‹ Pages choisies des grands écrivainsChapitre 243 sur 258 · se cacha pcudaut huit mois après la proscriptioo · texte numérisé non relu

se cacha pcudaut huit mois après la proscriptioo

Il y avait comme une ornbre de celle tragique d9 I tinée dans les Iraits et l'expression ile (]Dailorr:et. Âiq

e contenance timide (cummc celle du savant I solitaire au milieu îles hommes), il avait quelque chose de triste, de patieut, de résigné. Le liaut du visage était beau. Les yeuï, nobles et doux, pleins d'une idéalité sérieuse, semblaient regarder au fond de l'avenir. Et cependant son front, vaste à contenir toute science, semblait un magasin immense, un trésor complet du passé.

L'homme était, il faut le dire, plus vaste que fort. On le pressentait à sa bouche un peu molle et faible, un peu retombaiile. L'universalité, qui disperse l'esprit sur tout objet, est une cause d'énervation. Ajoutez qu'il avait passé sa vie dans le xviii* siècle, et qu'il en portait le poids. Jl en avait traversé toutes les disputes, les grandeurs et les petitesses. Il eu avait Fatalement les contradictions. Hevcu d'un évèque tout jésuite, élevé en partie par ses soins, il devait beaucoup -aussi au patronage des La Rochefoucauld. Quoique pauvre, il était noble, titré, marquis de Condorcet. Naissance, position, relations, beaucoup de choses le rattachaient à l'ancien régime. Sa maison, son salon, sa femme présentaient le mAî^H contraste. ^H

Madame de Condorcet, née Grouchy, d'abord chan^H nesse, élève enthousiaste de Rousseau et de la Révolution, sortie de sa position demi-ecclésiastique pour présider un salon qui était le centre des libres penseurs, semblait une imble religieuse de la philosophit

UADASŒ CONDORCET

(Juand loa Girondins furent arrâlés et condamnés i mortpira parti jacobin, Condorcet pariiul A dchappcr el se tint cacbé 4

Paris pendant plusieurs mois,. Sa femme fut réduite, pour gagn?r sa vie et celle de son mari, à faire des portraits.

Madame de Condorcet, belle, jeune et vertueuse, épouse de Tillustre proscrit, qui eût pu être son père, s'était trouvée, au moment de la proscription et du séquestre des biens (les biens du condamné étaient confisqués) dans un complet dénûment. Ni l'un ni l'autre • n'avaient les moyens de fuir. Cabanis, leur ami, s'adressa à deux élèves en médecine, célèbres depuis, Pinel et Boyer. Condorcet fut mis par eux dans un lieu quasi public, chez une dame Vernet, près du Luxembourg*, qui prenait quelques pensionnaires pour le logis et la table. Cette dame fut admirable. Un Montagnard* qui logeait dans la maison se montra bon et discret, rencontrant Condorcet tous les jours sans vouloir le reconnaître. Madame de Condorcet logeait à Auteuil ^, et chaque jour venait à Paris à pied. Chargée d'une sœur malade, de sa vieille gouvernante, embarrassée d'un jeune enfant, il lui fallait pourtant vivre, faire vivre les siens. Un jeune frère du secrétaire de Condorcet tenait pour elle, rue Sain t-Honoré, n° 352 (à deux pas de Robespierre), une petite boutique de lingerie. Dans l'entresol au-dessus de la boutique, elle faisait des portraits. Plusieurs des puissants du moment venaient se faire peindre. Nulle industrie ne prospéra davantage sous la Terreur; on se hâtait de fixer sur la toile une ombre de cette vie si peu sûre. L'attrait singulier de pureté, de dignité, qui était en cette jeune femme, amenait là les violents, les ennemis de son mari. Que ne dut-elle pas entendre!

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