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QU^XRANTE-QUATRE ANS APRÈS

tualité ; df petits ruisseaux d'hommes partis des liameaux, des villages et des villes se réunissent en rivière et ces rivières confluent vers un fleuve et Tatteignent au point nommé, à l'heure dite, et ce fleuve roule son flot énorme, superbe et tranquille ; cette discipline, ce consentement à tout commandement donné ; l'obéissance offerte avant qu'on la demande; pas de mouvement désordonné, pas de cris, à peine des chants; le renoncement aux bavardages de presse, et nous qui, au temps de César, arrêtions les voyageurs aux carrefours des chemins pour savoir des nouvelles, nous nous contentons de celles qu'on nous donne d'une main prudemment avare; Tuniverselle confiance, et bien plus et bien mieux, la merveille de ces jours, une merveille à en pleurer : toutes ces barrières intérieures — les tempéraments divers de nos petites patries et aussi la diversité de nos sentiments et de nos passions — ces barrières, tout d'un coup, à la minute, à la seconde, effondrées dans le sol ; seule visible, la frontière de France ; la même attitude, les mêmes physionomies, la même àme, à Marseille et à Dunkerque, à Bordeaux et à Nancy; toutes les Fr'ances : France des croisades, France de Bouvines, France de Rocroi, France de Valmy, France d'Austerlitz, France de la fleur de lis et du drapeau blanc, France de l'aigle ou du coq et du drapeau tricolore, France du bonnet phrygien et du drapeau rouge, mêlées, confondues; oui, merveille à en pleurer de joie et d'orgueil.

Or, tenez pour pleinement certain que cette merveille est un grand présage ; cette force a sa desti-

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nation; celte force crée une destinée. Toutes les fois que la France s'assemble, c'est pour quelque grande œuvre humaine. Vous verrez, vous verrez...

En attendant, nos armées ont passé la ligne des poteaux marqués de cet écusson d'Allemagne où étend ses ailes l'aigle dégradé à l'emploi de vautour. Notre émotion, à cette nouvelle, aucun Allemand ne la comprendra. La revanche, oui ! oui ! certes, la revanche ! mais aussi le paiement d'une dette qui, si longtemps, pesa sur nos consciences.

Il y a quatre ans, un soir, à Strasbourg, parlant à une centaine d'étudiants alsaciens, je leur disais : « Mes amis, je vous demande pardon; pardon de vous avoir abandonnés à ces mains barbares ! Pardon de votre déchéance, de votre souffrance, de votre martyre. » Et voici que l'espérance m'est permise de les revoir, ces jeunes gens d'Alsace, de leur parler encore, non plus dans l'intimité d'une maison amie, mais au plein jour, du haut d'une chaire de leur, de notre Université de Strasbourg.

Ghers enfants de l'Alsace, combien de choses j'aurai à vous dire, et quelles choses! Je n'ouvrirai aucun livre ; je ne préparerai pas de leçons, je laisserai parler mon cœur tout plein de souvenirs cruels qui jamais n'étouffèrent mes espoirs. Je saluerai l'avenir de votre Université nouvelle, qui ne sera plus un avant-poste du germanisme, un corps d'armée intellectuel , caserne , einquartiei^t dans la ville conquise par le fer et par le feu, mais un des foyers d'où rayonnera le libre, clair, humain génie de la France.

A CEUX UUl SE BATTENT ^'^

Ghers enfants de la France,

Jii viens, pour obéir au ministre de la Guerre, vous donner de nos nouvelles.

A l'heure même où vous partiez, toutes nos discordes se sont apaisées ; nous ne sommes plus qu'une grande famille de qui la jeunesse est partie pour aller défendre à la frontière le patrimoine sacré légué par nos ancêtres.

Des adversaires d'hier, qui souvent échangeaient de mortelles injures, s'efforcent ensemble d'assurer les moyens de vivre aux familles de ceux qui offrent leur sang à la patrie.

Vous aurez peut-être peine à croire que des royalistes, des bonapartistes, des républicains modérés, des radicaux, des socialistes, des révolutionnaires et M°' Tarchevêque de Paris et le grand rabbin, et des protestants et des libres penseurs s'accordent fraternellement. Gela est cependant, et je le vois tous les jours.

Voilà donc de bonnes nouvelles, et vous voyez que nous nous portons bien.

Toutes nos pensées vont vers vous tous. Sans doute, chacun de nous pense de préférence aux

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