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XLIV. Sagesse. N« 3 et

Je voudrais siurtout que^ dans les écoles normales, la Ibcture et la récitation des poètes, ainsi jugés, discernés, expliqués, occupassent une place plus grande dans l'emploi du temps, que l'on encourageât les jeunes gens à s'enchanter volontairement, dans leurs loisirs des dimanches ou des vacances, do longs poèmes ou morceaux de poèmes appris par cœur, et qu'enfin ils emportassent de l'école une ample provision de ces souvenirs inutiles sans doute pour les brevets do capacité, mais destinés à être le sel caché de leur vie. Quoi de plus naturel que d'instituer des réunions hebdomadaires, le dimanche soir par exemple, où directeurs, maîtres, élèves, se donneraient le plaisir d'écouter ceux ou celles qui auraient préparé quelque belle page à lire ou à réciter. Ne vous semble-til pas qu'une si

noble distraction, entrecoupée de deux ou trois chœurs soigneusement exécutés, répandrait quelque charme sur toute la semaine, qu'elle tempérerait l'austérité monotone de la vie recluse, règlement-ée, toute vouée à l'étude? Ne vous semble-t-il pas surtout que ces jeunes esprits, en entendant d'autres voix que celles de la science et de leurs professeurs, s'ouvriraient sous les meilleurs auspices à ce monde d* l'âme et des sentiments hiunaius que la science méthodique ne fait point connaître et qui sera pourtant leur domaine propre, puiaqu'enfin c'est le vrai demaine de l'éducation ?

Après cette initiation, les maîtres et les maîtresses sauraient, à leur toiir, initier et guider leurs jeunes élèves. La poésie, aidée du chant, deviendrait l'un des agents principaux do la culture morale, disons mieux, de la civilisation. Cost à l'ouïe de cette « musique que tout homme porte en soi », autant et peut-être plus que par la morale didactique, plus à n'en pas douter que par l'arithmétique, la grammaire, l'histoire, les éléments de physique ou de chimie, que nos petits enfants, se dégrossissant, se polissant, dépouilleront de jour en jour l'animal, le sauvage, pour devenir peu à peu des hommes, capables de concevoir l'idéal, la règle et de s'y conformer. Des lectures et ■ des récitations fréquentes, des séances de fête, surtout l'exemple du maître lisant ou récitant lui-même avec goût et avec une émotion non feinte, voilà ce qui fera entrer la poésie dans les habitudes, dans les nécessités

mêmes du peuple. Alors seulement l'égalité des classes sera près de s'accomplir par l'égalité de culture morale ; alors la démocratie sera près de devenir une vérité, parce que la nation sera près d'avoir une même $me.

I/art est nn chant magniBque, Qni plait aux cœurs pacifiques, Que la cité dit aux bois, Que l'homme dit à la femme, Que tontes les voix de l'âme Chantent en chœur à la fois.

(Victor Hdgo, f.4rt et le Peuple.)

Dès à présent l'œil qui s'élève Voit distinctement ce beau rêve, Qni sera le réel un jour :

Car Dieu dénoûra toute chaîne.

Car le passé s'appelle haine.

Et l'avenir se nomme amour.

Victor Hugo, Lux.)

Lettre au journal i< le Temps Victor Hugo.

sur la mort de

Au DIRECTEUR DU Temps Mou cher monsieur Hébrard,

Voulez-vous permettre à votre ancien collaborateur, ami toujours fidèle du Temps, d'exprimer, au sujet de notre illustre moi-t, un sentiment qui est, à n'en pas douter, celui d'un grand nombre, mais que je souhaiterais de partager avec tous nos concitoyens î

D'autres, avec plus de compétence que je n'en saurais avoir, ont célébré le poète, sa prodigieuse puissance de pensée, d'imagination et de langage, l'éten-

due presque illimitée de son clavier, la fidélité av laquelle il a rendu toutes les émotions humaines] aussi bien celles qui sont communes à tous les âges que les tristesses, les joies, les doutes, les ardeurs — jamais les langueurs — propres à notre temps. J'oserais seulement demander que l'on marquât à qu^H point cet écho puissant - — si puissant qu'on a pu le comparer à une grande force de la nature — a été individuel, original ; combien ce prophète, emporté par l'inspiration, dispose librement de lui-même ; coni^H me cette « force » ressemble peu à une force aveugle ^^ et comme l'on découvre, par delà cette imagination luxuriante, cette sensibilité frémissante à tous 1<

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ffles, une volonté ferme, toujours présente, toujours sntive, toujoui's maîtresse. Si je ne me trompe, ce trait lui vaudra, entre toMS, de vivre dans la postérité et de devenir l'un de ces robustes ouvriers qui forgent, de siècle en siècle, l'espnt et l'âme de leur nation.

A ce caractère s'en rattache étroitement un autre par oii 'Victor Hugo offre à notre génération un exemple digne d'être médité. Ce qui me frappe le plus dans sa vie et dans son œuvre, c'est que lo poète admiré, encensé, ne s'est pas réduit à être un poète, une lyre, la plus harmonieuse, la plus profonde, la plus riche comme la plus savante des lyres. Ce chantre, aux lèvres duquel se sont suspendues plusieurs générations successives, ne s'est pas contenté de chanter et de se faire applaudir : il a compris autrement la vie, l'honneur, le devoir, il a voulu être un homme. Il est descendu parmi nous; il a pris rang dans la bataille de son temps ; il n'a eu ni peur ni dédain de nos luttes ; il n'a pas contemplé la tempête contemporaine du haut des a temples sereins » : il s'est pi'ononcé résolument, vaillamment, en lutteiu" et non en amateur, dans les questions politiques, philosophiques, relig^euses, sociales, qui troublent notre pays. On peut discuter des opinions qu'il a soutenues ; mais tous les hommes sincères et sérieux, amis ou adversaires, conviendront du moins que plus viril exemple ne pouvait être donné de plus haut. Quand le pays flottait incertain entre la liberté et la dictature, entre l'esprit théocratiquo et l'esprit laïque, entre la démocratie et le gouvernement des classes dirigeantes, lorsque les plus

difficiles problèmes étaient posés devant la conscience publique^ s'abstenir, laisser à d'autres In peine d'avoir un avis et de le soutenir, ce rôle de dilettante ou de sceptique lui eût paru un rôle d'eunuque. 11 fit donc 8on choix, et, qiiand vint l'âge de la pleine maturité, il se montra, de propos délibéré, libéral, démocrate, républicain.

Ce n'est pas tout : dans un temps où les idées religieuses sont en médiocre faveur, aussi peu goûtées de bon nombre de savants que des politiques, des ^M publicistes et du peuple m'ême, il osa être reli- ^^ gieux ; il le fut à sa manière, simplement, i tranquillement, sans dogmatisme, comme on pouvait ^Ê l'attendre d'un voyant du dix-neuvième siècle, qui n'ignore rien de ce qui déconcert-e aujourd'hui les in- ^ telligences les plus sincères, les plus avides de croire. ^M Qui eut, en effet, plus que lui l'oreille ouverte à toutes i les voix contradictoires de la nature, de l'histoire, de la science? Mais, au milieu de ces discordances, c'est la voix du dieu intérieur, écho du Dieu universel, qu'il se plaisait à écouter de préférence ; et sous sa dictée, il persistait à prêcher à notre génération désorientée le règne de la liberté, de la justice, de la fraternité humaine.

Ainsi a vécu Victor Hugo : l'un des nôtres, ne t'é. sertant pas la rcspon.iabilité de penser et- de prendre position. Rappellerai-je une fois de plus que, non content de penser librement, il a agi, à ses risques et périls] Ce que peut un homme, même désarmé, même exilé, par la seule arme du vers, du vers proscrit tt»-

arrêté à la frontière, contre une puissance établie qui a pour elle, avec tous les moyens matériels, police, administration, année, l'Eglise, l'opinion publique eUe-même, trompée, égarée, démoralisée, ce que peut un seul homme, jamais on ne le vit mieux que dans ce terrible duel entre l'auteur des Châtiments et l'empereur Napoléon IIT.

Voilà, mon cher monsieur Hébrard, ce que, à l'heure où chaque Français fait son pèlerinage au moins en esprit, vers le poète, m'a inspiré ma visite dernière. Ce magicien du style fut uu homme de ocoviction et d'action. Et c'est pourquoi je ne peux me défendre d'un sentiment d'espoir eu voyant la foule, je veux dire tout le monde, s'empresser vers la maison mortuaire. Ce n'est pas un t grand de chair», comme dirait Pascal, que l'on va saluer ; ce n'est ni un général victorieux ni un homme d'Etat, maîtres dans l'art de mouvoir les masses humaines ou les pas. sions humaines : c'est un homme de l'esprit, qui ne serait rien, si l'âme, si la dignité de l'âme et de sa destinée, individuelle ou nationale, n'était quelque chose. On croit donc encore à l'esprit parmi nous ; on croit à sa souveraine excellence : ce credo en renferme bien d'autres I

27 mai 1895,

Lettre au « Temps > sur les obsèques de Victor Hugo.

Mon cher monsieur Hébrard,

Vous voulez qu'après quelques jours écoulés, lor que la vivacité des premières impressions s'est amortie j'essaie de fixer le souvenir que laisse à beaucouf d'entre nous la fête funèbre de Victor Hugo. Il y sans doute peu de journées qui aient remué aussi fortement chez tout Français civilisé ou libérai, ce que nous avons d'aJiiour du pays et des libertés publiques, de fierté nationale, de regrets, de craintes, d'espérance.

Je serais incapable de donner dès à présent iinq^l expression claire à tout ce que j'ai ressenti devant cet inoubliable défilé de deuil et de gloire ; mais parmi^ les spectateurs, libres des préventions de parti, s'ei^H trouverait il un seul pour me démentir.si je disque nous avons vu apparaître ce jour-là l'image de la Patrie ellemême? TJne démocratie intelligente et sociable, ajm. pathique et souriante, expansive avec mesure et sax vulgarité, libérale jusque dans la moelle et se fiant à la tutelle de la liberté ; une démocratie oîi l'on plaît à converser cordialement, à jouir, à admirer, à vivre ensemble, où nul ne goiîte à son gré un bien,| une vérité, s'il ne les partage aussitôt avec d'autres où toutes les conditions, tous les degrés de culture intellectuelle et sociale se rapprochent avec aisanc pour célébrer les mêmes grandeurs, où les petits quand un événement vient émouvoir l'imagination

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publique, communiquent sans embarras avec les grands, et parlent, sans l'avoir apprise, la même langue morale; une démocratie à l'esprit idéalist«, et toutefois tempérée, qui à l'état de santé, quand elle dispose pleinement d'elle-même, s'émeut et s'ébranle d'un même mouvement, à l'ouïe des mots qui expriment des choses supérieures à ce qui se voit et se touche, de ces mot* que chante la poésie, amour, fraternité, gloire et de celui-là surtout qui seul donne da prix à tous les autres, liberté ; une démocratie ar. tiste. qui se plaît aux grands symboles, à la cérémonie publique, au spectacle, à la « manifestation « bien ordonnée, mais artiste avec quel goût, quelle simplicité, quel sens de la mesure, et aussi avec quelle bonne grâce et quel entrain ; unissant volontiers la représentation officielle à la représentation spontanée, le civil et le militaire, les aspects divers de la vie nationale. Une démocratie enfin, où il fait bon vivre : capable d'attirer à elle, par son généreux génie, les peuples étrangers, si elle savait toujours se régler, se retenir, persévérer, et penser modestement d'ellemême : mais, en tout cas, digne d'enchaîner à elle les coeurs de ses enfants ; pour laquelle il vaut la peine de travailler, de souffrir, de mourir au besoin ; dont 11 m faut jamais désespérer, si inquiétants que soient les signes de maladie, ni espérer avec abandon, si brillants que soient les signes de santé.

Et ce peuple que nous avons vu défiler sous nos ye\uc, dont nous étions nous-mêmes par toute notre âme, il marchait, vous en souvenez-vous? obéissant à

l'appel d'une idée, nette chez quelques-uns, cont mais non moins vive chez le grand nombre. Il allait rendre ses devoirs à un poète, a. la poésie, à i'Invtsl'^| ble, à l'Inutile; il se faisait manifestement honneur et plaisir de saluer de ce long déploiement d'hommages publics, privés, domestiques mêmes (quoi de plus louchant que ces nombreuses femmes mêlées au cortège et tenant leurs enfants par la main !) la souveraine excellence de l'esprit, le mettant ainsi hors de pair avec tous les maîtres de la terre, avec tous ceux qui commandent en son nom. — On l'a déjà mille fois dit : dîins soa poète il célébrait avec la poésie, UI^Ê génie de la France ; et artiste merveilleux, il faisait en ce jour à la patrie une foi-me visible, où se marquent ses traits distinctifs. ^M

Mais quoi ! n'a-t-il rien manqué à cette fête, sereine et désintéressée, toute vouée au culte de l'esprit, sans prêtre et sans idole, oîi le peuple laïque a pourvu tout seul, sans scrupule et sans embarras à conduira à la fois au tombeau et à la gloire le noble fils de la France? Certes, nul de nous, en repassant ses souve-^f nirs, ne serait tenté de dire que cette majestueuse cérémonie ait été à aucun degré irréligieuse, si toutefois le culte recueilli et désintéressé de l'esprit est une des formes de la religion. Mais où était c© « mystérieux ", qui, du commencement à la fin de sa car- rière, n'a jamais fait défaut à Victor Hugo ; qui, mesure que mûrissait son talent et sa science de 1» vie, a toujours été non pas extérieur à son âme et chose d'imagination mythologique ou d'intelligence

raisoimante, mais toute intime, chose profonde du cœur : je veux dire la vision de l'infini, de l'étemel, du divin, plus haut et plus grand que Victor Hugo lui-même et que le génie de la. France, plus grand que la patrie et l'humanité, dépassant, débordant de toutes parts et le poète et sa gloire, et la brève destinée de l'homme, et tout ce qui est visible ; ramenant, par sa seule apparition, ks hommes, même les plus sublimes, et les choses, même les plus hautes, à leurs vraies pi-oportions, à la fois grandes et petites, glorieuses et humbles, durables et éphémères ; nous mettant ainsi tous, illustres et obscurs, le pays entier et chaque citoyen, à notre vraie pla<"e, nous détournant du funeste travers de l'apothéose qui rend les individus et les nations impropres à se reconnaître, à se juger, à se censurer, à se réfonner.

Est-ce moi qui rêve en signalant ce « vide « dans la journée du 1** juin? Je n'ai sans doute, pas besoin de dire que je loue sans réserve la famille et la population entière d'être restas fidèles à l'exemple de haute sincérité que leur avait donné l'auguste mort dans son testament. Je sais trop bien pourquoi la pensée religieuse ne s'est point manifestée, même sous des traita laïques ou philosophiques ; c'est qu'elle n'occupe guère de place dans la conscience générale et dans l'esprit public. Il y a là un état moral singulièrement digne d'étude. Si l'Eglise, au lieu de regarder passer le siècle du fond de ses sanctuaires, de le maudire, ne le co.iiprenant pas. au lieu de disputer à la société civile la possession d'un temple de pierre, était pour ainsi

rler, moins ecclésiastique et plus religieuse, eJle ferait à cette occasion son examen de conscience ; elle se demanderait comment ce peuple, élevé par elle, catéchisé par r-es prêtres, enveloppé de la naissance à la mort dans ses bandelettes, comment lui a-t-il échappé, au point de perdre le sens même du divin! Mais c'est affaire à l'Eglise. Pour moi et pour bieu d'autres, ce n'est ni le prêtre ni le ritei sacramentel ni une Eglise quelconque qui m'ont manqué ; c'est, dans les dis''ours ou dans les symboles, dans le sentiment même et la physionomie delamultitude, la vision de 1 1 'au-dessus et de l'au-delà». Dirai-je toute mou impression? Cette marche triomphale du glorieux mort, suivi de son peuple, le long de notre belle voie sacrée, cette marche oii de tout mon cœur je prenais place, il me semblait qu'elle s'allait heurter à une barrière trop prochaine ; je la rêvais se prolongeant dans une perspective sans fond. J'aurais voulu que la grande Ombre du « nnjstérifu.iu, ou plutôt la grande, l'infinie lumière de l'ordre divin enveloppât cette chère et pauvre dépouille mortelle de celui qui, la veille encore, vivait plein de force et de génie au milieu de nous.

Ne vous inquiétez-vous pas comme moi, mon cher ami, du divorce qui va se consommant, au lieu de s'atténuer, entre la pensée religieuse et l'esprit séculier? Quelles oscillations il nous laisse prévoir dans l'avenir, quels retours humiliants! Comment ne pas craindre que ce noble instinct de diviniser nos grands hommes et notre génie national, faute de

monter plus haut et d'y prendre de meilleurs points de comparaison, ne se rabaisse un jour ou l'autre sur des personnages indignes, capitaines au bras pesant, politiques heureux et sans scrupules, et ne leur sacrifie, eomnie, hélas ! il l'a déjà fait, dignité, liberté, séctirité même? Ck»mment ne pas craindre aussi que Is sentiment religieux, venant à se réveiller violemmeint à la suite d'une longue privation ou de grands malheurs publics, ne nous rejette dans la superstition et dans la servitude spirituelle f

Si ce langage paraissait à quelques-uns chimérique ou trop osé, je prie qu'on me le pardonne, à la considération de trois des hommes que la France libérale a de nos jours le plus aimés, respectés, écoutés : Victor Hugo, Edgar Quinet ot Michelet, liés dans la vie, inséparables dans la mort. N'est-ce pas en vérité, chose bien étrange que tous trois aient uui à leur ardent amour de la patrie et de la liberté (de la libre pensée aussi bien que du gouvernement libre), une persuasion religieuse non moins vive ni moins hautement déclarée ; et que de leur enseignement, ce qui en était à leurs yeux l'un des nœuds essentiels, la France moderne paraisse n'en rien comprendre, n'en rien savoir? On dirait qu'accoutumée depuis des siècles à ne croire en quelque sorte que par procuration, elle en est venue à ne plus considérer les choses de l'ordre spirituel que comme un domaine ou fantastique ou étranger.

D'où vient ce sentiment, de quelque nam qu'on l'appelle, respect crainte, vénération, qui a coutume de saisir les Lommes rassemblés? On invoque le nom de Dieu? Est-ce affaire de simple habitude ou de superstitiou ?

Non. Ce nom leur rappelle, pour peu qu'il soit prononcé sérieusement, qu'ils ne s'appartiennent pas, qu'ils ne sont pas indépendants, qu'ils font partie de l'ensemble ; qu'ils sont obligés envers l'Etre seul existant, de qui ils tiennent le peu qu'ils ont de vie. Et ce sentiment particulier les resserre en un^ en les enlevant de force à leur individualit* égoïste, à leur volonté arbitraire, leur faisant sentir leur commune dépendance et leur solidarité. Cet être incompréhensible et souverain, qui est si loin et si près, si insaisissable et si voisin qu'il les enveloppe, il les replie sur eux-mêmes, il les enlève à la dispei-sion habituelle de leurs pensées et de leur activité. En re rapprochant de celui qui est le centre de l'univers, ils se rapprochent d'eiix-mêmes... Mais le sentiment religieux ett essentiellement moral ; notre éphémère et pauvre existence n'est assurée et fondée qu'en s'illuminant d'un reflet de l'Etre infini et étemel; et notre personne n'est vraiment limitée, liée, obligée, que du moment o\X nous la voyons rattachée à VOrdrr universel.

et cet Ordre rassemblé dans le Dieu pensant et aimant

n n'y a de réel, au fond, que la pensée ; et le degré de réalité correspond au d^ré où la pensée est consciente

H n'y a de Dieu réel que l'Esprit conscient. Et comment l'Esprit suprême ne serait-il pas bonté suprême ?

(Inédit).

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