‹ Pages choisies des grands écrivainsChapitre 142 sur 258 · JEAN SANS PEUR · texte numérisé non relu

JEAN SANS PEUR

Charleg VI élail fou. Le9 princes de sa &m{|£ Ir à 3A pVdce, puis se disputèrent à qui aurait If ma deux partis : des Arznagaacs, parti do Louis roi; des Bourguianooa, parti de Jean sans Peur

cousin du roi. Los guerres

L'étranger qui visite )a silencieuse Vérone ' et les loi beaux de la Srala' déenuvre dans un coin une lourde nom. C'est, selon toute apparence, la tombe de Vassansiné. A côté s'élève un somptueux monument, à triple étage de statues, et par-dessus ce monument, sur la tête des saints et des prophètes, plane un cavalier de marbre. C'est la statue de l'assassin. Un signore de la Scala tua son frère dans la rue en plein jour: il lui succéda. Cela ne produisit, ce semble, ni étonnemcnt, ni trouble. Le meurtrier régna doucement pendant seize années; et alors, sentant sa lin venir, il donna ordre à ses affaires, fit encore étrangler un de ses frères qu'il teuail prisonnier et laissa la seigneurie de Vérone à son b&lard, comme tout bon père de famille laisse son bien^ son fils, J

Les choses ne se passèrent pas ainsi en France à Ir mon du due d'Orléans. La France n'en prit pas si aisément son parti. S'il n'eut pas un lombeau de pierre, il en eut un dans les cœurs. Tout le pays sentit le coup et eu

fut profondément remué, et l'État, et la famille, et chaquehomme, jusqu'aux entrallies.

Hais où se livra surtout le grand combat ? Là même d'où partit le crime, au cœur du meurtrier. Le lendemain au matin, lorsque tous les parents du mort allèrent aux Blancs-Manteaux* visiter le corps et lui donner l'eau bénite, le duc de Bourgogne qualifia lui-même l'acte selon la vérité : <c Jamais plus méchant et plus traître meurtre tfaété commis en ce royaume. » Le vendredi, au convoi, il tenait un des coins du drap mortuaire etpleurait comme les autres, plus que tous les autres sans doute, et non moins sincèrement. Il n'y avait pas là d'hypocrisie. La natnrehumaine est ainsi faite. Nul doute que le meurtrier n'eûtvoulu alors ressusciter le mort au prix de sa vie. Mais cela n'était pas en lui. Il fallait qu'il traînât à jamais ce brdeau, qu'à jamais il portât ce pesant drap mortuaire.

L'oi^eil d'abord tua le remords. Il se souvint qu'il était puissant, qu'il n'y avait pas de juge pour lui. Il t'endurcit.

Il osa venir au conseil. Il en trouva la porte fermée ; le duc deBerri^ le retint en lui disant doucement qu'on ne l'y verrait pas avec plaisir. A quoi le coupable répondit, avec le masque d'airain qu'il s'était décidé à prendre : « Je m'en passerai volontiers, monsieur ; qu'on n'accuse personne de la mort du duc d'Orléans ; ce qui s'est fait, c'est moi qui l'ai fait faire. »

Avec ce beau semblant d'audace, le duc de Bourgogne n'était pas rassuré. Il retourna à son hôtel, monta à cheval et galopa sans s'arrêter jusqu'en Flandre^. Dès îu'onsut qu'il fuyait, on le poursuivit; cent vingt cheva-

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