LE HËVEIL HE KA VOCATION
Le titre d'administrateur de la forêt d'Ardennes n'était pas pour mon oncle une sinécure: il avait à faii de longues et fréquentes courses à travers las bois. Cell obligation en avait fait un marcheur infatigable. Quan ses tournées ne l'éloignaienl pas pour tout le jour dg village, il me prenait avec lui. C'était une manière fort agréable de faire connaissance avec un pays fécond ea b histoires et légendes de toutes sortes.
Le village de RenwezS lui-même, était un lieu parlant. Placé au bord de la frontière, il a connu tous les fléaux : la guerre, le feu, la peste. Une prairie s'appelait encore, en 1832, la Rue-des-Malades. On y avait logé les pestiférés. Partout où vous creusiez, vous trouviez des débris d'incendie, des ossements. On comprend que, chez l'habitant, le sérieux aille, parfois, jusqu'à la dureté : on a souffert, et l'ennemi est toujours à deux pas.
Tout ce qu'on voit au delà de Renwez n'est pas fait, non plus, pour égayer; soit qu'on pénètre sous les mines du château de MontcornetS vrai colisée^ féodal, plein d'effrayantes légendes; — soit qu'on s'enfonce plus loin, dans les solitudes de Layfour, profondes à vous rendre fol, où un homme, ensauvagé et mourant de faim, mangea un enfant égaré, et où les loups, par représailles, l'hiver, quand la neige couvre tout, attaquent l'homme même à cheval; — soit qu'on visite la montagne appelée la Dame deMeuse^y lieu d'apparitions qui ont toutes un sens funèbre, — où encore les noirs rochers d'où s'élança le cheval fougueux du bon Renaud^, laissant Tineffaçable empreinte de son pied sur le roc. Partout, ici, l'histoire s'éveille sous vos pas.
Étant moi-même bon piéton, mon oncle, un matin, m'emmena voir la grande curiosité du pays, la Lesse, petite rivière aux allures des plus bizarres. A l'endroit où on la visite, elle s'engouffre dans une caverne si basse à l'entrée, qu'on n'y peut avoir accès qu'en rampant, et,
i> A 18 kilomètres nord-ouest de JKààrst.
S- A 11 UlomdtreB nord-ouest de
'• U Golisée, près de Rome, le lu vute des amphithéâtres con-
nus; c'est là que se douuaient les combats de gladiateurs.