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Grand jardin dans Paris, près du quartier latin

2. On appelait Montag'nards les députés du parti jacobin, parce qu'ils siégeaient dans la partie la

plus élevée de la salle des séances.

3. Auteuil, à l'ouest de Paris, était alors un village; il ne fait partie de la ville que depuis 1860.

Quelles dures et cruelles paroles ! Elle en est restée atteinte, languissante, maladive pour toujours. Le soir, parfois, quand elle osait, tremblante et le cœur brisé, elle se glissait dans Tombre jusqu'à la rue Servandoni, sombre, humide ruelle, cachée sous les tours de Saint- Sulpice. Frémissant d'être rencontrée, elle montait d'un pas léger au pauvre réduit du grand homme ; l'amour et l'amour filial donnaient à Condorcet quelques heures de joie, de bonheur. Inutile de dire ici combien elle cachait les épreuves du jour, les humiliations, les duretés, les légèretés barbares, ces supplices d'une âme blessée, au prix desquels elle soutenait son mari, sa famille, diminuant les haines par sa patience, charmant les colères, retenant peut-être le fer suspendu. Mais Condorcet était trop pénétrant pour ne pas deviner toute chose; il lisait tout, sous ce pâle sourire dentelle déguisait sa mort intérieure. Si mal caché, pouvant à tout moment se perdre et la perdre, comprenant parfaitement tout ce qu'elle souffrait et risquait pour lui, il ressentait le plus puissant aiguillon de la Terreur. Peu expansif, il gardait tout, mais haïssait de plus en plus une vie qui compromettait ce qu'il aimait plus que la vie.

MORT DE MADAME ROLAND ET DE M. ROUkND

Roland, un des chefs du parti girondin, avait été ministre en 1791 ; sa femme, beaucoup plus jeune que lui, éloquente et passionnée pour la Révolution, devint alors Tàme du parti girondin. Le 31 mai 1793 les jacobins réussirent à faire arrêter les députés girondins; madame Roland fut guillotinée; M. Roland, qui avait réussi à échapper, se tua en apprenant la mort de sa femme.

Au 2 juin, quand la plupart des Girondins s'éloigne-

rent ou se cachèrent, les plus braves, sans comparaison, ce furent les Roland*, qui jamais ne daignèrent découcher ni changer d'asile. Madame Roland ne craignait ni la prison ni la mort; elle ne redoutait rien qu'un outrage personnel, et, pour rester toujours maîtresse de son sort, elle ne s'endormait pas sans mettre un pistolet sous son chevet. Sur l'avis que la Commune avait lancé contre Roland un décret d'arrestation,elle courut aux Tuileries*, dans l'idée héroïque (plus que raisonnable) d'écraser les accusateurs, de foudroyer la Montagne^ de son éloquence et de son courage, d'arracher à l'Assemblée la liberté de son époux. Elle fut elle-même arrêtée dans la nuit. Il faut lire toute la scène dans ses Mémoires* admirables, qu'on croirait souvent moins écrits d'une plume de femme que du poignard deCaton^. Mais tel mot, arraché des entrailles maternelles, telle allusion touchante à l'irréprochable amitié, font trop sentir, par moments, que ce grand homme est une femme, que cette âme, pour être si forte, hélas ! n'en était pas moins tendre.

Elle ne fit rien pour se soustraire à l'arrestation, et vint à son tour loger à la Conciergerie près du cachot de la reine ^ sous ces voûtes veuves à peine de Vergniaud, de Brissot, et pleine de leurs ombres. Elle y vint royalement, héroïquement, ayant, comme Vergniaud^, jeté le poison qu'elle avait, et voulut mourir au grand jour. Elle croyait honorer la République par son courage au tribu-

1. Roland de la Platière avait été ministre en 1792 ; sa femme, la célèbre madame Roland, réunissait dans son salon les chefs du parti girondin.

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