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Guillaume; les maisons — un millier — tournaient vers les rues mal pavées des pignons flanqués de fumiers et d'étables à pores. Or G 000 Français vinrent s'établir dans cette misère. Ils doublèrent la population de la ville, qu'ils transformèrent.
Ainsi, parmi les causes du progrès de l'Etat brandebourgeois prussien, il faut mettre la révocation de l'Edit de Nantes. Quant à Frédéric- Guillaume, il a continué une tradition très vieille : accueillir les déracinés, les replanter.
Au grand électeur succède, eu 1688, son fils Frédéric. En 1701, au moment où va s'ouvrir la guerre de la succession d'Espagne, il obtient de l'empereur, qui a besoin de lui, la permission de changer en couronne royale sa couronne ducale. Ge fut une grande joie pour ce Frédéric. Vaniteux et pompeux, il se donna le luxe d'un couronnement solennel, dont les fêtes coûtèrent 0 millions de tha- 1ers, une grosse somme pour le roi d'un peu plus de deux millions de sujets. Si tous les rois de Prusse avaient ressemblé à Frédéric I", la force naissante aurait été vite épuisée.
Frédéric-Guillaume F'"^ son fils, qui lui succéda en 1713, marqua tout de suite la différence entre son père et lui; il dépensa pour son couronnement 2747 thalers et 9 pfennigs, et sans doute trouva que c'était bien cher, Ge fut un étrange personnage, un maniaque, presque un fou, un alcoolique, et puis un homme de devoir, de tous les devoirs, bon
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chi't'ru'ii, l)oii niMi'l, roi de tout preniicr ordre, car il a d'il cellt' [)arole remarquable : « Je suis le génél'al l'ii chef et le miriislro des finances du roi de Prusse. » Ce roi de l'i-usse, dont il est le serviteur, il l'a voulu maître absolu de ses sujets. Déjà le i^rand électeur, en brisant les résistances qu'opposaient à ses volontés les assemblées de ses divers pays, Glèves, Brandebourg, Prusse, les avait préparés à devenir les provinces d'un Etat, l'Etat prussien. Frédéric-Guillaume se déclara maître absolu; il disait en sa langue bizarre, mêlée d'allemand et de français : « Ich slabilire die Souverainetc wie einen RocJte?^ von Bronce ; » il interdisait les raisonnements : « NicJit raisonniren; » il demandait souvent conseil à ses ministres, mais en ajoutant qu'il entendait demeurer le seigneur et roi et faire ce qui lui plaisait : « Wir hleihen doch der Herr und Kœnig, imd thim iras loir ivollen. »
Ministre des finances, il mit partout l'ordre et l'économie et commanda le travail. Terrible aux flâneurs, un jour, apercevant des bourgeois de Potsdam qui jouent aux boules, il les disperse à coups de canne. On raconte qu'il avait chez lui tout un assortiment de bâtons.
Il examine avec le plus grand soin les moindres dépenses. Il faut bien qu'il soit économe ; son pays, au moins son pays de Brandebourg est si pauvre ! On l'appelait « la sablière de Brandebourg », et le Grand Frédéric s'intitulera « archisablier d'Allemagne ». J'ai parcouru, au sud de la marche, le sablonneux plateau de Flaeming; j'y ai vu des tour-
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billons de sable emplir les rues et obstruer les portes des maisons. L'eau y est rare; en certains endroits, l'autorité municipale ouvre, le matin, une fontaine, et la referme après que les habitants ont reçu leur ralion d'eau. Le Brandebourg, au voisinage de ses rivières, la lente Sprée, la lente Havel, qui s'endorment en des étangs et des lacs, s'embellit de prairies fraîches et d'aimables collines; partout ailleurs de vastes espaces de sable portent des bois de pins maigres et tristes. Berlin est une oasis de briques et de pierres dans un Sahara. Ce fut un bienfait pour les Hohenzollern que cette naturelle misère, qui commande l'effort et l'économie. Frédéric-Guillaume fut un prince merveilleusement adapté à ces conditions de nature.
Il ne veut faire aucune dépense qui ne soit nécessaire, et il prescrit à ses ministres d'en calculer le prix tout au juste. Ils diront, par exemple : « Il y a un cheval à vendre pour 100 thalers. Nous pensons que Votre Majesté ferait bien de l'acheter pour 80 thalers, autrement Votre Majesté y perdrait pour telle raison. »
Il commande aux officiers de ses finances d'augmenter ses revenus sans cesse, de lui « faire un plus », Un des mots qu'il a le plus souvent répétés — ce rabâcheur — c'est : « Ein plus machen. » Il recrute avec soin son personnel d'administrateurs, qui doivent partout susciter le travail des champs, des métiers et des comptoirs. Un de ses ministres lui recommande un jeune homme pour un emploi; il répond : « S'il est intelligent, mettez-le dans une chambre des domaines ; si c'est un imbécile, faites-