Limitation de Jéiut-Chritt, liTra de piété do xv* siècle
3. C'était un musée créé par Lenoir pendant la Révolution pour réunir les œuvres des diflorcntes époques de l'art français.
^rët des grands souvenirs, le vague désir de remonter 1 les âges !
Le soir, lorsque, dans un silence prorond,Jecompasais I encore à la lueur indécise et tremblante de iDapttile lampe, et que je voyais de longues ombres se glisser ou s'agiter le long des murs humides, muets fantômes '.alnfs se réveillait l'émolion, toujours la même et toujours vive, qui me Taisait baltre le cœur quand j'entrais s voùles sombres et contemplais ces visages pâles, quani j'allais, cherchais, artlenl, curieux, craintif, de salle en salle et d'âge en âge. Je cherchais, quoi? Je ne sais; Ife e d'alors, sans doute, et le génie des temps. Je n'élût ;ias bien sur qu'ils ne vécussent pas, tous ces dormeurt {de marbre étendus sur leurs tombes; et quand dessomp lueux monuments du xvi' siècle, éblouissants d'albâtre, ■je passais à la salle des Mérovingiens où se Irauvail la croix de Dagohert, je ne savais trop si je ne verrais point e mettre sur leur séant Chilpéric et Frédégonde'
I£S DEOILS
ichdet raconte les imprcaMons de douleur produites aur 1 ir les morts auxqucllea il n assisté dam son eufaiice.
La première vision que j'ai eue de la mort a été bn , et cela m'est resté.
J'étais assis dans l'embrasure de la fenélre où je n tenais d'habitude pour faire mes devoirs, et très occu] d'un tbëme latin. Le bruit d'un marleau qui déranges
dtTD cslke de> pa>9ant> qui chemi- Mailome J. Hir.hclel.)
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ma mère me fit lever les yeux el regarder dans la cour. C'élail le marchand de planches qui douait un cercueil. Mon père, en rentrajit, me dil tout bas : i Son fils est inorl. I Le malheureux s'arrèlait à chaque instant pour essuyer du revers de sa manche les larmes qui l'aveuglaient.
Je n'avais jamais vu la bière dans sa nudité. La pensée qu'on était enfermé, serré, immobilisé dans cette boile étroite, sans pouvoir bouger ni échapper si réellement on n'était pas mori, me sembla horrible ! El quelle chose cruelle, contre nature, qu'un père fltde ses propres mains pour son enfant celte dureel sombre prison, qu'il la refermâtlui-mêmesur ce pauvre corps hierencore si vivant! Aux derniers coups de marteau qui fuiissaienl tout, il m'avait semblé entendre la chère petite voix qui remplissait la cour de sa gaieté, de ses rires heureux, pleurer, maintenant, et demander gri>ce à son père, grâce à la mort: x Non, non, pas encore! n
Bientôt après, je fis une grande perte, celle de mon grand-père, qui m'aimait tant, et qui s'était donné tant de peines inutiles pour m'apprendre la musique. Je vois eneorelebancsurlequeljele trouvai assis, place Royale', au moment où il venait d'entendre de la bouche du chirui^ien cette terrible sentence : « Il esl trop tard. » Le mal, en effet, — un cancer, — empira rapidement avec les chaleurs de juillet, et bientôt remporta. Ce fut pour moi un deuil profond ; mais ce qui m'arracha des larmes plus encore que sa mort, ce fui d'entendre dire à i grand'mère, le lendemain de son enterrement, comme il avait fait la nuit un grand orage : « Mon Dieu, il pleut sur lui ! y
Mainletiant, c'était le tour de ma pauvre ma L'hyclropisie rcmonUit et ga^^nait le cœur. Elle étail iih capable d'aucun mouvement. Celte impossibilité de remuer exigeait des soins continuels. Il fallait à cbaqoe instant la soulever pour la faire respirer. Mon père ïj aidait et faisait notre petit ménage avec la dernièrecoEh plaisance. Obligé de s'absenter daas le milieu du jour pour gagner le pain qui nous faisait vivre, le reste du temps, il le passait avec elle, tâchant, par tous les moyens possibles, de la soulager et de la distraire.
Elle était à admirer dans son héroïque résignatioa; elle connaissait très bien son état, et sentait que c'était la fin. Elle s'étonnail plutôt d'avoir pn si loDgtempS résister. La mort ne lui inspirait aucune crainte, elle eu parlait parfois avec une singulière indilTérence.
»Un jour qu'on arrangeait des draps, elle dit : < Meltei Se côté celui-là pour mon linceul. »
Le mercredi des Cendres (8 février 1815), la veilIeA la rentrée eu classe, — après les congés des jours gras, — j'étais allé au passage des Jacobins acheter quelque! vieux livres et voir M. Mélot qui y demeurait alors. Lb temps était très chargé et très triste.
A mon retour, je trouvai ma mère plus mal qu'à l'o dinaire; elle avait beaucoup de peino à respirer, et é mandait sans cesse qu'on la relevât sur ses oreillers L'endure semblait l'étoufTer.
Je passai ma soirée près d'elle, à faire mon devoir du lendemain qui avait pour sujet : < Le dédain de la mort, i Je l'ai gardé comme un souvenir religieux de cette nuit. | funèbre. A chaque instant je m'interrompais pour la ri ^ lever.
Ce spectacle, très pénible, était celui d'un combatl latre la veille et lesonimeil, un songe laborieux de l'âme J
qui se soulevait, retombait... Les yeux qui nageaient dans le vide exprimaient, avec une vérité douloureuse, l'incertitude entre deux mondes. La pensée, obscure et vaste, roulait toute la vie écoulée, et s'agrandissait de pressentiments immenses... Le témoin de celte grande lutte, qui en partageait le flux et le reflux, toutes les anxiétés, se serrait comme en un naufrage à cette ferme croyance qu'une âme qui, tout en revenant à nos instincts primitifs, anticipait déjà dans celui du monde inconnu, ne pouvait s'acheminer par là à l'anéantissement.
Tout faisait supposer, plutôt, qu'elle allait, de ce double instinct, douer quelque jeune existence, qui reprendrait heureusement l'œuvre de la vie, et donnerait aux rêves de cette âme, à ses pensées commencées, à ses volontés muettes, les voix qui lui avaient manqué.
Vers minuit, elle reprit un peu sa connaissance, et me dit d'aller me coucher. Elle paraissait touchée de mes soins.
Le matin, en me réveillant, je vis mon père tout en pleurs; il me dit : c Ta mère est morte ^ y>
Morte ! cela me semblait iacompréhensible, et c'est une chose singulière que je ne puisse craindre la mort de ceux qui me sont chers, ni la concevoir quand elle arrive; il me semble que ceux que j'aime sont immortels
Je restai tout le jour les yeux fixés sur ma mère, lisant de temps en temps les prières des morts à la même table où j'écris maintenant. La mort ne l'avait point changée; one si longue maladie avait tellement amaigri son visage, altéré ses traits, qu'on l'eût plutôt crue morte longtemps d'avance...
1. Madame Michelet est morte lo 0 février 1815. Son fils est mort le 9 féiTiier 1874. Mémo mois, même
date à soixante ans de distance.
(Note de Madame J. Uichclct.)
Ce fut au retour du convoi que j'éprouvai le plus violent accès de désespoir. Celte grande chambre nuo, celil vide, celte solitude me déchira rame. Pendant tout le mois que nous reslftines encore dans ce triste appartement, je ne marchais que sur la pointe des pieds, je craignais toujours de faire du bruit. Rien ne peut rendre ma douleur, quand je revenais à moi ut que je m'apercevais que mes précautions étaient inutiles.
En la perdant, j'avais perdu plus qu'une mère, j'avaii perdu une amie, un exemple, un encouragement au de voir. Toutes mes habitudes assidues de travail, pré d'elle, fiTiint dérangées. Ne voyant plus tomber sur mi son regard maternel, n'entendant plus sa voix pour m'ac-' cueillir au retour, je préférais ne pas rentrer tant qu» mon père élait en course. J'errais seul; j'allais revoir le» lieux où elle m'avait promené enfant; je choisissais préférence ceux qui entretenaient l'amertume de mes grets.