FRANCE ET AFRIQUE
— ...Vous redoutez une France africaine, dans un avenir hypothétique : la France où nous sommes a cessé de vous préoccuper. Qui vous garantit qu'un flot de vie énergique et formidable n'y reviendra pas avant peu, qu'il ne jaillira pas précisément de ce réservoir africain où l'élite française l'aura puisée?
Le visage du Voyant prit une expression de commisération dédaigneuse.
— Nous n'appréhendons plus rien en Europe de la nation qui se meurt ici. Abattue par une défaite dont elle ne s'est pas relevée, déchirée par ses divisions, enragée de querelles théologiques, elle a perdu le tranchant combatif. A cette heure où un grand tressaillement impérialiste soulève toutes les autres races, elle n'en ressent même pas le contre-coup. Que craindrait-on d'un peuple qui ne sait pas choisir entre l'autorité et la liberté? D'un peuple qui n'a plus d'à- titude pour le commerce maritime, qui laisse périr les derniers débris de sa marine marchande, de son pouvoir sur la mer? Comme l'a très bien dit cet Allemand, Friedrich List, une nation sans marins, c'est un oiseau sans ailes.