MAXIME DU CAMP
trouve l'Ile de France, quand un qui est ici trouve Tahiti et les mers du Sud, ce sont des émotions directes, saisissantes, nées de la vue neuve d'un objet. Les émotions exotiques des disciples du romantisme étaient littéraires, réfractées par l'imagination d'un maître, elles ne venaient pas directement de l'objet. Maxime Du Camp, l'écrivain consciencieux qui commençait un livre sur Gautier en appelant le pauvre Théo « un polygraphe », pourrait être défini en peu de mots : sous le pourpoint du mousquetaire, il y avait un grand bourgeois français, enivré d'abord par le romantisme, dégrisé et remis dans sa voie naturelle parle saint-simonisme. L'influence du petit groupe saint-simonien sur notre siècle fut peut-être plus durable et plus puissante que celle du grand mouvement littéraire ; on la découvre à l'origine de toutes les transformations des hommes et des choses, de nos mœurs et de nos lois. Elle apparaît prépondérante dans la destiné de Maxime Du Camp. La doctrine qu'il reçut du Père Enfantin, en Egypte, avait été d'abord pour lui une occasion de marcher au bord du Nil nu-pieds et drapé dans une tunique bleue. Mais, sous la tunique bleue, comme plus tard sous la chemise rouge, le germe fermentait et levait. Le jour où l'écrivain d'imagination abdiqua sur le Pont-Neuf pour renaître statisticien, c'était le saint-simonien, fourvoyé jadis dans l'Ode à la locomotive, qui apercevait enfin dans les organes de Paris un filon d'exploitation utile et pratique.
(Réponse au Discours de réception de M. Paul Bourget, prononcé à l'Académie française dans la séance du jeudi 13 juin 1895.)