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L'INSTRUCTION ET LA MESURE DE SON BIENFAIT

Il faut donner l'instruction comme il faut donner du pain, sans plus d'illusion sur l'effet vertueux de ce don. Le pain restaure nos forces pour le bien ou pour le mal, indifféremment. Ainsi de l'aliment intellectuel. Suivant la nature de celui qui le reçoit, l'usage qu'il en fera, le milieu que vous lui préparez, cet aliment décuplera ses forces pour le bien ou pour le mal. En d'autres termes, vous avez surchargé les deux plateaux de la balance, celui du bien et celui du mal ; vous n'avez rien changé à leur équilibre, qui reste constant. Pour ce qui est du bonheur, si ce mot a un sens, l'instruction ne saurait le procurer, puisqu'elle sert notre instinct d'inquiétude contre notre instinct de repos ; elle ne peut être une condition de bonheur, puisqu'elle accroît la concurrence vitale, l'effort pénible des mieux doués, l'élimination des plus faibles ; mais comme elle hausse par là les moyennes de l'effort, elle est une condition de grandeur. En la répandant, on reste dans le plan naturel, dans le plan providentiel, qui est d'élever les individus et les sociétés par plus de labeur, pour ne pas dire plus de souffrance. Si vous disiez la vérité aux hommes, vous

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