livre qui, sous leurs yeux, chaque jour, s'écrivait en traits de feu
Il faut les voir réunis à leurs séances du soir, fermentant, bouillonnant ensemble au fond de leur Etna. J'essayerai devons y conduire. Allons, que votre cœur ne se trouble pas. Donnez-moi la main.
Je veux les prendre au jour même où éclate, triomphe, chez eux, leur génie d'audace et d'anarchie, le jour où, opposant leur veto aux lois de l'Assemblée nationale, ils ont déclaré que « sur leur territoire » la presse est et sera définitivement libre, et qu'ils défendront Marat*.
Saisissons-les à cette heure. Le temps va vite, ils changeront. Ils ont encore quelque chose de leur nature primitive. Qu'un an passe seulement, nous ne les reconnaîtrons plus. Regardons-les aujourd'hui. Du reste n'espérons pas fixer définitivement les images de ces ombres, elles passent, elles coulent; nous aussi, qui suivons leur destinée, un torrent nous emporte, orageux, trouble, tout à l'heure chargé de boue et de sang.
Je veux les voir aujourd'hui. Ils sont jeunes encore en 1790, relativement, du moins, aux siècles qui vont s'entasser sur eux avant 94.
Oui, Marat même est jeune en ce moment. Avec ses quarante-cinq ans, sa longue et triste carrière, brûlé de travail, de passions, de veilles, il est jeune de vengeance et d'espoir.
Ce médecin sans malade' prend la France pour malade, il la saignera. Ce physicien méconnu foudroiera ses ennemis L'ami du peuple^ espère venger le peuple et luimôme, tous deux maltraités, méprisés... Mais le jour
1. L'Assemblée avait ordonné de saisir les presses avec lesquelles Maral imprimait son journal.