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LE NATIONALISME LITTÉRAIRE

Elles expliquent notre indifférence aux périls dont s'alarme, non sans raison peut-être, la prudence de nos cadets. Nous ne redoutons en littérature aucune influence étrangère, nous souvenant que notre plus grand siècle littéraire fut un grand emprunteur. Corneille était l'élève des Espagnols, beaucoup de ses contemporains avaient tout appris de l'Italie ; ils firent avec ces importations le royal esprit français, ils lui donnèrent la suprématie dont l'Europe allait subir l'ascendant incontesté. Nous pensons qu'il faut suivre l'exemple héréditaire dans un monde agrandi. Tous ses trésors nous tentent ; nous les recevons comme un tribut. Ne sommes-nous pas ceux, vous le disiez à l'instant, qui refrappent à leur effigie l'or des tributaires? Vaines controverses, au surplus, et qui se résolvent toujours en une question de physiologie. Rien n'est malsain pour l'organisme sain : il s'assimile tous les aliments qu'il transforme. Rien ne peut sauver un organisme trop débilité : le jeûne lui est aussi funeste que l'indigestion ; tandis que ce valétudinaire vit de régime, d'autres cueillent dans les vastes jardins de l'univers les beaux fruits qu'il leur abandonne, et ceux-là grandissent aux dépens du chétif.

Chez vous, Monsieur, l'orthodoxie nationale est d'autant plus stricte que vous êtes le gardien d'une marche frontière ; vous l'êtes par devoir de naissance, et par le droit d'un talent qui a pris l'ampleur d'un drapeau en se déployant sur les bastions de l'Est. Un de vos confrères avait remué nos cœurs avec la tragédie de ses Oberlé; vous avez repris le cas de conscience pour en donner une autre solution. Notre raison reste perplexe,

comme notre pitié, entre ces deux plaidoyers qui rivalisent de noblesse morale. On aime dans le vôtre la grave et ferme tristesse d'un espoir discipliné par la patience ; on y admire l'art consommé de l'écrivain. Mon embarras serait grand, s'il me fallait choisir la page qui gardera votre nom dans cette anthologie dont nous avons parlé ; peut-être me déciderais-je pour celle qui nous introduit aux bastions de l'Est. Paysage d'une sobriété classique : je crois entendre Fénelon le lisant à Claude Gelée qui lui demande un sujet de tableau. Mais pourquoi dater un style où la richesse toujours accrue se fait toujours plus simple et plus mesurée? Il n'est d'aucun temps, et il est de tous les temps français. Il se pose sur la terre qu'il décrit comme la palpitation légère de la lumière sur un sillon de septembre.

(Réponse au discours de réception de M. Maurice Barrés, prononcé à l'Académie française, dans la séance du jeudi 17 janvier 1907.)

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