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Los maisons do Venise sont bâties au niiliciu de l'eau

J. MrCHELET.

du XVI- sîÈrIe, d'autres étroiles el antiques,

trous ornés de fleurs. Les fleurs boivent l'i» pureté des canaux avec délices et n'en sont qae pltl charmantes,

Rousseau dit se rappeler tout cela avec bonheur. L'H t roi te rue sous l'église Termée alors en impasse où il logeait, entre l'évéque, les Cordelicrs et la Maîtrise oùS apprend la musique, c'est au vrai l'ancienne SavoicD rière la maison, le canal lourd cid'unc eau peu limpitt Mais par-dessus il voyait la campagne, « un peu de»erL> Tous les germes de Rousseau sont là, il y resta lo temps; mais surtout pendant six mois, il ne lit que M vingt pas qui séparaient les deux maisons, celle 6 viaiiian, nom Familier qu'il donnait à sa bioufaitritti" madame de Warens ', et la Maîtrise '. Tout lui est re*l*. dit-il, dans la même vivacité, la température de l'air, b beaux costumes des prêtres, le son des cloches, l'oden odeur bien mêlée sans doute et des fleurs et des eanan des drogues pharmaceutiques que faisait madame I Warens, et qu'elle le forçait de goûter. Là, ce cantiqfflf entendu la nuit qui le fît tant songer. Là, la rêveuse promenade qu'il Gt un jour de dimanche, pendant qu'elle était à vêpres, pensant à elle, avec elle espérant vivre * mourir... Mais moi-même ne rêvais-je pas ? Voilà ^ sans le vouloir, je vais et je suis ce flot.

Plus de vingt ans passent. En vain. Le flui, le ref des misères, la vie dure de l'homme de lettres dans ^ gitalion de Paris, les avortoments, les demi-succès.

Ces vingt années passent. En vain. Sous lant de clioJ voulues, empruntées, artificielles, subsiste le Roussfl d'Annecv.

La cloche qu'il entendit là, sonne encore... Pauvre coeur de femme, sous le masque de Caton* !... Pauvre, pauvre citoyen.

DAMŒNS

En 1757, une lutte très vive était engagée entre les jansénistes soutenus par le parlement de Paris et les jésuites soutenus par la cour. La France, à ce moment, faisait au roi de Prusse une guerre qui avait coûté beaucoup d'argent et n'avait rapporté que des défaites. Au plus fort de la lutte, Louis XV reçut un coup de canif qui le blessa à peine. Celui qui avait donné le coup était un malheureux fou, Damiens. Il fut condamné comme régicide et écartelé.

Damions était d'Arras. Cette frontière wallonne et picarde n'est point du tout flamande. Au contraire. Les Wallons' sont plus midi que le Midi. Ils donnaient à l'Espagne ses plus impétueux soldats 3.

Le jfrère aîné de Damiens, pauvre ouvrier en laine, honnête, homme de bien, était un fervent janséniste, n'ayant pour meubles que des livres^ livres de piété. Damiens lui-même fut longtemps très dévot, entendant tous les jours la messe.

Sa figure aisément l'eût fait prendre pour un Espagnol. Il avait la peau assez brune, les cheveux noirs, frisés et volontiers coupés sur le devant en vergettes très rases. Son visage allongé, marqué de petite vérole, le dessous de la lèvre inférieure très creusé, un nez d'aigle et des yeux profonds, faisaient une figure distinguée, belle, tragique. Il était grand (cinq pieds cinq pouces), mais

1. Rousseau affectait d'avoir Thérolsme et la rudesse des vieux Romains.

2. On appelle ainsi les habitants de la Belgique qui parlent français, par opposition aux Flamands dont lu

langue est germanique ; les Wallons habitent l'est de la Belgique.

3. Aux XVI* et XVII* siècles, quand la Belgique appartenait au roi d'Espagne.

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issait 1res grand, étant mince ol forl élancé. H por-

la tête un peu basse. Il n'était pas campé bien Sfiliile-

t sur ses jambes. Avec des yeux bardis, il était ponr-

mt yaciUant.

Sa famille, de bons fermiers d'auprès d'Arras, éUil rt en débine. Son père, de chute en chute, devint, ilt fermier, ménager, puis misérable moissonneur, et eûfiu portier de prison. Il avait dix enfants qui raoururaiil presque tous. Le second, Damiens, petit diable indomptable et qu'on nommaitainsi,jusqu'àseize ans Iravailliit fi la ferme, cruellement ballu du son père, qui, dan! fies récidives, allnit jusqu'à le pendre par les pieds, li tële en bas. Un oncle, cabaretier à Béthunc, eut pitié d« l'enfant, le prit, voulut le faire étudier. A seize ans. c'était tard. Il apprit à lire, él écrire, mais peu et mal. S'il devint cultivé, ce fui par l'expérience .seule, la cQoveratlion, les voyages. Qu'eu l'aire? On eût voulu le faire pe^ ruquier, serrurier. Un essaya aussi de lui faire apprendre la cuisine dans une gra^ise abbaye, Saint-Vast'. DHmalin, il s'engage, et quoique racheté par son bon onde, il reste domestique d'un officieravecqui il voyage qoati* dans la guerred'Allemagnc. Il y put voir rhorreur dK ïtour meurtrier de Pra};ue ^.

Kc en 1715, à la fin de la guerre, en 1737, il avul vingt-deux ans. Il resta domestique, changeant souvent lie maître, et n'étant bien nulle pari. Honnête cependant Ot désintéressé, â ce point qu'il partait souveutsans demao

iâer ses gagt's.

I II n'avait aucun vice ordinaire des laquais ; seulement

il bavait; quoiqu'il bût sans excès, alors il était dispuleur. (Déposition de M. de Maridor.)

Il avait quelque temps servi chez les jésuites, au collège Louis-le-Grand, où un de ses oncles était maître d'hôtel. 11 y resta quatre ans.

Son austérité naturelle et ses traditions jansénistes le portaient beaucoup plus du côté des parlementaires. lien servit plusieurs, surtout M. Bèze de Lys, pendant trois ans. Celui-ci, dans l'enlèvement général du parlements eut cette distinction d'être des quatre que l'on n'exila pas, mais qu'on mit aux plus rudes prisons d'État. Nulle n'était plus dure et plus sombre que Pierre-Encise, près Lyon, où on le conduisit. Damions était le seul domestique de M. Bèze. Il vit de près cet acte, cette désolation des familles, les femmes en pleurs tâchant de suivre leurs maris dans ce coûteux exil, et à Paris le monde du palais^ ruiné. Il devint ardemment et violemment parlementaire. Il échappait souvent de chez ses maîtres pour aller au palais le soir, la nuit, attendre aux jours de crise la fin des délibérations. Il errait dans les groupes où on lisait tout haut la Gazette de France^.

On eût dit qu'un hasard terrible menait Damions partout où l'on pouvait amasser la colère. Resté seul sur le pavé quand son maître fut arrêté, il trouva place justement dans la maison et la plus digne et la plus maltraitée, celle de l'ex-gouverneur de l'Inde, La Bourdonnais, qu'on tint trois ans à la Bastille*. Damiens ne resta pas avec sa

1. Pour forcer les membres du Parlement à céder, le gouvernement les exila et en emprisonna quatre.

â. Les gens de loi, qui se réunissaient au palais de justice.

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