La Flandre appartenait au duc de Bourgogne depuis
liersdu duc d'Orléans coururent après lui. Mais il n'y avait pas moyen de l'atteindre : à une lieure il élajtdéjï àfiapaume'.
Il avait échappé àsesenneniis,nonâlui-iiiême.A|ieiiie arrivé àLille^, il convoqua ses barons, ses prêtres. Iklui prouvèrent invinciblement qu'il n'as-ait Tait que siii devoir, qu'il avait sauvé le roi et le royaume. Il rejirll courage, rassembla les étals de Flandre. d'Artois, ce de Lille et de Douai, et leur en fit répéter autant. Il le fit dire, prêcher, écrire, et ces écrits Turent répandus partout, tant il sentait le besoin de mettre son crime en rommun avec ses sujets, de se faire donner par eui l'approbation qu'il ne pouvait plus se donner lui-même, d'étouffer sous la voix du peuple la voix de S'
Il revint pourtant à Paris malgré les plus expressis défenses, enlourê d'hommes d'armes, et fit mettre sur la porte de son h6tel deuxfersde lance, l'un aDilé, l'autre émoussé, pour dire qu'il était prêt à la gueiTe e paix, qu'il combattrait aux armes courtoises ou, sî l'oD aimait mieux, à mort.
En entrant dans la ville où l'acte avait été commiïi il ne pouvait s'empêcher de trembler. H alla droit à sa» hôtel, fit camper toutes ses troupes autour. Mais s tel ne lui semblait pas sûr. Il fallut, pour calmi imagination, que dans son hôtel même on lui bàlit uni chambre tout en pieri-es de taille et forte comme uni tour. Pendant que ses maçons travaillaîenl h défendre t4 corps, ses théologiens faisaient ce qu'ils pouvaient pou cuirasser l'âme. Déjà il avait les certificats de ses àoù teurs de Flandre; mais il voulait celui de l'Unirersité^
une bonne justificalioii solennelle en présence du roi, des princes, dupeuple, qui approuveraienl au moins par leur silence. II i'aliait que le monde entier suât à laver cette aclie.
La mort d'un hommeesL un événementimmense lorsqu'elle arrive par un crime; c'est un fait terrible sur lequel les sociétés ne doivent se résigner jamais.
CAPnVTTË DE CHARILES D'ORLËANS
^T,e roi d'Angleterre Henri V prgfiia tioa guerres cmlea pour envuliir la France, L'armée qui marcha contra lui fut ilétruîte à Azijicourt ; le duc d'Orléiins, Charles, lils de Louis, fut omnioné prisonnier en Angleterre.
Le duc, qu'on retira vivant de dessous les morls, prit avec les autres prisonniers le chemin de Calais *, de l'Anglelerre.
Le roi ordonna dans une halle qu'on envoyât du pain et du vin au duc d'Orléans, et comme on vint lui dire que le prisonniec ne prenait rien, il y alla, et lui dil : € Beau cousin, comment vous va? — Bien, Monseigneur. — D'où vient que vous ne voulez ni boire ni mander. — Il est vrai, je jeûne. »
Sa caplivilé dura presque autant que sa vie. Tant que les Anglais purent croire qu'il avait clianre d'arriver au Irône. ils ne voulurent jamais lui permettre de se racheter. Placé d'abord dans le château de Windsor- avec ses compagnons, il en fut bientôt séparé pour être renfermé dans la prison de Pomfret'\ sombre et sinistre
I|h j. michelet.
prison, qui n'avail pas coutume de rendre reux qu'ellj recevait : tcmoiu Itichard II '.
Il j passa de longues années, Irailé honorablement," tévërement, sans compat^nie, sans distraction; tout au plus la ciiasseau faucon, chasse de dames, qui se faisait ordinairement à pied el presque sans changer de place. C'était un triste amusement dans ce pays d'ennui et de brouillard, où il ne faut pas moins que toutes les agitations de la vie sociale el les plus violents exercices, pouj faire oublier ia monotonie d'un sol sans accident, i climat sans saison, d'un ciel sans soleil. Mais les Aiiglt eurent beau faire, il y eut toujours un rayon du soleil 4 France dans cette tour de Pomfret. Les chansons î plus françaises que nous ayons y furent écriles ; Charles d'Orléans. Notre Béranger' du xV siècle, teti si longtemps en ca^c, n'en chanta que mieux.
C'est un Béranger un peu faible, peut-être; loujoid bienveillant, aimable, gracieux; une douce gaieté quifl jamais le sourire, et ce sourire est près des larmâ In dirait que c'est pour cela que ces pièces sontfl petites; souvent il s'arrête à temps, sentant les larm venir... Vienneul-elles, elles ne durent guère, pas pM qu'une ondée d'avril.
Le plus souvent, c'est, en effet, un chant d'avril (
'alouette. La voix n'est ni forte ni soulejiue, ni profonlément passionnée. C'est l'alouette, rien de plus. Ce 'est pas le rossignol. 11 y a pourtant un vif n le passion dans les vers suivants :
Qui se pourroit d'elle lasser ?
Tous les jours sa beauté se renouvelle. Dieu ! qu'il la fait bon regarder.
La {gracieuse, bonne et belle I Par deçà, ni delà la mer, Ne sgays dame ni demoyselle Qui soit en tout bien parfait telle.
C'est un songe que d'y penser { Dieu 1 qu'il la fait bon regarder.
Telle fut en général notre primitive et naturelle France, un peu légère peut-être pour le sérieux d'aujourd'hui. Telle elle fut en poésie comme elle est en vins, en femmes. Ceux de nos vins que le monde aime et recherche comme français* ne sont, il est vrai, qu'un souffle, mais c'est un souffle d'esprit. La beauté française, non plus, n'est pas facile à bien. saisir, ce n'est ni le beau sang anglais, ni la régularité italienne; quoi donc? le mouvement, la grâce, le je ne sais quoi, tous les jolis riens. Autre temps, autre poésie. N'importe; celle-là subsiste, rien en ce genre ne l'a surpassée. Naguère encore, lorsque ces chants étaient oubliés eux-mêmes, il a suffi, pour nous ravir, d'une faible imitation, d'un infidèle et lointain écho.
Quelque blasés que vous soyez par tant de livres et d'événements, quelque préoccupés des profondes littératures des nations étrangères, de leur puissante musique, gardez. Français d'aujourd'hui, gardez toujours bon souvenir à ces aimables poésies, à ces doux chants de vos pères dans lesquels ils ont exprimé leurs joies, leurs amours, à ces chants qui touchèrent le cœur de vos mères et dont vous-mêmes êtes nés...
Je me suis écarté, ce semble; mais je devais ceci au