor. Plus elle voyageait, plus ma main était rapide, plus la lettre se levait vite. Mais ce n'étaient plus mes châteaux en Espagne, ni Robinson et son île S qui passionnaient mon esprit. Il était plein alors d'une vision bien autrement saisissante.
Je n'ai encore rien dit de cette impression d'enfant, la plus forte après celle de Vlmitation^; je veux parler de l'impression que fit sur moi le musée des monuments français^, si malheureusement détruit en 1815. C'est là, et nulle autre part, que j'ai ressenti la vive intuition de l'histoire.
Pendant que mon père était en prison, ma mère m'y conduisait pour me distraire, et nous n'y étions jamais seuls. Que d'âmes y ont pris l'étincelle historique, l'in-
4. RoUnion Gra»oé, histoire d'un Aatiiit naufragé dans une île déserte.