X. LA SUCCESSION DE MONSEIGNEÏÏB
Le rui eut un moment envie «l'hériter, nuus fit bientôt réflexion cpie cela si'rait trop étrange. Klle fut traitée comme celle du plus simple |t:irticulier, et le chancelier et win fils furent chargés m-uIs, en «pialité de commi.ss;iires, d'y faire ce (pn* les jug«-s onlinain-s f4»nt à la mort des jKirticaliera. Meudon et Chaville, qui valaient environ 40,(M)0 livres de rente, et 1,5(K),000 livres de meubles ou de pierre-
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ries, l'ompdsîiiont tout ce qui était à partager, vSur quoi il y avait à payer .'>(H),()()0 livres de dettes. Le roi d'Espagne se ra{)porta au roi de ses intérêts, et témoigna (pi'il ])référait des meubles pour ce qui lui devait revenir. 11 y avait encore une infinité de bijoux de toute espèce. Le roi voulut (|ue les pierres de couleur fussent pour le Dauphin, l)arce que la couronne en avait peu et, au contraire, beaucoup de diamants. On fit donc un inventaire, une prisée de tous les effets mobiliers, et trois lots : les plus beaux meubles et les cristaux fvirent pour le roi d'Espagne, et les diamants pour M. le duc de Berry, avec un meuble. Tous les bijoux et les moindres meubles, qiii, à cause de Meudon, étaient immenses, se vendirent à l'encan pour payer les dettes. Dumont et le bailli île Meudon furent chargés de la vente qui se fit à Meudon de ces moindres meubles et des joyaux les plus communs.
Les principaux bijoux, qui étaient en assez grand nombre, se vendirent avec une indécence qui n'a peut-être eu point d'exemple. Ce fut dans Marly, dans l'appartement de madame la Dauphine, en sa présence, quelquefois en celle de M. le Dauphin, par comj)laisance pour elle, et ce fut pendant la dernière moitié du voyage de Marly l'amusement des après-dînées. Toute la cour, princes et princesses du sang, hommes et femmes, y entraient à ]>ortes ouvertes ; chacun achetait à l'enchère ; on examinait les pièces, on riait, on causait, en un mot un franc inventaire, un vrai encan. Le Dauphin ne prit presque rien, mais il fit quelques présents aux personnes qui avaient été attachées à Monseigneur, et les (-(mfondit, parce qu'il n'avait pivs eu lieu de les aimer du temps de ce prince. Cette vente causa
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quelques i>etit<'» riotU'S i-ntre l;i Ihiuphine et M. le duc de iW-rry. i)Ou.s.sé <|U)'l<iucfois par iiKuhiiiie lu (hiches.se de Herry, par l'envie des luêines pièces. Klle furent luêuie |Mm.ssées assez loin sur du tîd)ae, dont il y avait en gramle quantité, et d'excellent, jwn'e <iue Monseijjiu'ur en i)renait lieauooup, pour <iu'il fallût que M. de Heauvilliers et quehjues d.'imes des i)lus familières s'en ujèl;ui.sent, et ixmr le c(»up la Dauphine avait tort, et en vint niêuie à la Hn A quelques excuses de fort lM)nne >;rftce.
Le iKirt-'ige de M. le duc de Herry <''t;iit toniW- en litige, jMirce (ju'il avait eu un ai»anaj»e dont Monseifjneur et lui avaient sifjné l'acte, ce qui oi)éniit sa n*nonciation à la succession du roi et i\ celle de Monseigneur, comme en éteint lU'ià rempli d'avance. Cela fut jugé de la sorte devant le roi, «jui en même temps lui donna, i)ar une augmentiition d*a|nui:ige, tout ce qui lui serait revenu de son partage outre le meuhle et les diamants, l'entlant que tout cela s'agitait, le roi fit hAter le partage de la vent*' des meuhlcs, dans la crainte (jue celui de ses deux j>«'tits-tils à (jui M«'U(lon demeurerait en voulût faire usage, et jwirtiigeàt ainsi la cour de nouveau.
Cette inquiétude était vaine. On a vu plus haut qu'il devait être pleinement nussuré là-dessus du côté ilu Dauphin, et à l'égard de M. le tluc de Berry, qui n'auniit osé lui déplaire; la suite d'un prince cadet, quand même il aurait u.sé de Meudon, n'auniit pas rendu la cour moinn grosse, surtout «lès <{u*on s'y si-rait ajM-rçu «piu ce n'aurait pas été faire la sienne au roi quêtn' (!•• ces voyag«'S. i'o prince, (jui dans t*)ut .son a|»:inage n'avait aucune demeure, désirait lussionuément Meuduu, et mad;uue la duchesse de
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In'i-ry l'iicoiv davuiitage. Mon sentiment était que le Dauphin lui lit présent de toute sa part; il vivait de la couronne en attendant qu'elle tombât sur sa tête ; il ne perdait donc rien à ce don ; il y gagnait au contraire le plaisir, la reconnaissance, la bienséance même, d'un bienfait considérable et plein de charmes pour M. son frère et pour madame la duchesse de Berry, qui recevrait sûrement un ap})laudissement universel. M. de Beauvilliers, Jl (jui je le dis, ne me surprit pas peu par un avis contraire. Sa raison, qu'il m'expliqua, fut c^u»" rien ne serait jdus dangereux que donner occasion et tentation à M. et à madame la duchesse de Berry d'une cour à part qui déj^airait souverainement au roi, et qui tout au plus différée ai)rès lui séparerait les deux frères et deviendrait la source, sinon de discorde, du moins de peu d'union ; qu'il fallait que l'aîné jouît de tous ses avantages, que le cadet dépendît toujours de lui ; qu'il valait mieiix qu'il fût pauvre en attendant que son frère fût roi, pour recevoir alors des marques de sa libéralité, que si, mis prématurément à son aise, il se trouvait alors en état de se passer, conséquemment de mériter peu ses bienfaits; qu'avoir Meudon et ne domier pas le moindre signe d'en vouloir user, serait au Dauphin un moyen sûr de plaire infiniment au roi ; qu'en un mot Meudon convenait au Dauphin, qu'il y avait sa part et son préciput, et celle encore du roi d'Esi)agne en lui donnant des meubles et d'autres choses en échange, et que si M. le duc de Berry se trouvait y avoir quelque chose, il l'en fallait récompenser en diamants.
Ce raisonnement politi([ue me {)arut fort tiré et ne put m'entrer dans la tête. Je soutins au duc la supériorité des bienfaits sur la nécessité à l'égard d'un tils de France; la
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bienséance d'atloncir par des pr^'-mires solides d'amitié cette grande différence que la nH>rt «lu |»«>r»' mettait entre les frères, et la toUile dont la p»'rs|M'ctiv«* commençiiit à se faire sentir; l'utile sûreté d'émou.sser les smu-nccs d'aigreur entre eux, en saisissant l'occasion unique de gnititier un frère avant d'être son roi ; la dis])roiK)rtioii de l'avantiige idéal d'un <'ôté. très effectif «le l'autre, et «•«•llf de l'impression «juc prendrait le monde d'une ctmduite sèi:he, dure, littérale, ou remplie de générosité et de tendresse ; l'impuissance de retenir un frère dans sa future «-ourqu'à défaut de maison ailleurs, (jue tôt ou tanl il lui faudr.iit bien donner, non comme grâce, mais comme chose de toute nécessité ; l'al)ondance des moyens, toujours nouveaux, fournis jwir la couronne, de gratifier un frère (pii même était si mal aj»anagé, et à qui Meudon augmenterait bien plus (pi'il ne diminuerait le lK>soin des grâces, comme on avait vu que Saint-Cloud avait été une source de In^soins à Monsieur, si prodigieusenu'Ut apanage, et au roi un moyen continuel de le tenir dont il avjiit si bien su profiter ; enfin indé|H>ndamment <lu sacrifice de l'usage de Meudon, le Dauphin, établi et soutenu comme il l'ét^iit dans l'entièrt» «onfiance du roi, et ancré déjà par son grand-j»ère dans l'exercice et en la dis- {Mtsition même en {lartie des affaires, ne manquerait {kis d'tK'casions et de moyens journaliers de lui jilaire et de s'établir de plus en plus dans son ea*ur, d;uis son esprit et dans toute ra4lministration. 11 me semblait, et il me semble encore que num raisonnement là-<Iessus éUiit juste et solide. Aussi devint-il «elui de tout le monde, mais il ne |NT8uada |M)lnt M. de HeauvilliiTS.
Meudon demeura au l>auphin, et tout ce qui regarda
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cette succession fut traité avec la même rigueur. Elle ne iit pas honneur clans le monde, ni un bon etîet à M. et madame la duchesse de Berry, à qui je me gardai bien de laisser entrevoir quoi que ce soit là-dessus. Mais il n'était pas indifférent au bien, dont il avait peu à proportion de ses charges, et dont il dépensait avec fort peu de mesure, et poussé de plus par madame la duchesse de Berry, haute avec emportement, et déjà si éloignée de cœur du Daujjhin, surtout de la Daupliine. Ils se turent sagement, n'imaginèrent pas que le duc de Beauvilliers eût aucune part en cette affaire, et ne tardèrent pas à vendre beaucoup de diamants dt' It'ur héritage pour remplir les vides que leurs fantaisies avaient déjà creusés dans leurs affaires.
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