rvini* «rKapagnv, l'puunv ilr l'Iitlippi- V
du duc de Saint-Simon. 157
les plaisirs ; peu à peu dans la suite plus livi'(''c au monde, les ididix de ce (pli Teuvironua de sou âi^e se lireiit pour la plupart moins j)our la vertu que par la faveur. La faeilité naturelle de la princesse se laissait conformer aux personnes qui lui étaient les plus familières, et ce dont on ne sut pas profiter, elle se plaisait autant et se trouvait aussi à son aise et aussi amusée d'aprôs-dînées raisonnables, mêlées de lectures et de conversations utiles, c'est-à-dire pieuses ou historiques, avec les dames âgées qui étaient auprès d'elle, que des diseours plus libres et dérobés des autres (pii l'entraînaient plutôt qu'elle ne s'y livrait, retenue par sa timidité naturelle et par un reste de délicatesse. 11 est pourtant vrai que l'entraînement alla bien loin, et qu'une princesse moins aimable et moins universellement aimée, pour ne pas dire adorée, se serait trouvée dans de cruels inconvénients. Sa mort indiqua bien ces sortes de mystères, et manifesta toute la cruauté de la tyrannie que le roi ne cessa d'exercer sur les âmes de sa famille. Quelle fut sa surprise, quelle fut celle de la cour, lorsque, dans ces moments si terribles où l'on ne redoute plus que ce qui les suit et où tout le ])résent disi)araît, elle voulut changer de confesseur, dont elle iépu<lia même tout l'ordre,' pour recevoir les derniers sacrements !
On a vu ailleurs qu'il n'y avait que son époux et le roi qui fussent dans l'ignorance, que madame de Maintenon n'y était ])as, et qu'elle était extrêmement occupée ([u'ils y demeurassent profondément l'un et l'autre tandis qu'elle lui faisait peur d'eux; mais elle aimait ou plutôt elle
Ce confesseur était jésuite.
158 Mémoire»
adorait la princesse, dont los manières et les charmes lui avaient fr«Hîn^ le i'(eur; ell»* en amusait le roi fort utilement pour elle ; elle-même s'en amusait, et ce qui est très vériUible, quoi«|ue surprenant, elle s'en appuyait et quelquefois se conseillait il elle. Avec toute cette galanterie, jamais femme ne parut se sou«'ier moins de sa fif^ire, ni y prendre moins de précaution et de soin ; sa toilette était faite en un moment, le peu môme qu'elle durait n'était que jMmr la cour; «llf lu* se souciait «le parure «pic jumr les bals et fêtes, et ce «qu'elle en prenait en tout autre temps, et le moins encore «lu'il lui était jKjssible, n'était que par complaisance jxiur If roi. Avec elle s'éclipsèrent joie, plaisirs, amusements même, et toutes esj)èces de grAces; les ténèbres couvrirent toute la surface de la cour; elle l'animait tout entière, elle en remplissait tous les lieux à la fois, elle y occuiKiit tout, elle en i»éiiétrait tout l'intérieur. Si la cour subsista après elle, ce ne fut plus (jue pour lan^nùr. damais princesse si rej^rettée. jamais il n'en fut de si digne de l'être: aussi les n'grets n'en ont-ils p>i jcusser, ««t l'amertume involontaire et secrète en est constamment dcmeuii'e. avec un vide affreux qui n'a jm être diminué.
Le roi et nuulame de Maintenon. i>énétrés de la plus vive douleur, qui fut la sciilc véritabh' (pi'il ait jamais eue en sa vie, entrèrent d'alxjrd chez madame de Maint*'non en arriv.int à Marly ; il soupa .seul <'hez lui dans sa chambre, fut iHMj dans stm cabinet avec M. le duc «l'Orléans et ses enfants naturels. M. le duc «h' Herry, tout «Mc»j|)é de son afHictiftn, «pii fut véritable et gnmde, et plus enc<»re «h* «-elle de Mon.seigneur, son frèn*, qui fut extrême, était demeuré à Versailles avec madame la duchesse de Herry, qui, traos*
rf« duc de Saint-Simon. 159
portée de joie de se voir délivrt'e d'une plus grande et mieux aimée (][u\'lle, et à (|ui elle devait tout, suppléa tant qu'elle put au cœur par l'esprit, et tint une assez bonne contenance. Ils allèrent le lendemain matin à Marly pour se trouver au réveil du roi.
Monseigneur le Dauphin, malade et navré de la plus intime et de la plus anière douleur, ne sortit point de son appartement, où il ne voulut voir que M. son frère, son confesseur et le duc de Beauvilliers, qui, malade depuis sept à huit jours dans sa maison de la ville, fit un effort pour sortir de son lit, pour aller admirer dans son puijillc tout ce que Dieu y avait mis de grand, qui ne parut jamais tant qu'en cette affreuse journée et en celles qui suivirent jusqu'à sa mort. Ce fut, sans s'en douter, la dernière fois qu'ils se virent en ce monde. Cheverny, d'O et Gamaches passèrent la nuit dans son appartement, mais sans le voir que des instants.
Le samedi matin 13 février, ils le pressèrent de s'en aller à Marly, pour lui épargner l'horreur du bruit qu'il pouvait entendre sur sa tête, où la Dauphine était morte. Il sortit à se])t heures du matin, par une porte de derrière de son appartement, où il se jeta dans une chaise bleue qui le porta à son carrosse. Il trouva en entrant dans l'une et dans l'autre quehpies courtisans plus indiscrets encore qu'éveillés, qui lui tirent leur révérence, et qu'il reçut avec un air de politesse. Ses trois menins^ vinrent dans son carrosse avec lui. Il descendit à la chapelle, entendit la messe, d'où il se fit porter en chaise à une fenêtre
■• Meniii, un des gentilshommes spécialement attachés au Dauphin.
1 >»0 Mémoireê
tlf sou api>art4^nient |)ar où il «'ntni. MatliOmo do Maintem»ii y vint avissitôt : on pt'Ut jugor (iiu>lU' fut l'angoisse tie (*ette «'Utn'vu»'. elle ne put y tenir lon^Mn|>H et s'en n'tojirna. Il lui fallut e.s.suyer princes ««t princesses, qui, I>;ir discrétion, n'y furent ipu* des nionn-nts, même nuulame la «luchesse de Berry et madame «le Saint-.^imoti avi-e elle, vers qui le Dauphin se tourna ave<î un air cxpn*Hsif d« leur commune douleur. Il demeuni iiucUpie temps seul avec M. le duc de Berry. I.i«' réveil du roi apprtM-hant, ses trois menins entrèrent, et je hasiirdai d'entrer aveo eux. Il me montra qu'il s'en apercevait avec un air de douceur et «l'affection (pii me jiénétra. Mais je fus éfiouvanté de .son n*fpird. é^'îilcment contraint, fixe, ave** quel> que chose de fartnjche, du chan^'ement de son visiiR»? et des marques plus livides que nm^^'âtres «jue j'y remarquai en as-sez grand nombre et as.scz larj»»'S, et dont ce qui était dans la chamhre s'a]M>rvut comme moi. Il était deliout, et jK'u d'instants après on le vint avertir «pie le roi était éveillé; les larmes «ju'il n*t<'nait lui n>ul;iient «lans les yeux. A cette nouvelle il se tourna sjins ri»*!» dire, et demeuni. Il n'y avait «jue ses trois menins et moi, et Duchesne; les menins lui prt)|K>sèn"nt une fois ou deux d'aller chez le roi, il ne n>mua ni ne ré|Niudit Je nra|>- ]>rochai et je lui fis signe il'aller. puis j<> le lui pro|H)sai à voix Iwsse. Voyant «pi'il demeurait et se taisait, j'oeuii lui prenelre le bras, lui représi-nt^-r «jue tôt ou tanl il fallait bien qu'il vit le roi, qu'il l'attendait, et sûrement avec désir de le voir et de rembraK.ser, (}u'il y avait plus de ffrâc** à n** piw différer; et en le pressant de la sorte, je pris la lilierté «le ^ iiousser doucement; il me j(>tA un
du (fur lU' Saint-Simon. IHI
ri'i,'ar(l ;i ptTct'r rAïuc, et partit. .Ii' lo suivis quchjufs pas. l't m'ôtai de là ])()ur prciidn' lialriiic. Je ne l'ai j)as vu (loj)uis. Plaise A la luisériconlc de Dieu (juc je le voie éterni'llenu'ut où sa bonté sans ddutc l'a uns 1
Tout ce qui était dans Marly pour lors, en très petit nond)re, était dans le grand salon. Trinees, i)rincesses, grandes entrées, étaient dans le petit, entre l'ap})artement du roi et celui de madame de Mainteuon; elle, dans sa chambre, qui, avertie du réveil du roi, entra seiile chez lui i\ travers ce petit salon, et tout ce qui y était entra fort peu après. Le Dauphin, (pii entra i)ar les cabinets, trouva tout ce monde dans la chambre du i-oi. qui, dès qu'il le vit, l'appela pour l'embrasser tendri-nicut. lonj^uement et :\ reprises. Ces ])reniit'rs moments si touchants ne se passèrent qu'eu paroles fort entrecoupées de larmes et de sanglots.
Le roi un peu après, regardant le Dauphin, fut clTrayé des mêmes choses dont nous l'avions été dans sa cliainbre. Tout ce qui était dans celle du roi le fut, les médecins plus que les autres. Le roi leur ordonna de lui tâter le ])ouls, qu'ils trouvèrent mauvais, à ce (ju'ils dirent ai)rès ; })(/\ir lors ils se contentèrent de dire (pi'il n'était i)as net, et (pi'il serait fort à propos qu'il allât se mettre au lit. Le roi l'embrassa encore, lui recommanda fort tendrement de se conserver, et lui ordonna de s'aller coucher ; il obéit, et ne se releva plus. Il était assez tard dans la matinée; le roi avait passé une cruelle nuit et avait fort mal à la tête ; il vit à son dîner le peu de courtisans considérables (pii s'y présentèrent. L'après-dînée il alla voir le Daujdiin. dont la fièvre était augmentée et le pouls encore [dus mauvais,
162 Mémoireê
passa choz matlaino do MainU^nnn, 8(mp;i .netil chez lui, et fut {leu dans son cabinet après, avec ce qui avait arooutuiné d'y entrer. Ia^ Dauphin ne vit que ses menins, et des instants, les m^«l«^Mns, jk-u d«' suite, M. son frère, assez, son ciMifesseur, un jieu M. de Chevreuse, et {Kissa sa ji»urn<''e vn prières et à se faire faire de saintes leotun's. La liste pour Marly se tit, et les atlmis furent avertis comme il sV'tait pratiqué à la mort de Monseif^icur, (jui arrivènMit successivement.
Le lendemain dimanche ]«• roi y('c\\t comme il avait fait la veille. L'inquiétude augmenta sur le Ihuiphin. Luimôme m* cacha p:i.s i\ lîoudin, en ])ré.sence de Duchesne et de M. «le Chevcrny, «[u'il ne croyait p;is en ndevcr, et qu'à ce qu'il sentait, il ne doutait i>as que l'avis (|ue Boudin sivait eu ne fût exécuté. Il s'en explirpia plus d'une fois de même, et toujours avec un détiichcnuMit. un mépris «lu monde et de tout ce qu'il a de j<ran«l, une soumission et un amour de Dieu incomi arables. On ne |K*ut exprimer la consternation générale. I/e lundi lô le roi fut .saigné, et le Dauphin ne fut jMus mieux cpie la veille. Le roi et m;ulame de Maintenon le voyaient sé|>arément plus d'une fois le jour. Du reste personne que M, son frère des moments, ses menins comme ]Miint, M. de Chevn'u.se «pielque jieu, Umjours en l«»ctures et en prières. Ia' martli Kî il se tmuva plus mal, il se sentait dévorer |»ar un feu consumant auquel la tièrre ne ré|iondait \ki» à l'extérieur, mais le |n)u1s, enfoncé et fort extraonlinain», était très menav^tnt ; le m;irdi fut encore plus mauvais, mais il fut tronqH-ur. ('e« manpies de son visage .H'ét4'ndin>nt sur tout le c<ir|«s. On les prit jMmr des maniues «le rougeole. On se flatta lÀ-dessus, mais les mé-
(h( duc de Saint-Simon. 163
deeins et les plus avisés de la cour n'avaient pu oublier sitôt que ces mêmes marques s'étaient montrées sur le corps de la Dauphine, ce qu'on ne sut hors de sa chambre (ju'après sa mort.
Le mercredi 17, le mal augmenta considérablement. J'en savais à tout moment des nouvelles par Cheverny, et quand lîoulduc pouvait sortir des instants de la chambre il me venait parler. C'était un excellent apothicaire du roi, qui après son père avait toujours été et était encore le nôtre avec un grand attachement, et qui en savait pour le moins autant que les meilleurs médecins, comme nous l'avons expérimenté, et avec cela beaucoup d'esprit et d'honneur, de discrétion et de sagesse. Il ne nous cachait rien à madame de Saint-Simon et à moi. Il nous avait fait entendre plus que clairement ce (pi'il croyait de la Dauphine ; il m'avait parlé aussi net dès le second jour sur le Dauphin. Je n'espérais donc plus, mais il se trouve pourtant qu'on espère jusqu'au bout contre toute espérance.
Le mercredi, les douleurs augmentèrent comme d'un feu dévorant plus violent encore ; le soir, fort tard, le Dauphin envoya demander au roi la permission de communier le lendemain de grand matin, sans cérémonie et sans assistants, à la messe qui se disait dans sa chambre ; mais personne n'en sut rien ce soir-là, et on ne l'apprit que le lendemain dans la matinée. Ce même soir du mercredi, j'allai assez tard chez le duc et la duchesse de Chevreuse, qui logeaient au premier pavillon, et nous au second, tous deux du côté du village de Marly. J'étais dans une désolation extrême ; à peine voyais-je le roi une fois le jour. Je ne faisais qu'aller plusieurs fois le jour aux nouvelles, et uniquement chez
1*>4 Mémoire»
M. «'t iiKuiamo dt* Chevn-u.se, jK>ur nr v<»ir «jup (îpns aussi tourbes que moi, et ave<; ((ui je fuHs«> tout à fait libre. Miuhuue tle Chcvreuse non |>lus ciut> moi n'avait aucune esjj^'niiir»'; M. «Il' ('h«'vr«'n.s«'. t4i)ijiiuni ('iiiiuniine,' tfmjour< e8]W>nint, toujours voyant tout rn l>lanr, r.ssiiya <U« n»ius prouver, jKir ses niisonn<>n)«*nts «!«• physique ««t tli» méilerine. qu'il y avait plus à esjH-nT «pi'à «niimlri', avw uiu* tranquillité qui m'oxc^da «'t nu- tit fondn' sur lui avi^- ,iss<-/. d'iiMléctMice. mais au s(mlap*m<Mit d»- mailaim* df t'hrvrense et d«* ce peu qui ^-tait avec eux. .!•• m'en r»»vins jwisser une cruelle nuit. I^- jeudi matin IS février, j'appris dès le ^n^nd matin cpic le Dauphin, qui avait atUMidu minuit avec inijKiticnce, avait oui la nu-ss»* liicntôt apn\s, y avait communié, avait i»:ussé d«*ux lu'un-s après djuis une fjrande communication avec Dieu, que la tèt«' s'était après einkirriusséf ; et madame de Saint-Simon me dit ensuit»* jpi'il avait reçu l'extrême-onction ; enfin, «pi'il était mort à huit heures et demie. C'es Mémoires ne .sont |kus faits jMJur y remire compte de mes sentiments. Kn les lisant on ne les sentira que trop, si jamais lonis'temps après moi ils |taniis.sent, et dans quel état je pus être et madame de .Saint-Simon au.ssi. Je me contenti'rai de dire qu'à jMMiie parûmes-nous les premiers jtnirs un insUuit chacun, que j«! voulus tout quitter et me retin-r de la cour et du inon«le, et que ce fut tout l'ouvraifc fie la sapes.He, de la rondiiit**. du |>ouvoir de madame de S;iint-Simoii sur moi «pie de m'en em|»éi'her avec bien de la ]ieine.
Ce prince, héritier néeessjiire puis présomptif de la couronne, naquit t«>rrible, et «a première jeun<<Hse fit trembler ;
du duc de Saint-Simon. 165
dur et colère jusqu'aux derniers enii)ortements, et jusque contre les (dioses inanimées ; impétueux avec fureur, incapable de sdutïiir la moindre résistance, même des heures et des éléments, sans entrer en des fougues à faire craindre que tout ne se rompît dans son corps ; opiniâtre à l'excès ; passionné pour tout espèce de volupté, et, ce qui est rare à la fois, avec un autre j)en('liant tout aussi fort. 11 n'aimait pas moins le vin, la lionne chère, la chasse avec fureur, la musique avec une sorte de ravissement, et le jeu encore, où il ne pouvait supporter d'être vaincu, et où le danger avec lui était extrênu' ; enfin, livré à toutes les passions et transporté de tous les plaisirs ; souvent farouche, naturellement porté à la cruauté ; barbare en railleries et à produire les ridicules avec une justesse qui assommait. De la hauteur des cieux il ne regardait les honuues que connue des atomes avec qui il n'avait aucune ressemblance, quels qu'ils fussent. A peine MM. ses frères lui paraissaient-ils intermédiaires entre lui et le genre humain, quoiqu'on eût toujours affecté de les élever tous trois ensemble dans une égalité parfaite. L'esprit, la pénétration brillaient en lui de toutes parts. Jusque dans ses furies ses réponses étonnaient. Ses raisonnements tendaient toujours au juste et au profond, même dans ses emportements. Il se jouait des connaissances les plus abstraites. L'étendue et la vivacité de son esprit étaient prodigieuses, et l'empêchaient de s'ap])li(pier à une seule chose à la fois, jusqu'à l'en rendre incapable. La nécessité de le laisser dessiner en étudiant, à quoi il avait beaucoup de goût et d'adresse, et sans quoi son étude était infructueuse, a ])eut-étre beaucoup nui à sa taille.
Il était plutôt petit que grand. Te visage long et brun, le
166 Mémoiret
haut parfait, avec les plus U-aux )'oux du monde, un ref^ard vif, toucluint, frapiKint. admirable, a«sez unlinairement doux, t«iujours |)erçant, et une physionomie a^^aWle, haute, fine, spirituelle jusipi'à inspirer de l'esprit. I^*' Ikis du visage assez ])ointu, et le nez long, ^>levé, mais {Hiint lM>au, n'allait pas si bien ; des cheveux ch&tains si crépus et en telle quantité qu'ils Ixmffaient à l'excès; les lèvres et la bouche agréa)>l(>s (juand il ne parhiit i)()int, mais quoique ses dents ne fussent pas vilaines, \v râtelier supérieur s'avançait trop et emlM>ttait presque celui de dessous, ce qui en ])arlant et en riant faisait un effet désagréablt>. Il avait les plus l)elles j:imb«\s et les plus beaux pieds qu'après le roi j'aie jamais vus à in-rsonne, mais trop longues, aussi bien que ses cuisses, |H)ur la projmrtion de son corps. Il sortit droit d'entre les mains des femmes. On s'ai>erçut de bonne heure que sa taille commençait à tourner. On employa aussitôt et longtemps le collier et la croix de fer, qu'il jKjrtait tant (pril éUiit dans son apjKirtement, même devant le monde, et on n'oublia aucun des jeux et des exercices pnjpres à le redresser. I^a nature demeura la plus forte. Il devint Ik>ssu, mais si particulièrement d'une épaule qu'il en fut enfin lM)it4-ux, non (ju'il n'eAt les cuisses et les jambes |>arfaitement égales, mais pirce que, i mesure que cette épaule grossit, il n'y eut plus, des deux hanches ju.squ'aux deux pieds, la ménn' di.stance. et, au li«'U d'être à plomb, il jN'iicha d'un côt/>. Il n'en marchait ni moins aisément, ni moins longtem|>s, ni moins vit*', ni moins volontiers, et il n'en aima |MUi moins la promenade à pied, et i monter à cheval. quoi<|U*il y fAt très mal. Ce qui doit 8ur]>reiiilr»-, c'est qu'avec' des yeux, tant d'esprit si élevé.
(lu duc de Saint-Simon. 167
et parvenu à la vertu la plus extraordinaire et à la plus éminente et la plus solide piété, ce prince ne se vit jamais tel qu'il était pour sa taille, ou ne s'y accoutuma jamais. C'était une faiblesse <pii mettait en garde contre les distractions et les indiscrétions, et qui donnait de la peine à ceux de ses gens qui dans son liabillement et dans l'arrangement de ses cheveux masquaient ce défaut naturel le plus qu'il leur était possible, mais bien en garde de lui laisser sentir qu'ils aperçussent ce qui était si visible. Il en faut conclure qu'il n'est pas donné à l'homme d'être iei-bas exactement parfait.
Tant d'esprit, et une telle sorte d'esprit, joint à une telle vivacité, à une telle sensibilité, à de telles passions, et toutes si ardentes, n'étaient pas d'une éducation facile. Le duc de Beauvilliers, qui en sentait également les difficultés et les conséquences, s'y surpassa lui-même par sou application, sa patience, la variété des remèdes. Peu aidé par les sous-gouverneurs, il se secourut de tout ce qu'il trouva sous sa main. Fénelon,^ Fleury, sous-précepteur, qui a donné une si belle Histoire de VÉglise, quelques gentilshommes de la manche,^ Moreau, premier valet de chambre, fort au-dessus de son état sans se méconnaître, quelques rares valets de l'intérieur, le duc de Chevreuse, seul du dehors, tous mis en œuvre et tous en même esprit, travaillèrent chacun sous la direction du gouverneur, dont l'art, déployé dans un récit, ferait un juste ouvrage également
^ Le duc de Saint-Simon n'est pas juste envers Fénelon en ne lui attribuant pas la principale part à IVducation du duc de Bourgogne.
•^ Gcntilshoninics .au service des enfants de France, auxquels il était interdit de les toucher autrement qu'à la manche.
168 Mémoire»
curieux et instructif. Mais Dieu, qui est le mattre des cu'urs, et dont Ir divin esprit souffle où il vi-ut, fit de ce prince un ouvnijçe de sa droit*', et eutn- dix-huit et vinjjt ans il accomplit son (puvre. I)e cet abtme sortit un prince affable, doux, humain. m<>d<^ré, |>:itieut, modesU-, |i^nitent^ et, auUmt et (ptelqucfois au delà de ce que son ^>tat |K)Uvait com|K)rt«'r, humble et austère |Mmr soi. Tout appliqué à ses devoirs et les comprenant imnirn.ses, il ne jH'n.na plus qu'à allier les devoirs de fils et de sujet avec ceux auxquels il se voyait destiné. Ija brièveté des jours faisait toute sa douleur. Il mit toute sa force et sa con.solation dans la prière, et ses préservatifs en de pieuses lectures. Son goût iK)ur les sciences abstraites, sa facilité à les |)énétrer lui dérol>a d'ab<ird un tem])S qu'il reconnut bientôt devoir à l'instniction des choses de son état, et à la bienséance d'un r:in>; destiné à régner, et à tenir en att^Midant une cour.
L'apprentissage de la dévotion et l'appréhension de sa faibles.se {niur les plaisirs le rendirent (ral)ord .sauv:i|»p. La vigilance sur lui-même, à «jui il ne p;ussait ri«'n et à qui il croyait devoir ne rien p.'usser, le n^nfenua dans son cabinet comme dans un aisilu im|ténétnible aux occasions. Que le monde est étninge ! il l'efit :ibhorré dans son pn-mier état, et il fut tenté de mépriser le s«'cond- Le prince le sentit, il le sup|M)rta, il att^icha avec joie cette 8ort4< d'opprobrt> à la croix de son Sauveur, |)our se confomlre .noi-méme dmis r.inier souvenir de wjn orgueil j>;Lssé. (!e qui lui fut de plus |>énible, il le trtniva dans les tniits ap|M>santis de »a plus intime famille. Le roi, avec sa dévotion et sa régularité d'écorce, vit bientôt avec un sech't dépit uu prince «le
du duc de Saint-Simon. 169
cet âge censurer, sans le vouloir, sa vie par la sienne, se refuser un bureau neuf pour donner aux pauvres k' prix qui y était destiné, et le remercier modestement d'une dorure nouvelle dont on voulait rajeunir sou petit appartement. On a vu combien il fut piqué de son refus trop obstiné de se trouver à un bal de Marly le jour des Rois.^ Véritablement ce • fut la faute d'un novice. Il devait ce respect, tranchons le mot, cette charitable condescendance, au roi son grand-père, de ne l'irriter pas par cet étrange contraste ; mais au fond et en soi, c'était une action bien grande qui l'exposait à toutes les suites du dégoût de soi qu'il donnait au roi, et aux propos d'une cour dont le roi était l'idole, et qui tournait en ridicule une telle singularité.
Monseigneur ne lui était pas une épine moins aiguë ; tout livré à la matière et à autrui, dont la i)olitique, je dis longtemps avant les complots de Flandre, redoutait déjà ce jeune prince, n'en apercevait que l'écorce et la rudesse, et s'en aliénait comme d'un censeur. Madame la duchesse de Bourgogne, alarmée d'un époux si austère, n'oubliait rien ])our lui adoucir les mœurs. Ses charmes, dont il était pénétré, la politique et les importunités effrénées des jeunes dames de sa suite déguisées en cent formes diverses, l'appât des plaisirs et des parties auxquels il n'était rien moins qu'insensible, tout était déployé chaciue jour. Suivaient dans l'intérieur des cabinets les remontrances de la dévote fée et les traits piquants du roi, l'aliénation de Monseigneur grossièrement marquée, les préférences malignes de sa cour intérieure, et les siennes trop naturelles poui
' Ce refus était motivé par des scrupules religieux.
170 Mémoireê
M. lf> dur (lo Borry, que son aîné, traité là en étranjçir (jui pèse, voyait rhéri et attiré ave<; aiiplaudisseraent. 11 faut une âme bien forte jMMir soutenir «le telh-H épn'uves. vi t«»u8 les jours, sans «>n étn* ébranlé; il faut être puisH^imntent soutenu (le la main invisible «piaml tout appui se n>fuse au dehors et «pi'un prin<'e de ee nw\\* s»- voit livré aux déffoûts des siens devant qui tout flé<'liit, et pres(pie au mépris d'une cour qui n'était plus ret<Mm«', et (pii avait un»» secret»frayeur de se trouver un jour sous ses lois. CejM'ndant, rentré de plus en lui-même par le scrupule de déplaire au roi, de rebuter Monsei^nieur. <le donner aux autres de l'éloiffnement de la vertu, l'écorce rude et «lun* jmmi i\ jm-u s'ailoueit, mais sans intén-sser la solidité ilu tninc. Il comprit enfin ce que c'est que quitt««r Dieu innir Dieu, et que la pratique fidèle des devoirs propres de l'état où Dieu a mis est la piété solide qui lui est la ])lus af^réable. Il se mit donc à s'appliquer presque uniquement aux choses qui IK)uvaient l'instniire au gouvernement ; il se prêtji j»lus au monde, il le fit même avec tant de jjrAce et un air si natund, qu'on sentit bientAt sa niison «le s'y être refusé, et s:i |KMne à ne faire i\\\v s'y prét«'r. et le monde, qui se plaît tiint à être aimé, commenç:i à devenir réc<»nciliable.
Il réussit fort au jfré des trou|N'S en sa pn*niière camftii^ne en Flandre avec le maréchal tle lk»ufHers. Il ne plut |Ku< moins à la si-conde, où il prit Hris^ich avee le maréi'hal de Tallard ; il s'y montra |iartout fort librement, et fr)rt au delà de oe que voulait Mandiin, qui lui avait été donné jiour son mentor. Il fallut lui cicher le pnqel de landau jxnir le faire revenir à la cour. |»rnjet qui n'éfdata qu'ensuite. Les trislMi conjonctures des années suivantes
du duc de SamtSimon. 171
no permirent pas de le renvoyer à la tête des armées. A la fin ou y crut sa présence nécessaire ])our les ranimer, et y rétablir la discii)line ])t'rdiie. Ce fut en 1708.
Tant lie vertu trouva entin sa réeomjjense dès ce monde, et avec d'autant plus de pureté, que le prince, bien loin d'y contribuer, se tint encore fort en arrière. J'ai assez expliqué tout ce qui regarde cette précieuse révolution, pour que je me contente ici de la montrer, ainsi que les ministres, à la cour, aux pieds de ce prince devenu le dépositaire du cœur du roi, de son autorité dans les affaires et dans les grâces, et de ses soins pour le détail du gouvernement. Ce fut alors qii'il redoubla plus que Jamais d'application aux choses du gouvernement, et à s'instruire de tout ce qui pouvait l'en rendre plus capable. Il bannit tout amusement de sciences pour partager son cabinet entre la prière, (j^u'il abrégea, et l'instruction, qu'il multiplia ; et le dehors entre son assiduité auprès du roi, ses soins pour madame de Maintenon, la bienséance et son goût pour son épouse, et l'attention à tenir une cour et à s'y rendre accessible et aimable. Plus le roi Téleva, plus il affecta de se tenir soumis en sa main, plus il lui montra de considération et de confiance, plus il y sut répondre par le sentiment, la sagesse, les connaissances, surtout par une modération éloignée de tout désir et de toute complaisance en soi-même, beaucoup moins de la plus légère présomption. Son secret et celui des autres fut toujours impénétrable chez lui.
Sa confiance en son confesseur n'allait pas jusqu'aux affaires. J'en ai rapporté deux exemples mémorables sur deux traits importants aux jésuites qu'ils attirèrent devant
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le n.)i, l'outre lesquels il fut «le toutes ses forces. On ne sait si celle qu'il aurait prise en M. <1«* Camhnu auiait i'\Â plus ét<»n(lue ; on n'en |Mîut ju|^T (jue |»;ir eell»' (ju'il avait en M. de Chevreuse, et j»lus en M. de Heauvilliers «|uVn qui que ce fût. On peut dire de ces di'ux U'uux-frères qu'ils nV'taient qu'un c(eur et qu'une Ame. et <jue M. «le CaniWrai en ^Uiit la %'ie et le nutuvenient ; leur akmdon |Mmr lui était sans bonie.s. leur c«)mnu'r«'e se<ret ét;iit c<»ntinuel. Il était .sans cesse consulté sur jîran«les et |H'tit«'s clKxses publi(}ues, politiques, «lomestitiues ; leur conscience «le plus était entre ses mains ; \v prince ne l'ifjnoniit jkis ; et je me suis toujours ]H'rsuadé, .sans néanmoins aucune notion autre que présomption, «pie le prince même le c«)nsultait |iar eux, et que c'était i>ar eux que s'entretenait cette amitié, cette estime, cette confiawe i)our lui si haute et si connue. Il pouvait donc compter, et il c«)mptait sftnMuent aussi {tarler et entendre tous les trois, «[uand il [uirlait ou é<*outait l'un «l'eux. Sa confiance néanmoins avait des degrés entre les deux beaux-frères ; s'il l'avait avec alxiiulon jxnir quelcpi'un, c'était certainement jxjur le duc de Heauvilliers. Toutefois il y avait «les cluxses où le duc n'ent^uuait |ias son sentiment, par exemple beaucoup de celles de la cour de Home, d'autres qui re^anhiient le cardinal «le N«>iLilles, quelques autres «le goût «'t d'afr«*«'tion : c'est ce «ju»' j'ai vu de mes yeux et «»uï de mes oreilles.
Je ne tenais à lui qiie j>ar M. «le It<«auvillier9, et je ne cnus pas faire un acte d'humilité «le dire «pi'en t*»us sens et tous genres j'ét;iis .sans aucune pn)]Mtrti()n nvi»c lui. Néanmoins il a souvent c«>ncerté ave«- moi {miuf faire ou sonder, ou {Kirler, ou inspirer, approcher. é<'art«'r «le ce prince par
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moi ; il a souvent \n-is ses iiu'suri's sur ce (^ue je lui disais ; et plus d'uni' fois, lui rendant compte de mes tête-à-tête avee le prince, il m'a fait répéter de surprise des choses sur lestpudles il m'avouait que le prince ne s'était jamais tant ouvert avec lui, et d'autres qu'il ne lui avait jamais dites. Il est vrai que celles-là ont été rares, mais elles ont été, et ont été plus d'une fois. Ce n'est i)as assurément (jue ce prince eût en moi plus de confiance. J'en serais si honteux, et pour lui et pour moi, que, s'il avait été capable d'une si lourde faute, je me garderais bien de la laisser sentir ; mais je m'étends sur ce détail, (pii n'a pu être a})erçu que de moi, pour rendre témoignage à cette vérité : que la confiance la plus entière de ce prince, et la plus fondée sur tout ce qui la peut établir et la rendre toujours durable, n'alla jamais jusqu'à l'abandon et à une transformation qui devient souvent le ])lus grand malheur des rois, des cours, des peuples, et des Etats mêmes.
Un volume ne décrirait pas suffisamment les divers têteà-tête entre ce prince et moi. Quel amour du bien ! quel dépouillement de soi-même ! quelles recherches ! quels fruits! quelle pureté d'objets! oserai-je le dire, quel reflet de la Divinité dans cette âme candide, simple, forte, qui, autant (pi'il est donné ici-b;is, en avait conservé l'image! (Jn y sentait briller les traits d'une éducation également laborieuse et industrieuse, également savante, sage, chrétienne, et les réflexions d'un disciple lumineux, qui était né pour le commandement. Là s'éclipsaient les scruj)ules qui le dominaient en j)ublic. 11 voulait savoir à qui il avait et à qui il aurait affaire ; il mettait au jeu le premier pour profiter d'un tête-à-tête sans fard et sans intérêt.
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Mais que \o t^to-à-t^U* avait <1«' v:ust«'. et «jne les charmes qui s'y trouvaient étaient aj^ités par la variété oft le prince s'esjtaçîiit \vxt art, et p;ir entraînement «le curiosité, et par la soif fie s;iv()ir! !>«' run à l'autre il promenait son homme sur tant de matières, sur Unit «le cluises, «le gens et de faits, que qui n'aumit pas eu à la main de «{uoi le satisfaire en serait sorti bien miU«'ont4>nt de soi, ««t ne l'aurait jkis laissé sîitisfait. I*:i préj)ar.ition étîiit ég-ah'ment imprévue et imjHissil)!»'. C'était «lans ses improm)>tus que le prince cherchait A jmiser des vérité» «jui ne jKiUvaient ainsi rien «Mniiruntcr d'ailleurs, et à éprouver, sur des connaissances ainsi variéi's, (juel fond il |)ouvait faire en ce genre sur 1«' v\w\\ «ju'il avait fait.
De cette façon, son homme, «jui avait compté oi-dinairtv ment sur une matière il traiter avec lui ]K>nr un «juart «l'heure, |)our une demi-heure, y passait deux heures et plus, suivant «pu* le t«Mnps laissait plus ou moins de liberté au prince. Il le ramenait t<mjours à la matière qu'il avait destinée de trait*'r en principal; mais à tnivers lea jKirenthèses qu'il présentiiit, ««t qu'il maniait en mattre, et dont (pielques-unes ét;iient assez souvent son princii>al objet. Là, nul vcrl)iage, nul compliment, nulle louange, nulle cheville, aucune préface, aucun conte, jkis la plus légère plaisanterie; tout «)bjet, tout dessein, tout serré, substantiel, au fait, au but. rien sans raison, sans cause, rien par amu.Hement et |Kir plaisir; c'éUiit là «pie la charité génémle l'enqMrtjiit sur la charité |»articulière, et que ce «jui était sur le compte de chacun se discutait exactement; «•'était lA que les plans, les arninjjements. les ■ ' •nt'»,
les choix H»" foriiiaieiit. se niArissaieiit. se ■. .:''nt,
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souvent tout mâchés, saus le paraître, avec L^ duc de Beauvilliers, quelquefois avec lui et le duc de Chevreuse, qui néanmoins étaient tous deux ensemble très rarement avec lui. Quelquefois encore il y avait de la réserve pour tous les deux ou pour l'un ou l'autre, quoique rare pour M. de Beauvilliers ; mais en tout et partout un inviolable secret dans toute sa profondeur.
Avec tant et de si grandes parties, ce prince si admirable ne laissait pas de laisser voir un recoin d'homme, c'est-à-dire quelques défauts, et quelquefois même peu décents, et c'est ce que, avec tant de solide et de grand, on avait peine à comprendre, parce qu'on ne voulait pas se souvenir qu'il n'avait été que vices et que défauts, ni réfléchir sur le prodigieux changement, et ce qu'il avait dû coûter, qui en avait fait un prince déjà si proche de toute perfection qu'on s'étonnait, en le voyant de près, qu'il ne l'eût pas encore atteinte jusqu'à son comble. J'ai touché ailleurs quelques-uns de ces légers défauts, qui, malgré son âge, étaient encore des enfances, qui se corrigeaient assez tous les jours pour faire sainement augurer que bientôt elles disparaîtraient toutes. Un plus important, et que la réflexion et l'expérience auraient sûrement guéri, c'est qu'il était quelquefois des personnes, mais rarement, pour qui l'estime et l'amitié de goût, même assez familière, ne marchaient pas de compagnie. Ses scrupules, ses malaises, ses petitesses de dévotion diminuaient tous les jours, et tous les jours il croissait en quelque chose ; surtout il était bien guéri de l'opinion de préférer pour les choix la piété à tout autre talent, c'est-àrdire de faire un ministre, un ambassadeur, un gé-
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néml pluR ]xir rapport à su piét^ qu'à 8a onpai-il^ ut à son expérienw ; il IV'tait ••nron» sur 1p créilit à «ionner à la pi^t^. |M>rsun(lé qu'il était enfîn (|uo de fort honnêtes gens. i«t pro]»r»'s il U'auroup de choses, le peuvent être sans dévotion, et doivent eejM'udant être mis en univr»*, et jx-rsuadé encon* du dang«'r «le faire des hvjHMTites.
La com]Kiraison «lu'il faisait des |>avs d'états avec les autn's lui avait donné la jMMisé*' de juirta^'er le nivaunie en parties, autant r|u'il se iM)urniit, égales jMiur la riehesse, de fain^ atln)inistn>r ehaeune par ses états, de les siniplitier t*)us extrcinenient {«ur en iKinnir la cohue et le désordre, et d'un extrait aussi fort simplifié de tous e»'s éUits de» provinces former quelquefois des étiits géiiéniux «lu nnaume. Je n'ose achever un gnmd mot, un mot d'un princt* |ïénétré : '• «lu'un roi «'st fait {huit les sujets, et non les sujets jKiur lui," comme il ne se «'«nitraignit |ki.s «le h- dire «m» |>ul>lic, et jusque dans le s;don de Marly, un mot enfin de ]ière de la patrie, mais un mot qui hors de son règne, que Dieu n'a pas {H'rmis. serait !<• ]>lus affreux bliusphème. r«>ur en revenir aux états généraux, ce n'était pa« qu'il leur «-rût aucune sorte de ]x)uv«)ir. II était tro|) instruit |N)ur ignorer que ce corps, tout augtist<> que sji n- présentait ion le rende, n'est «pi'un corps de plaignants, de nMuontnuits, et quand il platt au roi de le lui |NTniettre, un ««oqts de pnqMisants. Mais ce prin(*e, «pii se serait |ilu dans le M>in de sa nation rassemblée, croyait trtuiviT «h's avanUiges infinis «l'y être informé des maux et des n>mé<les |iar des députés qui connattrnient les pn'miers jiar exjiériem'e, et «le cDusulter les deniiers avec ceux sur qui ils devaient jHirter. Mais dans ces états il nVn voulait connaUn> que trois, et laissait fer-
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lut-'iueiit dans le truisième celai qui si nouvellement a paru vouloir s'en tirer.
À l'égard des rangs, des dignités et des charges, on a vu que les rangs étrangers, ou prétendus tels, n'étaient pas dans son goût et dans ses maximes, et on a vu ce qui en était pour la règle des rangs. Il n'était pas plus favorable aux dignités étrangères. Son dessein aussi n'était pas de multiplier les premières dignités du royaume. Il voulait néanmoins favoriser la première noblesse par des distinctions. Il sentait combien elles étaient impossibles et irritantes par naissance entre les vrais seigneurs, et il était choqué qu'il n|y eût ni distinction ni récompense à leur donner, que les premières et le comble de toutes. Il pensait donc, à l'exemple, mais non sur le modèle de l'Angleterre, à des digités moindres en tout que celles de ducs : les unes héréditaires et de divers degrés, avec leurs rangs et leurs distinctions propres ; les autres à vie sur le modèle, en leur manière, des ducs non vérifiés ou à brevet. Le militaire en aurait eu aussi, dans le même dessein et par la même raison, au-dessous des maréchaux de France. L'ordre de Saint- Louis aurait été beaucoup moins commun, et celui de Saint- ^lichel tiré de la boue où on l'a jeté, et remis en honneur pour rendre plus réservé celui de l'ordre du Saint-Esprit. Pour les charges, il ne comprenait pas comment le roi avait eu pour ses ministres la complaisance de laisser tomber les premières après les grandes de sa cour dans l'abjection où de l'une à l'autre toutes sont tombées. Le Dauphin aurait pris ]>laisir d'y être servi et environné par de véritables seit,Mit'urs, et il aurait illustré d'autres charges moindres, et ajouté ([uelques-unes de nouveau pour des personnes de
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qualité moins di.stinpj^s. Ce tout ensemble, qui, «At iléooré sa cour •t l'État, lui auniit fourni iM-aucoup plus (le récom|MMi.ses. Mais il n'aimait ]kus les ]M>ritétuelK*s, ni que la nicuH' «-harfî!'. le même |>;ouvernem«'nt devinssent eomme jKitriujDJne jar riiahitude de {tasser toujours de jn^r»' en fils. Son projet de lil»érer jm-u à jHni temtes les cluirges de cour ou de };uerre, jx)ur en ôt«'r à toujours la vénalité, n'était p.us favorable aux brevets de retenue ni aux survivane«'s, <jni ne laissiiient rien aux jeunes gens à prétendre ni î\ il»'>iri'r.
Quant à la guerre, il ne pouvait goûter l'onln^ du tableau (jue Ivoijvois a introduit jKiur son autorité lurtieulit'^re, jxjur i'<tnf«»ndn* (pialité, mérite et néant, et iK>ur rendre peuple tout ee qui sert. Ce prince regardait cette invention comme la destruction de l'émulation, jKir conséqu(>nt du désir de s'appliquer, d'apprendre et de faire, comme la cause «le ces immenses prouiotions qui font des officiers généniux sans nr)mbre, qu'on ne peut pour la plupart employer ni réi'omiH-nser, et {larmi lesquels on en trouve si j)eu qui aitMit de la cajuu-ité et du t;ilent, ce qui remonte enfin jus<iu'à ceux qu'il faut bien faire maré«'liaux de France, et entre ces derniers jusqu'aux généniux d«"s armées, dont l'État éprotive les funestes suiU's, surttmt depuis le commencenu'nt de ce siècle, parer que ceux qui ont pn' ■' '■ cet étal)liss«MiH'Ht ii*ét:iifiit lii'iA i.liis, mi étaient h<ir> ; . de servir.
Sa conversation était aimable, tant qu'il pouvait solide, et jKir iii>t\t, t4»ujours nu-suré*' A ceux avec qui il |>arlait. Il se débissiiit volontiers à la promenatle, c'était là où il causait le plus. S'il s'y trouvait «luelqu'uii avec qui il pûl
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parler do science, c'était son plaisir, mais plaisir modeste, et seulement pour s'amuser et s'instruire en dissertant quelque peu, et en écoutant davantage. Mais ce qu'il y cherchait lo ])lus c'était l'utile, des gens à faire parler sur la guerre et les places, sur la marine et le commerce, sur les cours et les pays étrangers, quelquefois sur des faits particuliers, mais publics, et sur des points d'histoire ou des guerres passées depuis longtemps. Ces promenades, qui l'instruisaient beaucoup, lui conciliaient les esprits, les cœurs, l'admiration, les plus grandes espérances. Il avait mis à la place des spectacles, qu'il s'était retranchés depuis fort longtemps, un petit jeu où les plus médiocres bourses pouvaient atteindre, pour pouvoir varier et partager l'honneur de jouer avec lui, et se rendre cependant visible à tout le monde. Il fut toujours sensible au plaisir de la table et de la chasse. Il se laissait aller à la dernière avec moins de scruple, mais il craignait son faible pour l'autre, et il y était d'excellente compagnie quand il s'y laissait aller.
Il connaissait le roi parfaitement, il le respectait, et sur la fin il l'aimait en fils, et lui faisait une cour attentive de sujet, mais qui sentait quel il était. Il cultivait madame de IVIaintenon avec les égards que leur situation demandait. Tant que Monseigneur vécut, il lui rendit tout ce qu'il devait avec soin. On y sentait la contrainte, encore plus avec mademoiselle Choin, et le malaise avec tout cet intérieur de Meudon. On en a tant expliqué les causes qu'on n'y reviendra pas ici. Le prince admirait, pour le moins autant que tout le monde, que Monseigneur, qui, tout matériel qu'il était, avait beaucoup de gloire, n'eût jamais pu s'accoutumer à madame de Maintenon,
IHO Mémoire»
n«' lit vit 4|u»' |Kir birnséiUH'f, vt !«• moins oncon» qu'il pouvait, <^t toutefois eût aussi en niailomoisflle Clioin sa M<iint«Mion aut:uit ({uc le roi avait la sienne, et ne lui asservit pas m«>ins ses enfants que le roi les siens à madame de Maintenon. Il aimait les princes ses frèn»s avec tendress*', et son 6|)ouse avec la plus gninde jKission. Lu douleur de sa j)erte |)^nMni ses j)lu8 intimes moelles. La j)iét^ y surnagea pas les plus prrHligieux efforte. Ix» sacrifice fut entier, mais il fut sanglant, Ihms cett«* terrible affliction rien de kus, rien de |)etit, rien <rind^*ent. ( )n voyait un homme hors de soi, i\m s'extoniuait une surface unie, et qui y succoml)ait.
Ij<\s jours de cette affliction furent tôt abrogés. Il fut le même dans sa maladie. Il ne cmt jH)int en relever, il en rai.sonnait avec ses médecins dans cette opinion ; il ne cacha |kis sur (pjoi elle ét;iit fondée ; on l'a dit il n'y a |>as longtemps, et t<^)ut ce qu'il sentit depuis le premier jour ju8({u'au dernier l'y confirma «le plus en plus. Quelle éixjuvantable conviction de la fin de son é|iou8e et de la sienne î mais, grand Dieu ! quel spectaele vous donnâtes en lui, et que n'estril i»ermis encore d'en révéler des {larties également secrètes, et si sublimes qu'il n'y a que vous qui les puissiez donner et en connaître tout le prix ! quelle imitation cle Jésu»-(^'hrist sur la croix! on ne dit jkis seulement à l'égard de la mort et des soufïnmt'es, elle s'éleva bien au-<lessus. Quelles tendres mais tnuiquilles vuesl quel 8unn>U de détachement ! cpiels vifs élans d'actions de grài'cs d'étn* préservé du H«'eptre et du compte qu'il en faiit rendre ! Quelle soumission, et combien |»arf.iite ! quel ardent amour de l>ieuj quel perçant n>gard sur son
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néant et ses iie'clu's! (jucllc inagTiiti(|Uo idée do l'infinie miséricorde! iiucUc religieuse et humble crainte! quelle tempérée contiance ! ([uelU' saL,n^ paix ! (luelles lectures ! quelles prières continuelles ! (juel ardent désir des derniers sacrements! (jnel profond recueillement! quelle invincitile patience ! (pielle douceur, quelle constante bonté pour tout ce qui l'approchait! ((\ielle charité pure qui le j»ressait d'aller à Dieu ! La France tomba entin sous ce dernier châtiment ; Dieu lui montra un prince qu'elle ne méritait pas. La terre n'en était pas digne, il était mûr déjà pour la bienheureuse éternité.