‹ Pages choisies des grands écrivainsChapitre 70 sur 258 · LE SEPA3 DU LÉZARD · texte numérisé non relu

LE SEPA3 DU LÉZARD

MicliQlcl avait été très Siuppé de In sobriété des léords, |:AVBit VII un iiynibolG de la [liiuvrelé dos niuntaguards italiens.

La mouvante rivière' dn Levant parle toujours, remue Itoujoui's, montre toujours un va-et-vient amusant de l'barques et de vaisseaux de commerce; elle offre sans îesse aux regards des objets nouveaux.

Seulement mon horizon, au levant, ne s'étendait guère ftqu'à trois lieues. Mais au couchant, de mon quai, j'em- [ brassais le cercle dn golfe, jusqu'à cinquante lieues, peut-être. Longue et vaporeuse chaîne dont les principaux accidents me charmaient toujours l'esprit : le pro~ fond pli de Savone*. la percée vers Albengha, où l'Apennin [ s'abaissa devant notre armée d'Italie', Nice enfin, le Var.

■ la porte de la terre adorée^ Tout cela, dans les beaux

1 temps, apparaît sous le virginal diadème des neiges du iNord...

Je contemplais ce grand spectacle du |ded de la pelitl

tour qui reste des anciennes défenses bâties contre les Barbaresques musulmans^ Mais souvent, bien plus souvent, ma pensée, moins dispersée, s'harmonisait aux montagnes que j'avais sous mes yeux mêmes.

La chauve et poudreuse montagne de Quarto-Quinto qui suit Gènes, et l'autre, presque aussi chauve, qu'on retrouve un peu plus loin, celle de Capolongo avec son cou nu de vautour, tiennent devant elles, comme pour cacher une partie de leur nudité, le mont cultivé de Nervi. Vous diriez deux grandes filles maigres et mal vêtues qui, derrière, enchaînant leurs mains, exposent, montrent avec complaisance le jeune frère de prédilection, le florissant bambino'.

Ces pauvres montagnes nues, que disent-elles? ^ Nous sommes des fiefs, ou misérable pâture communale, bien de tous mangé par les riches (les plus pauvres n'ont pas de troupeaux)... Mais voyez au contraire Nervi, ce que le travail en a fait! quel triomphant amphithéâtre ! ^

Ce petit mot de mes montagnes, c'est toute l'histoire des Apennins, l'histoire de la pauvre Italie, le rêve intérieur de cette terre pensive, le souci qui rend si sérieux là-bas mon voisin le philosophe, le promontoire de Portofino.

Jamais celui de Sunium^nesut et ne dit tant de choses que j'en apprenais, à l'heure solitaire, le long des écueils de Nervi. Ce quai large de trois doigts, cette corniche de caillou stérile qui ne produit pas une herbe, elle me donnait souvent ainsi, pour rapporter à la maison, plus d'une mélancolique fleur. Et qui donne, si ce n'est le pauvre?

i. Les pirates musulmans de la eMe nord d'Afrique (Algérie et Tunisie) faisaient des incursions sur lODtat les côtes d'Italie.

â. Eu italien, petit enfant.

3.Aujourd'hui cap Colonna.promontoirc du sud de l'Attique, formé par Textrémitc de la chaîne du Laurium.

Dans ces souvenirs atlendris de mes amitiés, je dois il pas oublier les humbles, les intelligents petits léiiards qui, vers midi, sur ce ijuai, cherchant avec molle soleil, dans leurs rapides mouvements, me suscitèrent tant de

Leur faculté d'observation me frappait inlJDÎnienl. choisissaient, comme moi, l'heure du diner, l'heure sS litaire. Ils fuyaient, mais non indiiïéremment devant toute sorte de personnes. J'eus bicntùl cet avantage d*élre considéré par eu\ comme un promeneur inofTensif, à l'approche duquel on ne s'éloignait que peu, leutemen^ TÏsiÛemenl, sans crainte. Les vieux me Irailaîenl ainî me regardant bien toutefois, ne me perdant pas de vu^ prudents, mais n'étant pas fâchés de voir h leur aise homme, un de ces géants qui font leur elTroi ordinaire. Pour les jeunes et les tout petits sans expérience, ils ne faisaient pas ces distinctions, ils fuyaient éperdus, ahurù tellement peureux que pour échapper au danger ils s' jetaient, venant parfois à l'étourdie jusque dans i jambes.

Frileux tout autant que moi, ils s'ingéniaient habilement à éviter le vent ^rcc, vent d'est' insupportable ici. Les vieux murs, mal réparés, leur fournissent en abondance de commodes logis d'hiver, bien exposés, au mi^ Une chose m'élonnail seulement et m'embarrassait : d quoi vivaient-ils? On me dit qu'à certains temps i grapilleni dans les jardins, réchauffant leur pauvre sang froid du jus de la vigne, comme feraient des vieillards débiles. Mais généralement ils servent la culture plut qu'ils ne loi nuisent. C'est à eux surtout, je c doit de voir si [uu d'inseeles.

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Ils semblent gais et sociables. Presque toujours je les voyais se promener deux à deux, souvent se poursuivre alternativement, mais cela sans acharnement, sans fureur de guerre ni d'amour. Ils se suivaient, puis se quittaient pour penser à autre chose. J'en ai vu qui se disputaient des propriétés, une feuille sèche par exemple, apparemment pour faire leur nid ; parfois, autre chose difiicile à avoir, la propriété d'une mouche !

Ne riez pas. En ce pays où la vie manque tellement, une bonne et savoureuse mouche est, pour gens de cette espèce, un assez riche bétail.

Tel l'animal et tel l'homme. La sobre vie de mes lézards, pour qui une mouche est un ample festin, ne diCTérait en rien de celle de la povera gente^ de la côte. Plusieurs faisaient cuire de l'herbe ! mais l'herbe non plus n'est pas communedans la montagne aride et décharnée.

Je me rappelle la surprise contenue, l'étonnement béatifique d'une petite marchande à qui, dans un compte inextricable de mauvaises monnaies locales, je donnai et je laissai, par delà son dû, un centime I

Ce centime et cette mouche en disent beaucoup sur ce pays.

La mouche, pour ceux d'en haut, misérables récolteurs de feuilles sèches envolées aux sommets arides, ce sont les quinze ou vingt centimes qu'ils gagnent à ce triste métier.

La mouche, pour ceux du milieu, piocheurs d'une terre sèche et grise qui produit surtout le caillou, ce sont les piètres oranges et les citrons aigres qu'ils vendent presque pour rien à Gènes.

La mouche, pour ceux d'en bas, c'est le profit incer-

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