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L'ÉTAT DES PHI T QU'IL FAUT

des nuits, n'oui pas bien belle miiie, Jivoiis-iious le droit d'en conclure que l'ennemi soit à bout de force? Enfin, chaque fois que paraît en Allemagne une feuille des morts, nous récapitulons les précédentes, et nous arrivons à des chitTres formidables ; mais nos chiffres, à nous, oii sont-ils publiés?

Ni les manchettes qui crient victoire, ni les silences opportuns ne rassurent les pessimistes ; au contraire, ceux-ci ricanent amèrement quand une favorable prévision s'est trouvée fausse. Ils rappellent que les Russes en sont encore à combattre dans la Pologne envahie, et les Anglais, les Belges, et nous dans la Belgique et la France envahies aussi. L'un d'eux me disait qu'au train dont nous marchons, il nous faudrait pour atteindre Berlin marcher pendant onze années pour le moins. Ils donnent aux silences opportuns des interprétations sinistres. D'autre part, chez les optimistes eux-mêmes — qu'ils l'avouent ou non — toute espérance déçue provoque une dépression. A la longue, ces hausses et baisses de baromètre sont énervantes.

Pourquoi ne pas nous mettre et nous maintenir en présence de la réalité vraie? La vue du réel, la réflexion sur le réel, voilà précisément ce qui nous donnera la fermeté d'esprit.

Il n'est pas vrai que l'Allemagne soit à bout de force. Sa puissance militaire, réduite par la grandeur des pertes qui lui ont été infligées, demeure formidable. Ni les hommes, ni les outils ne lui manquent pour la guerre terrienne, la guerre maritime,

la guerre aérienne, et il est possible et probable qu'elle nous réserve des surprises pénibles. Elle souflre dans sa vie économique ; Hambourg prend des airs de ville morte ; le grand commerce est suspendu ; très médiocre est le succès des emprunts ; l'inquiétude pour la subsistance a certainement commencé : « Ne gâchez pas le pain, écrit le ministre du commerce; n'en jetez pas une miette. » Mais ne nous faisons pas croire que l'Allemagne soit à la veille de s'effondrer sous le poids de la guerre. Pas plus que ses armées, ses finances ni ses provisions ne sont épuisées. Sa force morale est à peu près intacte. A la vérité, les hauts gouvernants ne peuvent pas ne pas être troublés par les événements. Très certainement l'empereur et son chancelier pensent plus d'une fois par jour : « Si nous avions su, si c'était à refaire... » Mais, de ces sommets, l'inquiétude n'est pas descendue encore dans l'immense plaine. L'Allemagne, en qui s'est faite comme chez nous l'unanimité patriotique, qui croit sa cause bonne, comme nous la nôtre, résolue comme nous aux ultimes sacrifices, croit aussi fermement que nous à la victoire finale.

Voici des faits certains, et qui prouvent qu'après cinq mois de guerre l'Allemagne demeure — je répète le mot — formidable. Mais considérons d'autres faits, non moins certains.

Toutes leurs prévisions diplomatiques ont été déjouées.

Ils ont cru d'abord que la Russie et la France

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