‹ Pages choisies des grands écrivainsChapitre 150 sur 258 · JEANNE DAKC INTEBBOGËC PAR SES JU8EB · texte numérisé non relu

JEANNE DAKC INTEBBOGËC PAR SES JU8EB

Après avoir <]élivrê Orléans b[ fail e&crei- Charles Jeanne Darc contïnim i faire la ([uerre aux Anglais. Elle IMfi dans un combat devant Beauvais et vendue aux Anglais tirant Taire son procès comme sorcière par l'évâqnc de I Cauclion. Comme Boauvuis <^tait occupé par les troupes de Cbulu H I le pi'ocËB l\i[ jugé â Rouen. On a conservé le procËs-verbil H intcrrogatoii

Le 21 février, laPucelle fut amenée devant scsjug». L'évéïjue deBeauvais l'admonesta avec « douceur el ckrite », ia priant de dire la vérité sur ce qu'on lui deiuanderail, poitr abréger son procès et décharger sa conscience, sans chercher de sublerfuges. — Réponse : i Je ne sais sur quoi vous me voulez interroger; vouspourria bien me ileinander telles choses que je ne vous dirais poinl. B — Elle consentait à jurer de dire vrai surtout ce qui ne touchait point ses visions. « Mais pour ce detnier point, dil-clle, vous me couperiez plutôt la tËI Néanmoins, on l'amena h jurer de répondre c sur câ toucherait la foi

Nouvelles instances le jour suivant, 22 février, et encore le 24. Elle résistait toujours : f C'est le mot des petits enfants, i\\i'on pend souvent les gens pour avoir dit la vérité. » Elle finit, de guerre lasse, par consentir ft jurer a de dire ce qu'elle saurait sur suti procès, mais non tout ce qu'elle saurait s.

Interrogée sur sou âge, ses nom et surnom, elle dit qu'elle avait environ dix-neuf ans. « Au lieu où je suis née, on m'appelait Jehannette et en France Jehani Mais quant au surnom (la Pucelle), il semble qm m caprice de modestie féminine, elle eût peine

dire ; elle éluda par un pudique mensonge : c Du surnom, je n'en sais rien. :»

Elle se plaignait d'avoir les fers aux jambes. L'évêque lui dit que, puisqu'elle avait essayé plusieurs fois d'échapper, on avait dû lui mettre les fers. « Il est vrai, dit-elle, je l'ai fait; c'est chose licite à tout prisonnier. Si je pouvais m'échapper on ne pourrait me reprendre d'avoir faussé ma foi, je n'ai rien promis. ^

On lui ordonna de dire le Pater et YAve^ peut-être dans l'idée superstitieuse que, si elle était vouée au diable, elle ne pourrait dire ces prières. « Je les dirai volontiers si monseigneur de Beauvais veut m'ouïr en confession. » Adroite et touchante demande; offrant ainsi sa confiance à son juge, à son ennemi, elle en eût fait son père spirituel et le témoin de son innocence. Cauchon refusa; mais je croirais aisément qu'il fut ému. Il leva la séance pour ce jour, et le lendemain, il n'interrogea pas lui-même; il en chargea un des assesseurs.

A la quatrième séance elle était animée d'une vivacité singulière. Elle ne cacha point qu'elle avait entendu ses voix : € Elles m'ont éveillé, dit-elle, j'ai joint les mains, et je les ai priées de me donner conseil ; elles m'ont dit : Demande à Notre-Seigneur. — Et qu'ont-elles dit encore? — Que je vous réponde hardiment. »

€ ... Je ne puis tout dire, j'ai plutôt peur de dire chose qni leur déplaise, que je n'ai de répondre à vous... Pour aujourd'hui, je vous prie de ne pas m'inlerroger. »

L'évéque insista, la voyant émue : « Mais Jehanne, on déplaît donc à Dieu en disant des choses vraies ? — Mes voix m'ont dit certaines choses, non pour vous, mais pour le roi. » Et elle ajouta vivement : « Ah I s'il les ^vait, il

on serait plus aise à diner... Je voudrais qu'il tesiiil,et ne pas bûii'u de vin d'ici à Pâques. » Parmi ces naïvetés, elle disait des choses siiblimcs: C Je viens de par Dieu, je n'ai que faire ici, renvoyei-iiii'i à Dieu, dont je suis venue!... »

« Vous dites que vous êtes mon juge; avisez bien à m

que vous ferez, car vraiment je suis envoyée de Dien,

^^^Tous vous mettez en grand danger, s

^^K Ces paroles sans doute irritèrent les juges et ils loi

^^adressèrent une insidieuse et perfide question, ai

question telle qu'on ne peut sans crime l'adresser à as

cun homme vivant : « Jehanne, croyez-vous être en éU

de grâce ? s

»Ils croyaient l'avoir liée d'un lacs insoluble. Du Bon, c'était s'avouer indigne d'avoir été l'instrument i Dieu. Mais d'autre part, comment dire oui? Qui de non fragiles, est sur ici-bas d'être vraiment dans la grâce Dieu? Nul, sinon l'orguelileux, le présomptueux, cel justement qui de tous en est le plus loin.

ËEUc trancha le nœud avec une simplicité irétienne :

* Si je n'y suis, Dieu veuille m'y mettre ; si j'y si ieu venille m'y retenir. »

Les pharisiens ' restèrent stupéfaits.

Hais avec tout son héroïsme, c'était une femme poui uint... Après cette parole sublime, elle retomba, ell s'attendrit, doutant de son état, comme il est naturel une âme chrétienne, a 'interrogeant et tâchant de assurer : «Ah ! si je savais ne pas Être en la grâce e serais la plus dolente du monde... Mais l'étais en pécbé, la voix ne viendrait pas sans doute..

Je voudrais que chacun pût l'entendre comme moimême... »

Ces paroles rendaient prise aux juges. Après une longue pause, ils revinrent à la charge avec un redoublement de haine, et lui firent coup sur coup les questions qui pouvaient la perdre.

Les voix ne lui avaient-elles pas dit de haïr les Bourguignons?... N'allait-elle pas, dans son enfance, à VdiV^ bre des fées? etc.. Ils auraient déjà voulu la brûler comme sorcière.

A la cinquième séance, on l'attaqua par un côté délicat, dangereux, celui des apparitions.

L'évéque, devenu tout à coup compatissant, mielleux, loi fit faire cette question : ^ Jehanne, comment vous étes-vous portée depuis samedi? — Vous le voyez, dit la pauvre prisonnière chargée de fers, le mieux que j'ai pu. »

€ Jehanne, jeûnez-vous tous les jours de ce carême? — Cela est-il du procès ? — Oui, vraiment. — Eh bien ! oui, j'ai toujours jeûné. :»

On la pressa alors sur les visions, sur un signe qui aurait apparu au Dauphin, sur sainte Catherine et saint Michel. Entre autres questions hostiles et inconvenantes, on lui demanda si, lorsqu'il lui apparaissait, saint Michel était nu ?... Â cette vilaine question, elle répliqua, sans comprendre, avec une pureté céleste : € Pensez-vous donc que Notre-Seigneur n'ait pas de quoi le vêtir? >

Le 3 mars, autres questions bizarres, pour lui faire avouer quelque diablerie, quelque mauvaise accointance avec le diable. ^ Ce saint Michel, ces saintes, ontils un corps, des membres? Ces figures sont-elles bien des anges ? — Oui, je le crois aussi ferme que je

Celle réponse fut soigiieusemenl

crois en Dieu,

Ils passent de la à l'habil d'homme, à l'étendard;

' t Les gens d'armes ne se faisaient-ils pas des élendsrdsi

la ressemblance du vôtre ? ne les renouvelaient-ils pu*

— Oui, quand la lance en était rompue. — K'aveï-ïouî pas dit que ces étendards leur porteraient. bonheur^ — Hou, je disais seulement: Entrez hardiment parmi les Anglais, et j'y entrais moi-même, v

<t Mais pourquoi cet étendard fut-it porté en l'égliw deReims,ausacre.pIut6tqueceuxdesautrescapilaines?...

— 1! avait été â la peine, c'était bien raison qu'il fût i l'honneur. >

a Quelle était la pensée des gens qui vous baisaient les pieds, les mains et les vélemenls? — Les pauvres geus venaient volontiers à moi, parce que je ne leur laisais pointde déplaisir; Je les soutenais et défendais selon mon pouvoir. »

Il n'y avait pas de cœur d'homme qui ue ftlt louché de telles réponses. Cauchon crut prudent de procéder désormais avec quelques hommes sùi's et à petit bruit. Depuis le commencement du procès, on trouve que le nombre des assesseui-s varie à chaque séance ; quelques-uns s'en voHl, d'autres viennent. Le lieu des interrogatoires varie de même; l'accusée, interrogée d'abord dans la 1 salle du château de Rouen, l'est maintenant dans la prî- ' son. Cauchon, « pour ne pas fatiguer les autres », y menait seulement deux assesseurs et deus témoins (du 10 au 17 mars). Ce qui peut-être l'enhardit à procéder ainsi à huis clos, c'est que désormais il était sOr de l'appui do l'inquisition; le vicaire avait enfin reçu teur général de France l'autorisation t l'évÉque.

Page 1