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II. Tai.hk

du duc de Saint-Simon. 19

m. LE BIOGRAPHE DE LOUIS XTV.

Il y a deux parts en nous : l'une que nuus recevons du monde, l'autre que nous apportons au monde ; l'une qui est acquise, l'autre (pii est innée ; Tune qui nous vient des circonstances, l'autre qui nous vient de la nature. Toutes deux vont dans Saint-Simon au môme effet, qui est de le rendre historien.

Il fut homme de cour et n'était point t'ait pour l'être ; son éducation y ré})ugnait ; pour être bon valet, il était trop grand seigneur ; dès l'enfance, il avait pris chez son père les idées féodales. Ce père homme hautain, vivait, depuis l'avènement de Louis XIV, retiré dans son gouvernement de Blaye, à la façon des anciens barons, si absolu dans son petit État que le roi lui envoyait la liste des demandeurs de place avec liberté entière d'y choisir ou de prendre en dehors, et de renvoyer ou d'avancer qui bon lui semblait. Il était roi de sa famille comme de son gouvernement, et de sa femme comme de ses domestiques. Un jour Mme de Montespan envoie à Mme de Saint-Simon un brevet de dame d'honneur; il ouvre la lettre, écrit ''([u'à son âge il n'a pas pris une femme ])()ur la cour, mais ])(>ur lui. Ma mère y eut grand regret, mais il n'y parut jamais." Je le crois ; on se taisait sous un pareil maître. — Il se faisait justice, impétueusement, impérieusement, lui-même, avec l'épée, comme sous Henri IV. Un jour, ayant vu une phrase injurieuse dans les Mémoires de la Rochefoucaidd, " il se jeta sur une plume, et mit à la marge : L'auteur en a menti." Il alla chez le libraire, et fit de même aux autres exemplaires ; les

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MM. il«' la Rochefoucauld crièrent: il parla plus haut qu'eux, et ils burent l'affront. — Aussi roide envers la cour, il ^tiiit rest/' fidèle pendant la Fronde, par orj^'ueil, reiH)ussant les r<f'com penses, pressentant (juc, le danger p;uss^' on lui refuserait tout, chassant les envoy<''s d'Espapne avec menace de les jeter dans ses fossés s'ils revenaient, dédaijfueuseinent superlM* contre le tenijis présent, habitant de souvenir sous Louis XIII, "le roi des nobles," (jue jusqu'à la fin il apjK'lait le roi son maître. Saint-Simon fut élevé dans ces enseignements; ses premières opinions furent contraires aux opinions utiles et courantes; le mécontentement était un de .ses hériUiges ; il sortit de chez lui frondeur.

A la cour il l'est encore : il aim<' le temps pas.sé, qui paraissait gothitpie ; il loue Louis .XIII. tii (jui on ne voyait d'autre mérite que d'avoir mis Louis XIV au monde. Dans ce i^euple d'admirateurs il est déphu'é; il n'a jK)int Tenthousiasme profond ni les genoux pliants. Mme de Maintenon le juge "glorieux." Il ne sait p:is supporter une injustice, et donne sa démissif)n faute d'avancement. Il a le parler haut et libre ; " il lui échaj)])e d'alKindance de cœur des niisonnements et des blûmes." Très pointilleux et réealcitrant, "c'est chose étrange, dit le roi. cpie M. de Saint- Simon ne songe (pi'à étudier les rangs et i\ faire des pro<*ès à tout le monde." Il a i)ris de son j)ère la vénération de son titre, la foi parfaite au dniit divin des nobles, la jM-rsuasion enracinée (pu- Us chargi-s et le gtnivernement leur appartif;nnent de naissance commt> au roi et sous le roi, la ferme croyance <pie h>s «lues et pairs sont médiateurs entre le prini'e et la nation, et par-<h'ssuM tout l'Apre v«>lonté de se maintiiinir deb<mt et entier dans "ce long règne de vile

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bourtïooisio." 11 hait les iniiiistrcs, jx-tites gens quf le roi ])ri'l^n', chez ([ui les sciu^ncurs t'ont anticliatiilin', dont Ihs ft'inines ont l'insoliMu^e do monter dans les carrosses du roi. Il médite des })rojets contre eux pendant tout le règne, et ce n'est pas toujours à l'insu du maître ; il veut " mettre la noblesse dans le ministère aux dépens de la plume et de la robe, pour que peu à peu cette roture perde les administrations et pour soumettre tout à la noblesse." — Après avoir blessé le roi dans son autorité, il le blesse dans ses affections. (,>uand il s'agit "d'espèces," comme les favoris et les bâtards, il est intraitable. Pour empêcher les nouveaux venus d'avoir le pas sur lui, il cond)at en héros, il chicane en avocat, il souffre en malade ; il éclate en expressions douloureuses comme s'il était coudoyé par des laquais. C'est "la i)lus grande plaie que la pairie pût recevoir, et qui en devint la lèpre et le chancre." Lorsqu'il apprend que d'Antin veut être pair, " à cette prostitution de la dignité," les bras lui tombent; il s'écrie amèrement que "ce triomphe ne coûtera guère sur des victimes comme lui." Quand il va faire visite chez le duc du Maine, bâtard parvenu, c'est parce (pi'il est certain d'être perdu s'il y numque, ployé par l'exemple •• des hommages arrachés à une cour d'esclaves," le cœur brisé à peine dompté et traîné par toute la volonté du roi jusqu'à "ce calice." Le jour où le ])âtard est dégradé est une " résurrection." " Je me mourais de joie, j'en étais â craindre la défaillance. Mon cœur, dilaté à l'excès n'avait plus d'espace j)Our s'étendre. .Te triomphais, je me vengeais, je nageais dans ma vengeance. J'étais tenté de ne me plus soucier de rien." Il est clair qu'un homme aussi mal pensant ne pouvait être employé. C'était

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un seigneur d'avant Richelieu, né cinquante ans trop tard, sourdement révolté «*t disgr.u-ié de naissance. Ne pouvant agir, il écrivit; au lieu de combattre ouvertement de la main, il combattit secrètement de la phimc. Il cAt été mé<'ontent et homme de ligue; il fut mécontent et médisant.

Il cho<iuait |Kir ses mœurs comme par ses prétentions; il y avait en hii toutes les oppositi(ms, aristocr.it iques et momies: s'il était jiour la noblesse comme Houlainvillier, il étiiit comme Kéiielon, contre la tyrannie; le grand seignt'ur ne nnirniurait jnus plus que l'honnête lu)mme; avec la révolte du rang, on sentait en lui la révolte de la vertu. Dans ce voisinag»* de la Régence, sous rhypocricie régnante et le lilK'rtinage naissant, il fut pieux, môme dévot, et passa pour t<"l : c'était encore un legs de familie. *' Mme sa mère, dit le Mercure, l'a fait j)articulièrement instruire des devoirs d'un l)on chrétii'n." Son ])ère, p«'ndant plusieurs années, allait tous les jours ù la TrapjM'.' " Il m'y avait mené. (Quoique enfant pour ainsi dire encore, M. de la Trapjie l'ut pt)ur moi des charmes (jui m'attachèrent, et la siiinteté du lieu m'enchanta." Chaque année, il y fit une retrait»', ])arfois de plusieurs semaines ; il y prit lieaucoup d'inclination \h\\\v les chrétiens sévère.s, pour les jansénistes, iHjur le duc <le Beauvilliers, i>our .ses gendres. Il y prit au.ssi des scruj)ules ; lui si prompt à juger, si violent, si libre, il s'arrête au .seuil de l'histoire, intpiiet, n'osant avancer craignant de ble.s.ser la charité chrétienne, ayant presque envie d'imiter les deux ducs "qu'elle tient enfermés

• I^ Tmppc, villaK** 'lu do'parU-mcnt ilo l'Omu- oU fut fond»' rn 1140 un<- ahltaye, n'fornirc par l'altlK- de Kanc^ (^160*2) «t ct^klirv dcpuia par l'auittcrilr di- aa rvgiv.

ih( iluc (/>• jSiiint-Simoïi. 23

dans une bouteillt*," s'autorisaiit du Saint-Esprit qui a dai.iîUL^ écrire l'histoire, à i)eu près comme Pascal, qui justifiait ses ironies par l'exeni})!»' de Dieu. Cette piété un jieu timorée contribua à le rendre honnête homme, et l'orgueil du rang confirma sa vertu. En respectant son titre, on se respecte ; les bassesses semblent une roture, et l'on se défend de la séduction des vices comme des empiétements des parvenus. Saint-Simon est un noble cœur, sincère, sans restriction ni ménagements, implacable contre la bassesse, franc envers ses amis et ses ennemis, déses- I>éré quand la nécessité extrême le force à quelque dissimulation ou à quelque condescendance, loyal, hardi i^our le bien public, ayant toutes les délicatesses de l'honneur, véritablement épris de la vertu. Plus austère, plus fier, plus roide que ses contemporains, un i)eu antique comme Tacite, on apercevait en lui, avec le défenseur de l'aristocratie brisée, l'interprète de la justice foulée, et, sous les ressentiments du passé, h>s menaces de l'avenir.

Comment un Tacite a-t-il subsisté à la cour ? Vingt fois, pendant ces détails, involontairement je l'ai vu, en chaise de poste, sur la route de Tîlaye, avec un ordre du roi qui le renvoie dans ses terres. Il est resté pourtant ; sa femme fut dame d'honneur de la duchesse de Bourgogne ; il a eu maintes fois le bougeoir : le roi l'a grondé parfois, majestueusement, " d'un vrai ton de père," mais ne l'a jamais foudroyé. Comjjtez d'abord son beau titre, ses grandes amitiés, ses alliances, M. de Lorges, M. de Beauvilliers, le duc d'Orléans, le duc de Bourgogne. Mais le vrai \niriir tonnerre fut son ambition, instruite par la vue des choses. 11 voulait par\'enir, et savait comment on parvient. Quand

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il t'iitni dans lo moiul««, il tronvu 1(> roi <ltMiu-<lieu. C'était au siège de Namur, en H»".»!,': rjuaninte ans de gloin-. jKiint de n'vers enrort» ; les jdus grands rj'-duits, les trois ( >r»lre8 empressas sous le desiK>ttsnie. II prit d'abord des impressions de resjM'ct et d'olt^issance, et jKjnr faire sa tour a<*eepta et tenta t<iut ce (ju'un honune fier, mais aml)itieux, peut entreprendre et subir. Les cavaliers de la maison du roi, habitués aux distinctions, refusaient de ]irendre des sacs de grain en crt)upe. ".T'accepUii ces sacs, jtiirce que je sentis «pie cela ferait ma cour après tout le bruit qui s'ét;ùt fait." Soldat, il voulait bien ol)éir en soldat; courtisan, il voulait bien parler en courtisan. E<"outez ce style: "Je dis au roi que je n'avais p;i.s jm vivre davantiige dans s;i disgrâce, sans me liasardcr A chercher à apprendre par où j'y étais tombé . . . qu'ay:uit été (juatre ans dunuit de tous les voyages de Marly. la j)rivation m'en avait été une manpie qui m'avait été trés-.sensible, et par la disgrâce et i»ar la privation de ces temps longs de l'honneur de lui faire ma cour . . . que j'avais grand soin de ne jKirler mal de personne; fpie j)our Sa Majesté, j'aimerais mieux être mort (en le reganlant avec feu entn* deux yeux). .le lui {*arlai au.ssi de la longue altsence <pie j'avais faite, de la douleur de me trouver mal avec lui. d'où je pris occlusion de me réiKindre moins en respect qu'en choses affectueuses sur mon attachement à .sa iM'rsonne et mim dé.sir ilv lui plaire en tt>ut que je {tousMii avin; une st>rt4' de fiuniliarité et d'é|Ninch«ment ... Je le suppliai même de daigner me faire avertir s'il lui revenait quelque chose de moi <|ui put lui déplain>. (|u'il en saurait aussitôt la vérité, ou {wur pardonner à mon ignorance, ou |x)ur mou instruction, ou

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pour voir si je n'étais pas en faute." On parlait au roi comme à uu dieu, comme à un père, comme à une maîtresse ; lorsqu'un homme d'esprit attrapait ce style, il était difficile de le renvoyer chez lui. Le roi sourit, salua, parut bienveillant ; Saint-Simon demeura à la cour, sans charge, au bon point de vue, ayant le loisir de tout écouter et de tout écrire, un peu disgracié, point trop disgracié, juste assez pour être historien.

Il rétait autant par nature que par fortune ; son tour d'esprit comme sa position le fit écrivain. Il était trop passionné pour être homme d'action. La pratique et la politique ne s'accommodent pas des élans impétueux ni des mouvements brusques ; au contraire, l'art en profite. La sensibilité violente est la moitié du génie ; pour arracher les hommes à leurs affaires, pour leur imposer ses douleurs et ses joies, il faut une surabondance de douleur et de joie. Le papier est muet sous l'effort d'une passion vulgaire ; pour qu'il parle, il faut que l'artiste ait crié. Dès sa première action, Saint-Simon se montre ardent et emporté. Le voilà amoureux du duc de Beauvilliers ; sur-le-champ il lui demande une de ses filles eu mariage, n'importe laquelle ; c'est lui qu'il épouse. Mais le duc n'ose contraindre sa tille, qui veut devenir religieuse. Le jeune homme pousse en avant avec la verve d'un poète qui conçoit un roman, et sur-le-champ passe la nuit à l'écrire ... Il attend le duc " d'un air allumé de crainte et d'espérance." Son désir l'enflamme ; en véritable artiste, il s'échauffe à l'œuvre. "Je ne pus me contenir de lui dire à l'oreille que je ne serais point heureux avec une autre qu'avec sa fille." On lui oppose de nouvelles difficultés ; à l'instant

un jK>èine d'arguuu'iits, i\v réfutations, d'ex|)édients, jxîusse et végète clans sa t^te; il étourdit le duc "de la force de son raisonnement et de sa protligieuse ardeur " ; c'est à jK'ine si entin, vaincu ]»ar l'impossible, il se (lé])rend de son iilée fixe. Cette invt'ution violente et cet at'harnement de désir sont la grande marque littéraire. Ajoutez-y la drôlerie comi(iue et l'élan de jeunesse; il y a telle phrase dans le procès des ducs (jui court avec une presti'sse de gamin. La mère de Saint-Simon ne voulait pas donner des lettres d'État, essentielles pour l'affaire. "Je l'interrompis et lui dis (pie c'était chose d'honneur, indis|)ens.ible, promise, attendue sur-le-champ, et, sans attendre de répliipie, pris la clef du cabinet, puis les lettres d'Etat, et <ours encore." Ces gaietés ne sont point le ton habituel ; la sensibilité exaltée n'est comique (jue par excès ; elle tourne vite au tragique : elle est naturellement effrénée et terrible. Saint- Simon a des fxireurs de haine, des ricanements de vengeance, des transiMjrts de joie, des foli«»s d'amour, des abattements de douleur, des tressiiillements d'horn'ur que nul, sauf Shakspeare, n'a surjKissés. On Ir voit les yeux fixes et le corps frissonant, lorscpie dans le suprême épui.sement de la France, Drsmarets étal)lit l'impôt du <lixième: " \jSl capitation doublée et triplée à la volonté ;irbitraire drs intendants dj*s provinces, les marchandises et les diMirécs de toute esj)è«'e imiKisécs en droit au quadruple «le leur valeur, tîixcs d'aitles et autres tle toute nature et sur tout4>8 sort<'s de choses : tout c*da écrasait nobles et roturiers, .nt-igneurs et gens d'Eglise, sans que ce qu'il en revenait au n>i pût suffire, qui tirait le saag de ses sujets sans distinctiot!. •pti •n «xprimait

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jusqu'au pus. On compte pour rien la désolation de l'impôt iiiônu» dans une multitude d'hommes de tous les états si prodigieuse, la combustion des familles par ces cruelles manifestations et par cette lampe portée sur leurs parties les ]>lus honteuses. Moins d'un mois suffit à la pénétration de ces humains commissaires chargés de rendre leur com])te de ce doux projet au Cyclope (pii les en av'ait chargés. Il revit avec eux l'édit qu'ils en avaient dressé, tout hérissé de foudres contre les délinquants. Ainsi fut bâclée cette sanglante affaire, et immédiatement après signée, scellée enregistrée parmi les sanglots suffoqués." L'homme qui écrit ainsi palpite et frémit tout entier comme un i)risonnier devant des cannibales; le mot y est: "Bureau d'antropophages." Mais l'effet est plus sublime encore quand le cri de la justice violentée est accru par la furieuse clameur de la souffrance personnelle. L'impression que laisse sa vengeance contre Noailles est accablante ; il semble que lié et fixe, on sente crouler sur soi l'horrible poids d'une statue d'airain. Trahi, presque perdu par un mensonge, décrié auprès de toute la noblesse, il fut ferme, démentit l'homme publiquement ''de la manière la plus diffamatoire et la plus démesurée," sans relâche, en toute circonstance, pendant douze ans. " Noailles souffrit tout, en coupable écrasé sous le poids de son crime. Les insultes publiques qu'il essuya de moi sans nombre ne le rebutèrent pas. Il ne se lassa jamais de s'arrêter devant moi chez le régent, en entrant et sortant du conseil de régence, avec une révérence extrêmement manpiée, ni moi de passer droit sans le saluer jamais et quelquefois de tourner la tête avec insulte. Et il est très souvent arrivé que je lui ai fait des

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sorties chez M. li* «lue «l'Orléans ot au conseil de répence, «lès (jue j'y trouvais le moindre jour, dont le ton, les termes et les manièn'S effrayaient l'îissistance, sans qu'il répondit jamais un seul mot; mais il roussissait, il p&lissait et n'osait se commettre à une n«>uv«*lle reprise. Cela en vint au jMÙnt qu'un jour, au sortir d'un conseil où. après l'avoir forcé de rapporter une affaire ipu" je savais qu'il affectionnait, et sur laquelle je l'entreiiris sans mesure et le fis ti^ndre, je lui dictiiis l'arrêt tout de suite, et le lisais après (ju'il l'eût écrit, en lui montrant avec liauteur et dérision ma défiance et à tout le conseil; il se leva, jeta son tal)Ouret i\ dix pas, et lui (pii en place n'avait osé répondre un seul mot que de l'affaire môme avec l'air le plus embarnissé et le plus respectueux : ' Mort . . . dit-il, il n'y a plus moyen d'y durer ! * s'en alla chez lui, d'où ses plaintes me revinrent, et la fièvre lui en prit." La douzième année, après un an de supplications, Saint-Simon, forcé par ses amis, plia, " mais comme un homme (jui va au supplice," et consentit \vxv grâce à traiter Noailles en indifférent. Cette franchise et cette longueur de haine marcpient la force du ressort. Ce ressort se débanda itlus encore le jour tle la dégradation des bâtards ; là où riuimme d'action se contient, l'artiste s'abandonne; on voit ici l'impudeur de la iMission épiiuchée hors de toute digue, si débordée qu'elle engloutit le reste de l'homme, et qu'on y sent l'infini comme dans une mer. "Je l'accablai il cent reprises dans la séance de mes regiirds assénés et forlongés avec |M'rsévérance. L'insulte, le mépri.H, le dédain, le triomphe lui furent lancés de mes yeux jus(iu'en ses mo«'lles. Souvent il baissait la vue, quand il attrapait mes regards; une fois uu deux, il fixa

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le sien sur moi, et je me plus ù l'outrager par des sourires ilt'n)l)(?s, mais uuirs, qui achevèrent de le confondre. Je me baignais dans sa rage, et je me flélectais à le lui taire sentir." Un pareil liomme ne devait pas faire fortune. Pouvait-il être toujours maître de lui sous Louis XIV? Il l'a cru; il se trompait; ses regards, \e j)li de ses lèvres, le tremblement de ses mains, tout en lui criait tout haut son amour ou sa haine; les yeux les moins clairvoyants le perçaient. Il s'échappait; au fort de l'action, l'ouragan intérieur l'emportait; on avait peur de lui ; i)ersonne ne se souciait de manier une tempête. Il n'était chez lui et dans son domaine que le soir, les verrous tirés, seul sous sa lampe, libre avec le papier, assez refroidi par le demi-oubli et par l'absence pour

noter ses sensations.

H. Taijje.

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