‹ Pages choisies des Mémoires du duc de Saint-SimonChapitre 7 sur 18 · VI. LA JUSTICE DU ROI · texte numérisé non relu

VI. LA JUSTICE DU ROI

Il se fit à Saint-Germain une grande partie de chasse. Alors c'étaient les chiens, et non les hommes, ([ui prenaient les cerfs ; on ignorait encore ce nombre immense de chiens, de chevaux, de piqueurs, de relais et de routes à travers les pays. La chasse tourna du côté de Dourdan, et se prolongea si V)ien que le roi s'en revint extrêmement tard et laissa la chasse. Le comte de Guiche, le comte de])uis

Il*'» Mémoireê

dur (lu Lude, V^ardes, M. «!•• Lausuii (jui me l'a ront^. je n»' sais plus (|ui eneoiv, s'^^parèrpiit, et les voilà à la nuit noire à ne savoir où ils étiiient. À force d'jUler sur leurs chevaux recrus,' ils avisènMit une lumière; ils y allèrent, et à la fin arrivèrent à la porte d'une es|>èee de chAU-au. Ils frai)j)èrent, ils crièrent, ils se nommèrent, et demandèrent riuKspitalit^. (''ètiit à la fin de l'automne, et il était entre dix et onze heun*s du soir, (^n leur ouvrit. Ia' mattre vint au-<levant d'eux, les fit dèUitter et chauffer, fit mettre leurs chevaux dans .son écurie, et {Mandant ce t4?m]>s-là leur fit préparer à soufx'r, dont ils avaient grand besoin. Ia' rejets ne .se fit ju-s attendri*; il fut excellent et le >nn de même de plusieurs .sortes. Le maître poli, respectueux, ni cérémonieux, ni empressé, avec tout l'air et les manières du meilleur monde. Ils surent qu'il s'app*'lait Farpues, et la mai.son Courson ; qu'il y étjiit n'tiré ; qu'il n'en ét:iit \K>\nt sorti depuis pliLsieurs années, qu'il y recevait quelquefois ses amis, et qu'il n'avait ni femme ni enfants. \^ domesticjue leur jKirut enttMidu, et la mai.son avoir un air d'ai.sance. Après avoir bien .soui»é. Farpiies ne leur fit ]H)int attendre leur lit. Ils en trouvèrent chacun un {Kirfaitement l>on, ils eurent chacun leur cluimbre, et les valets de Fargues les servirent très proprement. Ils étiient fort Ijis et donnirent lonfft«'nips. Dès qu'ils furent habillés, ils trouvèn-nt un excellent déjeuner servi, et au sortir de table, leur» chevaux prêts, au.ssi refaits qu'ils l'étaient etix-mémes. Charmés des manières et de la politesse de Fargues, et touchés de sa Imnne réception, ils lui

K«cni -^ escMr dr fattgu*.

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firent beaucoui» d'otî'ivs de service, et s'en allèrent à Saint- Germain. Leur éi^arement y avait été la nouvelle; leur retour et ce qu'ils étaient devenus toute la nuit en fut une autre.

Ces messieurs étaient la fleur de la cour et de la galanterie, et tous alors dans toutes les privances du roi. Ils lui racontèrent leur aventure, les merveilles d(^ leur réception, et se louèrent extrêmement du maître, de sa chère et de sa maison. Le roi leur demanda son nom ; dès qu'il l'entendit: "Comment Fargues, dit-il, est-il si près d'ici?" Et ces messieurs redoublèrent de louanges, et le roi ne dit plus rien. Passé chez la reine mère, il lui i)arla de cette aventure, et tous deux trouvèrent que Fargues était bien hardi d'habiter si près de la cour, et fort étrange qu'ils ne l'apprissent que par cette aventure de chasse, depuis si longtemps qu'il demeurait là.

Fargues s'était fort signalé dans tous les mouvements de Paris contre la cour et le cardinal Mazarin. S'il n'avait pas été pendu, ce n'avait pas été faute d'envie de se venger particulièrement de lui ; mais il avait été protégé par son parti, et formellement com])ris dans l'amnistie. La haine qu'il avait encourue, et sous laquelle il avait pensé succomber, lui fit prendre le parti de quitter Paris pour toujours, afin d'éviter toute noise, et de se retirer chez lui sans faire parler de lui, et jusqu'alors il était demeuré ignoré. Le cardinal Mazarin était mort; il n'était plus question pour personne des affaires passées, mais comme il avait été fort noté, il craignait qu'on lui en suscitât une nouvelle, et pour cela vivait fort retiré et fort en paix avec tous ses voisins, fort en repos des troubles passés,

118 M^ni'ilrfH

sur la foi d»' l'amnisti»' «'t di^puis longt«>mi>8. Lo roi ot la reine sa mère, (jiii lu' lui avaient iKirdonné que jiar fon'e, mandèrent le i»ren»ier président I^anioignon et le chargèrent dYplurher secrètt-nient la conduite et la vie de Far^^ies, de l)ien examiner s'il n'y aurait i»oint moyen «le châtier ses insolences jKissées, et de le faire repentir de se narj^ier si près de la cour dans son o])ulence et sa tranquillité. Ils lui contèrent l'aventure <h' la chasse (jui leur avait ap]»ris sa demeure, et témoignèrent à I«nnoi>;non un extrême désir qu'il j»ût trouver des moyens juridiques de le perdre-

I^amoignon, avide et lK)n courtisan, résolut bien de les satisfaire et d'y trouver son j)r()tit. Il fit ses recherches, en rendit compte, et fouilla tant et si bien, qu'il trouva moyen d'impliquer Fargues dans un meurtre commis à Paris au plus fort des troubles, sur quoi il le décréta sourdement, et un matin l'envoya saisir par <les huissiers, et mener dans les pris<ms de la Conciergerie. Fargues, qui depuis l'amnistie était bien sûr de n'être tomlié en quoi que ce fût de réjiréhensible, .se trouva bien étonné. Mais il le fut bien plus quand ])ar rint«'rrog;itoin> il apprit de quoi il s'agissait. 11 se défendit très bien de ce dont on l'accusait, et de plus, allégua «pie le nu'urtr»' dont il s'zigissait ayant été c«munis au fort des troubles et de la révolte de Paris dans Paris même, l'amnistie qui l«»s avait suivis effaçait la mém«)ire «le tt)ut ce «pii s'ét:iit pas.sé dans ces tem|»s de confusion, et c«»uvrait cha<'une de ces ch«>ses qu'on n'aurait pu sviftire à exprimer à l'égîinl de chacun, soirant l'esprit, le droit, l'usage et l'effet des amnisties, non mis en doute, aiicun jusipï'A présent. I>es courti.«ian8 distingués qui avaient été si bien n-yxis chez «e m.ilh«'unux homme tirent

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toutes sortes d'efforts auprès de ses juj^es et uupiès du roi ; mais tout fut iuutile. Fargues eut très promptement la tête coujjée, et sa confiseation donnée pour récompense au premier président. Elle était fort à sa bienséance, et fut le ])artage de son second fils. Il n'y a guère qu'une lieue de Basville à Coursou. Ainsi le beau-jjère et le gendre s'enricliirent successivement dans la même charge, l'un du sang de l'innocent, l'autre du dépôt (^ue son ami lui avait confié à garder, qu'il déclara ensuite au roi qui le lui donna, et dont il sut très bien s'accommoder. Novion, qui fut entre eux deux depuis 1677 jusqu'en 1698, ne fut chassé que pour avoir sans cesse vendu la justice, comme je l'ai raconté en son lieu. Nous verrons en leur temps leurs successeurs ; ce n'est pas encore celui d'en parler. La première présidente Lamoignon mourut dans une grande et longue piété. Avec tant d'enfants bien parvenus, elle ne laissa pas de mourir avec plus de 1,500,000 livres de bien.

Vn. UN BON ÉVÉQUE.

Il se peut dire que l'afîaire de M. de Metz^ mit son oncle au tombeau. Elle l'avait fait arriver d'Orléans, contre sa coutume, à Noël ; et cette triste affaire s'était terminée avec toutes sortes d'avantages pour M. de Metz ; mais le cœur du cardinal de Coislin en avait été flétri, et ne put reprendre son ressort. Il ne dura que six semaines depuis. Tout à la fin de janvier, il fut arrêté au lit, et il mourut la

' M. de Metz avait été injustement accusé d'immoralité.

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nuit ilu .'? au 4 février. (.'V't;iit un iissoz jx-tit homme, fort gnis, qui n'S.sj'inhlait a.ssr/. A un ruré d»* villagf. et «lont l'habit ne promettait {la-s mieux, ménu> depuis qu'il fut cardinal. On a vu en difTérfnt.s endroits la purt'té de mœurs et de vertu qu'il avait inviulablement conservée depuiH son enfance, (]Uoique élevé à la cour, et ayant j»:i.s.sé sa vie au milieu du plu.s grand monde, combien il en fut toujours aimé, honoré, recherché dans tous les Ages, son amour pour la rési«lence, sa continuelle sollicitude ]Kustonde et ses graniles aumônes. 11 fut heureux en «-hoix i>our lui aitler à gouverner et à instruire .son diocèse, dont il éUiit s;ins cesse occupé. Il y fit entre autres «leux actions qui méritent de n'être j»as oubliées.

Lorsque après la révocation ilc rédii de Nantes «m mit en tête au roi de convertir les huguenots i\ f«iree de dnigons et de tourments, on en envoya un régiment à Orléans, jiour y être réi>andus dans le diiH-è.se. .M. d'niU'ans. «lés qu'il fut arrivé, en Ht mettre tous les chevaux dans .s«»s é«'urie.s, manda les officiers et leur dit qu'il ne v«mlait jas qu'ils eussent «l'autre table que la si«Mine, qu'il les priait <|u'aucun dnigtm ne s<»rtlt «le la ville, «{u'auinm ne fit h» moindn* «lé.Honlr»", et «iu«', s'ils n'avaient pas assez «le subsistance, il se «-hargeait de la leur f«)urnir, surtout qu'ils ne dissont pas un mot aux hug\ien«>ts, et «pi'ils ne logt'iissent «-liez )ias un d'eux. Il voulait être ol)éi, et il le fut. Le séjour duro un mois «>t lui coûUi lion, au Imut «hupiel il fit en s«trt«* que ce régiment sortit «le w»n «li<M-èse «1 (pr«>n n'y renvovAt jdus de dnigiMis. Cette con«luit«' pleine «U> charité, si op|M>sé<> à celle de presipu* tcms les autres «liocèses voisins de celui d'Orléans, gagna prestjue uuLsuit «le huguenots que la lior-

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barie qu'ils souffraitMit ailleurs. Ceux (jui se convertirent le voulurent et l'exécutèrent de bonne foi, sans contrainte et sans espérance. Ils furent préalablement bien instruits, rien ne fut précipité, et aucun d'eux ne retourna à l'erreur. Outre la charité, la dépense et le crédit sur cette troupe, il fallait aussi du courage pour blâmer, quoique en silence, par une conduite si opposée tout ce (pii se passait alors et que le roi affectionnait si fort. La même bénédiction (jui la suivit s'étendit encore jusqu'à empêcher le mauvais gré et ])is qui en devait naturellement résulter.

L'autre action, toute de charité aussi, fut moins publique et moins dangereuse, mais ne fut pas moins belle. Outre les aumônes publiques, qui de règle consumaient tout le revenu de l'évêché tous les ans, ^l. d'Orléans en faisait quantité d'autres cpi'il cachait avec grand soin. Entre celles-là, il donnait 400 livres de pension à un pauvre gentilhomme ruiné qui n'avait ni femme ni enfants, et ce gentilhomme était presque toujours à sa table tant qu'il était à Orléans. Un matin les gens de M. d'Orléans trouvèrent deux fortes pièces d'argenterie de sa chambre disparues, et un d'eux s'était aperçu que ce gentilhomme avait beaucoup tourné là autour. Ils dirent leur soupçon à leur maître, qui ne le put croire, mais qui s'en douta sur ce que ce gentilhomme ne parut j)lus. Au bout de quelques jours il l'envoya quérir, et tête à tête il lui fit avouer qu'il était le coui)able. Alors M. d'Orléans lui dit ([u'il fallait (pi'il se fût trouvé étrangement i)ressé pour commettre une action de cette nature, et qu'il avait grand sujet de se plaindre de son peu de confiance de ne lui avoir pas découvert son besoin. Il tira vingt louis île sa poche qu'il lui donna, le pria de

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vi'iiir manger chez lui à son onlinaire, et surtout d'oublier, comnie il le faisait, ee cju'il m* devait jamais ri'i>étiT. Il tléfemlit bien à ses gens de parler d»- leur souji^on, et on n'a su ce trait que par le gentilhomme môme, pénétré de confusion et de reconnaissance.'

M. d'Orléans fut souvent et vivement pressé par ses amis de remettre son évêché, surtout depuis qu'il fut cardinal. Us lui représentaient (jue, n'etj ayant jamais rien touché, il n»' s'ajjercevniit pas dt- cett»» jK'rte du côté de l'intérêt; (pie de celui du travail ce lui scniit un grand soulagement, et que cela le délivrerait des disput4\s continuelles (ju'il avait avec le roi sur la résidence, et qui le fâchaient (pielquefois. En cfT«'t, lorsipie madame la du- (ïhesse de Bourgogne aj)pr(M*ha ilu t*'rme d'accoucher du prince qui ne vécut (pi'un an, et (pii fut le premier enfant qu'elle e\it, le roi envoya un courrier à .M. d'Orléans avec une injonction très expresse de sa main de venir sur-lechamp, et de demeurer i\ la cour jusfpi'aprôs les couches, à quoi il fallut ol)éir. Le roi, outre l'amitié, avait pour lui un resiKM't qui allait à la dévotion. Il eut celle (jue l'enfant qui naîtrait ne fftt pas oiiiloyé d'une autn» main que de la sienne ; et le pauvre homme, qui était fort gras et grand sueur, ruis.selait dans l'anti^'hambre, en camail et en ro<het, avec une telle abondance (jue le parquet en était mouillé tout autour de lui.

Jamais il ne voulut entendre à remettre son évêché. Il convenait de tout«'S les misons rpii lui étaient alléguées; mais il y objectait qu'après tant d'amiécs de truviul dont

' Compares avec " let Mi«<>ral>le* "de Victor Hugo. (I. Cbap. XII.)

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il vdvait les fruits, il ne voulait pas s'exposer de son vivant à voir ruiner \\\w nutisson si ju-écieuse, des écoles si utiles, des curés si pieux, si appliqués, si instruits, des ecclésiastiques excellents (pii gouvernaient avec lui le diocèse, et d'autres, qui le conduisaient par différentes partit's, cpi'on chasserait et qu'on tourmenterait, et pour cela seul il demeura fermement évê(pie. On verra bientôt que ce fut une pro])hétie.

Toute la cour s'attiigea de sa mort ; le roi plus que personne, qui fit son éloge. Il manda le curé de Versailles, lui ordonna d'accompagner le corps jusque dans Orléans, et voulut qu'à Versailles et sur la route on lui rendît tous les honneurs possibles. Celui de l'accompagnement du curé n'avait jamais été fait à personne.

On sut de ses valets de chambre, après sa mort, qu'il se macérait habituellement par des instrimients de pénitence, et qu'il se relevait toutes les nuits et passait à genoux une heure en oraison. Il reçut les sacrements avec une grande piété, et mourut, comme il avait vécu, la nuit suivante.

Vm. LA SUPEESTITION AU XVIF SIÈCLE.

Voici une chose qu'il* me raconta dans le salon de Marly, dans un coin où nous causions tête à tête, un jour que, sur le point de son départ pour l'Italie, il arrivait de Paris, dont la singularité vérifiée par des événements qui ne se pouvaient prévoir alors m'engage à ne la pas omettre.

^ Le duc d'Orléans.

1 J l Mémoire»

11 était t'urit'ux ilt* t«>ut«*8 sortes d'arts et de sciences, et, avec infùnniiMit «l'esprit, avait eu t<uite »îi vie la faililesse si conunune A la tour des entants d'Henri II. que Chtlu-rine de Médicis avait »>ntre autres nururs apportée d'IUilie. Il avait tant qu'il avait jm clierrhé à voir le diable, siins y avoir pu p;irvenir, à (•«• qu'il m'a souvent «lit, «'t à avoir des chos«'S extraordinain-s, et à savoir l'avenir. La Sery avait une petite tille chez «dl»' «le huit «)U neuf ans, qui y était née et n'en était jamais s«)rtie, et «jui avait l'ignorance et la simplicité «le cet âj;»' et «le cette é«lu«'ation. Entre autres friiM>ns de curi«)sités ea<'hé«'s, dont M. h' «lue d'Orléans avait U-aucoup vu en sa vie, on lui en pnxluisit un, qui prét«'n«lit faire voir «lans un verre rempli d'eau tout ce iju'on voudrait savoir. Il «lemamla «juel«iu'uu de jeune et d'inntx'ent |K)ur y rejpinh'r, et cette jM'tite tille s'y trouva propre. Ils s'iunusèreiit donc à vouloir savoir ce qui se passait alors niém»- thms des lieux éloignés, et la petite tille voyait et remlait ce «ju'elle v«)yait à mesure. Cet homme pron«mç:iit t«)Ut Iwus «piehiue ehtwe sur ce verre rempli d'eau, et aussitôt on y re};pir»h"t avec succès.

Les «luperi«'s «pu* M. le duc «l'Orléans avait souvent essuyées rengagén-nt à une épn-uve qui pAt h* rassurer. Il ordonna tout Uus à l'oreille A un «le ses gens «l'aller surle-champ A quatn- pas de lA, « hez mad.une «le Njujcré, de bien «xaniiner «pii y éUiit, «■«• «pii s'y faisait, la ))(>sition et l'ann'ublement de hi cluunbre, et la situation de tout c« qui s'y passait, et sans p«>r«lre un moment ni jmrler à personne de le lui venir dire à l'oreille. Eu uu tourne-raïun '

' Tourne-main tour ilo main, ironif'dUtvinrnt

du duc de Saint-Simon. 125

la commission lut cxi'ciitéc sans (juc iicvsonnc s'ajxTrfit de ce que c'était, et la petite tille toujmirs dans la cIkiiiiIui'. Dès (j^ue ^I. le duc d'Orléans lut instruit, il dit à la |i<'tite lille de regarder dans le verre, qui était chez madame de Nancré et ce qui s'y passait. Aussitôt elle leur raconta mot poui- mot tout ce (lu'y avait vu celui (pie ]\I. le duc d'Orléans y avait envoyé. La description du visage, des figures, des vêtements, des gens qui y étaient, leur situation dans la chambre, les gens <jui jouaient à deux tables différentes, ceux qui regardaient ou (|ui causaient assis ou debout, la disposition des meubles, en un mot tout. Dans l'instant M. le duc d'Orléans y envoya Nancré, qui rapporta avoir tout trouvé comme la petite fille l'avait dit, et comme le valet qui y avait été d'abord l'avait rapporté à l'oreille de M. le duc d'Orléans.

Il ne me parlait guère de ces choses-là, parce que je prenais la liberté de lui en faire honte. Je pris celle de le pouiller à ce récit, et de lui dire ce que je crus le pouvoir détourner d'ajouter foi et de s'amuser à ces prestiges, dans un temps surtout où il devait avoir l'esprit occupé de tant de grandes choses. " Ce n'est pas tout, me dit-il, et je ne vous ai conté cela que pour venir au reste ; " et tout de suite il me conta que, encouragé i)ar l'exactitude de ce que la petite fille avait vu de la chambre de nuidame de Nancré, il avait voulu voir quelque chose de jdus important, et ce qui se passerait à la mort du roi, mais sans en rechercher le temjts r|ui ne se pouvait voir dans ce verre. Il le demanda donc tout de suite à la petite fille, qui n'avait jamais oui parler de Versailles, ni vu personne que hii de la cour. Elle regarda et leur expliqua longuement tout ce qu'elle

V2^) Mémoire»

Viiyait. Elle Ht avec justesse la description de la chambre (lu roi à Versailles, et de ranieuhlement <|ui s'y trouva, en effet, à sa mort. Elle le d^«|n'i^nit parfaitement dans son lit, et ce «pii ^tait deUiut auprès du lit ou dans la chandire, un petit enfant avec l'onlre tenu par madame de Ventiulour, sur hupielle elle sVn-ria parce qu'elle l'avait vue chez mademoiselle de S«'ry. Elle leur Ht connaître madame de Mainb'non. la H^^ure sinpilière de Eaj^on. madame la duchesse d'Ork'ans, miulam»- la Duchesse, madame la princesse de Conti ; elle s'écria sur M. le duc d'Orléans: en un mot, elle leur fit connaître ce qu'elle voyait là «le princes, de seigneurs, de domesticiues ou valets. Quand elle eut tout dit, M. le duc d'Orléans, surpris «lu'elle ne leur «'ût jK)int fait connaître Monseigneur, monseigneur le dur de Bourgogne, madame la duchesse de liourgogne, ni M. h* duc de Herr}', lui demanda si elle ne voyait ])oint des Hgiin»s de ttdle et telle façon. Elle réiM>ndit constamment «|ue non, et réjiéta celles (pfelle voyait. C'est ce «pu' M. !•• duc d'Orléans ne pouvait c*)mprendn' et dont il s'étonna fort avec moi, et en rechercha vainement la raison. L'événement l'explitiua. On était lors i-n ITiMî. Tous (juatre étaient ali>rs pli-ins de vie et de santé, et tous «puitn' moururent avant \v n>i. O fut la mônie chose de M. le Prince, de M. le Duc et île M. le prince de (?«»nti qu'elle ne vit jKtint, tandis (pi'elle vit les enfants des ileux derniers, M. du Main»*, les siens, et M. le comte de Toulouse. Mais jusipi'à l'évém-ment cela demeura dans r«»hscurité.

Cette curiosité a<'hrvé«', M. le du»* d'Orléans v«)ulut savoir ce «pi'il deviendrait. Alors w ne fut plus «l.ans le vent». L'homme (|ui était là lui ofiFrit de le lui montrer comme

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peint sur la muraillo de la cliainbro, pourvu qu'il n'eût point df peur de s'y xoïv ; et au bout d'un (piait d'heure de quelques simagrées devant eux tous, la figure de M. le duc d'Orléans, vêtu comme il l'était alors et dans sa grandeur naturelle, parut tout à coup s\ir la muraille comme en peinture, avec une couronne fermée sur la tête. Elle n'était ni de France, ni d'Espagne, ni d'Angleterre, ni impériale. M. le duc d'Orléans, qui la considéra de tous ses yeux, ne put jamais la deviner ; il n'en avait jamais vu de semblable. Elle n'avait que (piatre cercles, et rien au sommet. Cette couronne lui couvrait la tête.

De l'obscurité précédente et de celle-ci, je pris occasion de lui remontrer la vanité de ces sortes de curiosités, les justes tromperies du diable, que Dieu permet pour punir des curiosités qu'il défend, le néant et les ténèbres (pu en résultent au lieu de la lumière et de la satisfaction qu'on y recherche. Il était assurément alors bien éloigné d'être régent du royaume et de l'imaginer. C'était peut-être ce que cette couronne singulière lui annonçait. Tout cela s'était passé à Paris la veille du jour qu'il me le raconta, et je l'ai trouvé si extraordinaire que je lui ai donné place ici, non pour l'approuver, mais pour le rendre.

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