LES JEUNES GENS
On lit dans le Nouveau-Monde de samedi:
" Nous apprenons qu'il y aura, dans le cours du mois prochain, à Montréal, une grande convention des jeunes gens du Bas-Canada, qui veulent se connaître, s'entendre et adopter une ligne de conduite commune pour l'avenir."
Il est une foule de jeunes gens qui ne demanderaient pas mieux que de gouverner le pays, et qui s'indignent à chaque instant, en vers et en prose, contre les obstacles que rencontre leur ambition. Au lieu d'observer en silence, de mûrir leur esprit par le travail et par l'étude, ils ragent contre le gouvernement, dans une pièce de vers ou dans un article de journal, vont faire un speech à Stanfold, et crac ! les voilà hommes d'état !
Si les jeunes gens qui veulent se réunir à Montréal, dans le but de " se connaître," pouvaient véritablement en arriver là, ils ne manqueraient pas de s'apercevoir de ce qui leur manque et de rougir un peu ; et ce serait un grand point de gagné. Dans l'éventualité d'un pareil résultat, nous serions presque tenté de
nous prononcer en faveur de la convention montréalaise.
Dans aucun pays les hommes publics n'arrivent plus vite au pouvoir qu'en Canada. En France, par exemple, il n'est pas rare de voir débuter dans la vie publique des hommes de cinquante ans et même davantage. Doucement donc, jeunes gens ; attendez votre tour. N'allez pas, dans votre bouillante ardeur de jeunesse, épouser telle idée qui vous séduit, ou la cause de tel parti politique. Plus tard vous verrez peutêtre les choses autrement que vous ne les voyez aujourd'hui: ne vous liez pas les mains pour l'avenir ; ne renoncez pas de gaîté de cœur au bénéfice de l'expérience.
Etudiez, observez ; et, quand le pays aura besoin de vos services, qu'il vous trouve armés pour la lutte et le cerveau plein.