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UN ROYALISTE 2«J

Ses fidèles électeurs approuvaient, ils remettaient dans l'urne le bulletin traditionnel.

Au Palais-Bourbon, il siégeait isolé, tout au haut de la travée d'extrême droite. De relations courtoises, cordiales même avec les hommes de son monde, il ne se mêlait pas à leurs conciliabules politiques et restait muré dans son intransigeance. Jadis, à la tribune de Versailles, il avait fait applaudir une parole facile, originale. Retenue depuis dix ans, cette parole ne s'échappait plus qu'en interruptions cinglantes ; elles allaient fouailler le centre et la gauche. On en riait, on les redoutait. On respectait le marquis. Les jeunes de la gauche l'appelaient « le vieux toqué » ; mais, quand il daignait se laisser aborder, ces adversaires recouraient à lui de préférence à tout autre pour arbitrer leurs affaires d'honneur. Il ne cachait pas son faible pour les socialistes : « Vivant avec les morts, je ne hais pas les fossoyeurs », disait-il.

M. de Kermaheuc était pauvre. Il menait une vie simple et méthodique. Assidu aux séances, comme un habitué du cirque qui ne se pardonnerait pas d'être absent le jour où le dompteur sera dévoré, il ne sortait du Palais-Bourbon que pour se rendre au cercle de V Union. Son couvert était mis, et sa bouteille de vin d'Anjou l'attendait à une petite table* la même depuis quinze ans, dans l'angle de la salle à manger. Au temps du Septennat, il y dînait habituellement avec son neveu d'Agrève, l'aide de camp du Maréchal ; depuis la disparition tragique du malheureux officier, il mangeait seul, en parcourant la Gazette. Il s'emportait contre « la feuille renégate, tombée dans î'orléanisme », lisait, avec plus de complaisance,

V Intransigeant; puis, adossé à la cheminée du grand salon, il faisait avec amertume, avec de singuliers bonheurs d'expression, la satire des choses et des hommes qu'il avait vus le matin dans « la cage aux écureuils ». C'était sa façon de désigner le Parlement. A neuf heures sonnantes, un valet de pied lui présentait sa canne et son chapeau.

(Les Morts qui parlent.)

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