‹ Pages choisies des Mémoires du duc de Saint-SimonChapitre 8 sur 18 · IX, LE EOI ET LE DUC DE SAINT-SIMON · texte numérisé non relu

IX, LE EOI ET LE DUC DE SAINT-SIMON

Le lendemain samedi 4 janvier, le dernier des quatre, si principaux pour moi par leurs suites, qui commencèrent cette année 1710, j'allai à l'issue du lever du roi,

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et It* vis passer ilr son itri«'-I)iou dans son cabinet, sans qu'il nie tl!t rien. C'était un»- h«'iiri' de cour «jui ne m'était pa-s ordinaire, et je me contenUii de le voir aller et revenir de la messe, parre que depuis une lonffue attaque de puitte il s'halnllait ])resque entièrenuMit sur wm lit, où le service ne laissait t^ièri- de place. L'ordre donné, les entrées du cabinet sortaient, tout le monde allait causer dans la jpib'rie jusqu'à la messe. Il ne rcstiiit ^ii^re dans sa chambre (pie le cai)it;iin«' des pirdes en cpiartier, qu'un garçon bleu avertissait cpiand le roi allait sortir |)ar la porte de son cabinet qui donn»' dans la galerie pour aller à la mossc, lt'f|uel alors entrait dans \v cabinet ]>our le suivre. .le <lemeurai après l'ordre d«)nné, et le raonfle écoulé, seul avec le capitaine des gardes dans la chambre. C'était Harcourt, qui fut fort étonné de me voir là iK»rs^ vérant. et «pii me demanda ce (pie j'y faisais. Comme il allait me voir ajtpeler (hms le cabinet, je n(» fis jK)int de «iifficulté de lui dire (pu* j'avais un mot à dire au roi, et (pu» je croyais «pi'il me ferait entrer dans s(m cabinet avant la messe. Le j»ère Tellier,' dont le vnii tnivail se faisait le vendredi, étjiit demeuré; il sortit bientôt après. Presque aussitôt Nyert, premier valet de chambre en quartier, sortit du cabinet, chercha des yeux et me dit (pie le roi me demandait.

J'entnii aussitôt dans le cabim-t. .l'y trouvai le roi seul et a^sis sur le Iws Imut de la t;ible du conseil, ce cpii était sa façon de faire, (piand il voulait parler à (piehpi'un à son aise et à loisir. Je le remerciai en l'nlvtnlant de la

' !/«• p^^• Tcllicr nmit nurr*'*!»^ »ii p^tp «le lu Chui^o «•omnic confc*- •cur du roi ; ila appartvoaient tou« deux à l'urdrv dvt Jcauitv».

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grâco ((iril voulait bien me faiic, et jv ])r()longeai un peu mou coinpliuu'ut i)()ur observer mieux son air et son attention, qui me parurent l'un sévère, l'autre entière. De là, sans qu'il me répondît un mot, j'entrai en matière. Je lui dis que je n'avais pu vivre davantage dans sa disgrâce (terme que j'évitai toujours par (pielque circonlocution jiour ne le pas effaroucher, mais dont je me servirai ici pour abréger) sans me hasarder de chercher à api)rendre par 01^ j'y étais tombé; qu'il me demanderait ])eut-étre par quoi j'avais jugé du changement de ses bontés ])(iur moi: je répondrais ([ue, ayant été quatre ans durant de tous les voyages de ^larly, la privation m'en avait paru une marque qui m'avait été très-sensible, et par la disgrâce, et par la privation si longue de l'honneur de lui faii'e ma cour. Le roi, qui jusque-là n'avait rien dit, me répondit, d'un air haut et rengorgé, que cela ne faisait rien et ne marquait rien de sa part. Quand je n'eusse pas su à quoi m'en tenir sur cette privation, l'air et le ton de la réponse m'eussent bien appris qu'elle n'était j)as sincère ; mais il la fallut prendre pour ce qu'il me la donnait : ainsi je lui dis que ce qu'il me faisait l'honneur de me dire me causait un grand soulagement, mais que, puisqu'il m'accordait l'honneur de m'écouter, je le suppliais de trouver bon (|ue je me déchargeasse le cœur en sa présence, ce fut mon terme, et que je lui disse diverses choses qui me peinaient infiniment, et dont je savais qu'on m'avait rendu auprès de lui de forts mauvais offices, depuis que des bruits, «pie mon âge et mon insuffisance m'empêchaient de croire fondés, mais qui avaient fort couru, qu'il avait jeté les yeux sur moi pour l'ambassade de Rome (ils étaient très réels, comme

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on Va vu aillmirs, mais il fallait lui parlor ainHi, parc« qu'il ne me Tarait |>a.s fait pnuKKser dans rincertitude de la promotion du cardinal de la Tr^moille, et cpie dès (juVlle fut faite il cessa d'y vouloir envoyer un amlKussiideur), l'envie et la jalousie s'étaient tellement allumées contre moi, comme contre un homme qui pouvait devenir ({uelque chose et qu'il fallait arrêter de Ixmne heun», (jue depuis ce temps-là je n'avais \n\ dire ni rien faire d'inn<Kentj que jusqu'à mon silence même ne l'avait ]kus ét^, et que M. d'Antin n'avait {)as ct^ssé de m'attaquer. "D'Antin! interrompit le roi, mais «l'un air jjIus doux, jamais il ne m'a nonim*'' votre nom." Je réi>ondis que ce témoignage me faisait un plaisir sensible, mais que d'Antin m'avait si attentivement poursuivi dans le monde en toutes occasions (jue je n'avais pu ne p;us craindre ses mauvais offices auprès de lui.

En cet endroit le roi, <iui avait déjà commencé à se rasséréner, prenant un visajje encore plus ouvert, et montrant une sorte d»- U)nté «'t presijue de satisf:u'tion à ni 'entendre, me coupa la parole comme je commenç:iis un autre discours par ces mots : •' Il y a encore un autre homme . . . et me dit : — Mais aussi, monsieur, c'est «juc vous parlez et que vous hlânn-z. voilà ce qui fait (ju'cm parle contre vous." Je réiKjndis (jue j'avais grand soin de ne |)arler mal de personne ; (pie, {>our i»arler mal de 8a Majesté, j'aimerais mieux être mort, en le reganlant avec feu entre deux yeux; qu'à l'éganl des autres, encore (jue je me mesurasse ))eaucoup, il ét^iit diftictle que des occasions ne donnassent pas lieu i jiarler «{uehpiefois un peu naturelle ment. " Mais, me dit le roi, vous parlez sur tout, sur les

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affaires, je dis sur ces méchantes affaires, avec aigreur . . ." Alors :\ mon tour j'interrompis le roi, observant c^u'il me parlait de plus en plus avec bonté; je lui dis que des affaires j'en parlais ordinairement fort peu et avec de grandes mesures ; mais (pi'il était vrai que, piqué quelquefois jiar (II' fâcheux succès, il m'échappait d'abondance de cœur des raisonnements et des blâmes ; qu'il m'était arrivé une aventure qui, ayant fait un grand bruit, contre mon attente, m'avait aussi fait le plus de mal ; que j'allais l'en rendre juge, afin de lui en demander un très-humble pardon si elle lui avait déplu, ou que, s'il en jugeait plus favorablement, il vît que je n'étais pas coupable.

Je savais à n'en pouvoir douter qu'on avait fait un prodigieux et pernicieux usage de mon pari de Lille; j'avais résolu de le conter au roi, et j'en saisis ici l'occasion, qu'il me donna belle, mais avec la légèreté qu'il convenait sur les acteurs avec lui. Je continuai donc à lui dire que, lors du siège de Lille, touché de l'importance de sa conversation, au désespoir de voir avec quelle diligence les ennemis s'y fortifiaient, avec quelle lenteur son armée se mettait en mouvement, après trois courriers dépêchés coup sur coup portant ordre de marcher au secouis, impatienté d'entendre continuellement assurer une levée de siège si glorieuse et si nécessaire, laquelle je voyais impossible par le temps que ces lenteurs donnaient aux ennemis de se mettre tout à fait à couvert de cette crainte, il m'était échappé, dans le dépit d'une de ces disputes, de parier quatre pistoles que Lille ne serait pas secouru et qu'il serait pris. " Mais, dit le roi, si vous n'avez parlé et parié que par intérêt à la chose, et par dépit de voir

qu'elle ne r^ussisHnit j«.s, il n'y :i i»oint de mal, et au contraire, «'ela n'est i|ue lùeti ; mais «juel est eet autre homme dont vous me vouliez jiarler'.'" .le lui dis cjue c'était M. le Duc, sur lequel il ^nla le silence, et ne me dit point, comme il avait fait sur d'Antin, qu'il ne lui avait point p;irl^' de moi, et je lui racontai en jm-u de nj«>t.s autant que je pus, sans ri«Mi omettre «l'utile, le fait et le procédé de madame de Lussan ; * et, comme sur le jKiri cle LfUe j'avais sui^Mieusenu-nt évité de lui nomm«>r les noms de Chamillart, de Vriulôme i-t <le monseiirneur 1«' due d»- iîourgojjne, j'évitîii ici avec le même soin de lui nonuner madame la Duchesse sa fille, iniur en mieux tomU-r sur M. le Duc. Je ilis donc au roi que je n'entrais j»as dans h- fond do l'affaire de madame de Lussan pnur ne l'en p:uH imiM)rtuner, mais que M. le chancelier et t<mt le conseil, M. le premier président et tout le parlement, où elle avait été |M»rtée. en avaient été imli^nés juscpi'A lui en avoir fait dt- fAelieu.Hes réprimandes; «pie, «'ette femme m'ayant attatpié |Kirtout et par t*)Ut«'S sortes «le men.sonjifes, j'avais été «-ontrunt de me «léf«'niln» par des vérités poi^^iantes, il fallait rav«>uer, mais just«'s ««t nét-essaires ; qu'avant «le les puldier j'avais supplié M. Ie4*rin«îe d'en enten«lre la le<ture ; «pu* je la lui avais faite, et qu'il avait trouvé très lx)n que je les publiasse; qu»», je n'avais jamais yw appnn-her «le ma<I:une la l'rincess»' ni «h* M. le Du«' ; «pi'il était étnmjfe «pi'il s'intéressât plus dans l'affaire de la «l.une «l'honneur de miuiome la Princesse que M. le Prince mém(>, lequel avait fort gour-

■ Madame de Liumii avail en arvc le doc d<> Saini-Simnn an prooka quVlIr tfdtrna d'nlMir-l. <<i flnil par penirr II c'airiMaU dr bien* prt^ r\-n«nt dv la famille Du<lo«.

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iiiand^' madame de Lussan là-dessus ; (lu'enfin Sa Majesté trouvait bon ([ue ses sujets eussent tous les jours des procès contre elle, et qu'il serait étrange qu'on n'osât se défendre des mensoncjes de madame de Lussan, dont la place serait plus que la {)remière du royaume, si elle lui donnait le droit de plaider et de mentir sans réi)li(pie. J'ajoutai que M. le Duc ne me l'avait jamais pardonné depuis, (ju'il n'y avait point d'occasion où je ne m'en fusse aperçu, et que c'était une chose horrible que moi, absent naturellement et à la Ferté, comme j'avais accoutumé à Pâques, et sans savoir M. 1(> Prince en état de mourir, M. le Duc eût dit à Sa ^lajesté, sur l'affaire des manteaux, que c'était dommage que je n'y fusse et que je me donnerais bien du mouvement. Le roi, (pii m'avait laissé tout dire, et sur qui je remarquai que j'avais faifr impression, me répondit avec l'air et à la façon d'un homme qui veut instruire, qu'aussi je passais pour être vif sur les rangs, que je m'y étais mêlé tle beaucoup de choses, que je poussais les autres, et me mettais à leur tête. Je réi)ondis ([u'à la vérité cela m'était arrivé quehpiefois ; (ju'en cela même je n'avais pas cru rien faire qui lui pût déplaire, mais que je le suppliais de se souvenir que, depuis l'affaire de la quête,^ dont je lui avais rendu compte il y avait quatre ans, je n'étais entré en aucune sorte d'affaire. Je lui remis en deux mots le fait de celle-là et de celle de la princesse d'Harcourt ; et sur ce que je lui dis que j'avais eu lieu de croire qu'il en avait été content, il en convint, et m'en dit des choses de lui-même ([ue me montrè-

1 On désignait une dame de la cour pour faire la quête à la chapelle ; les princesses avaient fher('h<^ h se soustraire à cette corvée que la duchesse de Saiiii Sininn avait aussi refusée sur les ordres de son mari

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n-nt qu'il s'i'H souvenait parfaitement, sur quoi je ne man- (|uai (la^ de lui dire c^ue la maison de Lorraine ne l'avait \tsk» oublié, et n'avait cessé de me le témoi^n^ir depuis. Revenant tout de suite d'où je m'éUiis é<arté, j'ajoutiii (jue c'était bien :iâsez de ne m'être mêlé de rien depuis (juatre ans, |K)ur que M. le Duc, à qui je n'avais jamais rien fait, ne fît paa souvenir de moi dans un t<Mnps d'alwence où je ne ] N'usais à rien moins. L'jiir de fjuniliarité que j'avais u.suri>é dans la parenthèse des L<irrains, et en retombant sur M. !•• Duc, et celui d'att<^ntion, d'ouverture et de bonté non ennuyée que je vis dans le roi, me fit ajouter que c'étiiit en vain cjue j'évitiiis «l'entrer en rien, puisqiic, «lans ma dernière al>sence dont j'arrivais, il m'avait été mandé île beaucoup d'endroits qu'on avait extrêmement parlé de moi sur ce qui était arrivé entre les carro.sses de mesdames «h* Mantoue et de Montbazon,' et que j'osais lui «lemand«*r ce (jue je j)ouvaJs faire pour éviter ces méchancetés, et des pnqxjs qui se tenaient pratuit«'nu'nt, moi al)sent depuis longtemps et dans la parfaite i;,'nor.uu'e de l'avLMiture de ces dame.s. "Cela vous fait voir, me dit le roi en prenant un vnii air de i)ère, sur quel pied vous êtes dans le monde, et il faut que vous conveniez que cette réputation vous la méritez un peu. Si vous n'aviez jamais eu d'affaires de nuigs, au moins si vous n'y eussiez pas i>ani si vif sur celles <iui sont arrivées, et sur les rangs mêmes, on n'aurait {x>int cela à dire. Cela vous doit montrer aussi c<imbien vous devez éviter tout cela, pour laisser tomU'r <'e (ju'cm en jn-ut dire, ««t faire toml»er «•••tte réputation par une conduite s^ige Itk-dessus, et suivie, i)Our ne

> CbacoM de cm daioM avait Tonla fairv p«M»r mo oarroMt U

prvmirr, cv qui marquait la prvccHjrnce du rani;

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point (IdUiit'i- iirisi' sur vous." Av r(''jK)n(lis (|ue cY'tait aussi ce que j'avais contiuut.'llruit'ut lait depuis (juatre ans, comme je venais d'avoir riioniu'ur de le lui dire, et ce que je ferais continuellement ù l'avenir, mais qu'au moins le suppliais-je de voir combien peu de part j'avais eu à ces dernières choses, desquelles néanmoins je ne me trouvais pas quitte à meilleur marché ; que j'avais une telle crainte de me trouver en tracasseries et en discussions, surtout devant lui, (ju'il i'allait donc que je lui disse maintenant la véritable raison qui m'avait fait rompre le voyage de Guyenne qu'il m'avait permis de faire; que cette raison était celle des usurpations étranges du maréchal de Montre vel sur mon gouvernement, qui étaient telles que je n'y pouvais aller qu'elles ne fussent décidées ; que M. le maréchal de Boufflers, qui avait commandé en chef en Guyenne, à (lui j'avais exposé mes raisons, avait jugé en ma faveur, et cru que le maréchal de Montrevel l'en voudrait bien croire ; mais que ce dernier s'étant opiniâtre à vouloir que Sa Majesté décidât, j'avais mieux aimé perdre mes affaires, qui avaient grand besoin f.^e ma présence, et laisser encore le maréchal de Montrevel usurper tout ce que bon lui semblait et lui semblerait, que d'en importuner Sa Majesté, tant j'étais éloigné de toutes querelles, et surtout de l'en fatiguer.

Le roi goûta tellement ce propos qu'il l'interrompit plusieurs fois par des monosyllabes de louanges pour ne l)as troubler le fil de mon discours, à la fin duquel il me loua davantage et m'applaudit plus à son aise, sans pourtant entrer en rien sur ces différends de Guyenne, tant il abhorrait toute discussion, et aimait mieux que tout s'usurpât et se confondit, souvent même au préjudice

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moiret

connu de ses afTain'fl, que d'ouïr {Kirlor de cette matière, et surtout de dé<>isiou. tie lui ]Kirlui aussi de la luu^e absence que j'avais fait** de douleur d»* \w croire nud avec lui, d'où je pris wcasion d»' nu* r^'i>;indrt> luuins en resijccts qu'en «hoses affectueues sur mon atta<*henient à sa iiersonne, et mon désir de lui plaire en tout. (|ue je {wussai avec une sorte de familiarité» et «l'i^paiii-hcment, {larce que je sentis à son air, à s«'s discours, à sou ton et à ses manières, que je m'en étais mis à {wrtée. Aussi furent-elles reçues avec une ouverture qui m»- surprit, et qui ne me laissa pa.s dout^T que je ne me fusse r(>mis ]»arfaitement auprès de lui. Je le su|)pliai même de daigner me faire avertir, s'il lui revenait (pielque ehose de moi (jui pût lui d^plain>. (|u'il en s;iurait aussitôt la vérité, ou i)our {ordonner à mon iv;nonince, ou i>our mon instruction, ou jx^ur v»)ir que je n'étais jKJint en faut*». Comme il vit qu'il n'y avait plus de |>oints à traiter, il se leva de dessus sa table. Alors je le suppliai de se souvenir de moi pour un logement, d.ans le désir que j'avais de continuer à lui faire une cour assidue; il me ré|K>ndit qu'il n'y en avait jKjint de vacant, et avec une demirévér«'nee riante et gracieuse, s'iichemina vers ses autn>s cabinets, et moi après une profonde révérence je sortis en même tiMnps i>iir où j'éUiis entré, après plus d'une demiheure d'audien(>e la plus favorable, et fort au delA de ce que j'avais pu «'Siién-r.

J'allai tout droit chez Maréchal, |>ar un just4' tribut, lui racont4'r tout ce «pii se venait île j>asser, et que je lui devais uniquement, dont il fut ravi et en augura au mieux; de U chez le chancelier, à (jui la messe du roi me douua

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le loisir de tout conter. Tl pesa attcntivcMiiont cluujuc chose, et lut toUeiiuMit surpris de la luron dont le roi était descendu dans tous les détails, de ses réponses, de ses interruptions et puis de ses reprises, qu'il me protesta qu'il ne connaissait pas encore quatre hommes à la cour, de quelque sorte (ju'ils fussent, avec (pii le roi en eût usé ainsi. Il m'exhorta aune grande circonspection, à une grande assiduité, à bien espérer, et m'assura (pie, connaissant le nii (iimnie il faisait, pour ainsi diri' à revers, je pouvais C()mi)ter non-seulenu'ut (pi'il ne lui restait aucune impression contre moi, mais qu'il était bien aise qu'il ne lui en restât aucune, et que j'étais très bien avec lui. Ce qui me surprit le plus et (jui me donna encore ])lus de contianee fut la conformité de l'avis de M. de Beauvilliers, et même de ses paroles, (|u'il ne connaissait pas un autre homme avec qui le roi se fût ouvert et fût entré de la sorte.

On ne peut ex])rimer la joie de ces amis, et combien le chancelier traita avec élargissement le chapitre de ma retraite que son adresse avait arrêtée, et combien je sentis et lui témoignai l'obligation que je lui en avais. J'allai ensuite tirer madame de Saint-Simon d'inquiétude, que je changeai en une grande joie. C'était elle qui m'avait aposté le chancelier et tous mes amis, et qui par là m'avait forcé, comme je l'ai dit, à ce dernier remède, dont le succès fut tel que le roi m'a toujours depuis non-seulement bien traité, mais avec une distinction marquée pour mon âge, jusqu'à sa mort, et sans lacune ; je dis pour mon âge, quoique à trente-cinq ans que j'allais avoir ce ne fût plus jeunesse; mais à son égard c'était encore au-dessous, sur-

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tout pour un honum* .s;iii.s charf^ <'t saiis occasion de familiarité' avrc lui ; «-t voilà «jurl tiV'.sor ««st une femme sons^t» «'t vertueuse. Klle m'avoua alors l'extrême éloi^iement du rt>i, ({u'elle avait su de madiune la durhesse de Bourgojnio. t't qu'elle m'avait j»rudemment carhé ytowt ne me \v\s <^loi^ner moi-même davantage. Elle crut sagement au.ssi qu'ayant eu recours à cette princesse qui l'avait si bien reçue, elle lui devait rendre compte île ce «jui vyiiait de se pxsser. sur quoi elle lui t^-uioigna U-aucoup de joie et toutes sorU's de l)ont^s. Comme rien n'éUiit plus rare qu'une audience ilu roi à c»'ux (jui n'avaient point de particulier naturel avec lui, celle »jue je venais d'avoir, et surtout sa longueur, fit plus de liruit cjue je ne désirais. Je laissai tlire et me tins en silence, i>arce qu'on n'est pas obligé de rendre compte àv ses affaires. Maré<'hal me dit deux j«)urs apr^s que le roi m'avait fort l«»ué A lui. et avait témoigné toutes sortes de satisfactions de mon audience.

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