LE BAS-EMPIRE
C'est l'originalité peu enviable du bas-empire de n'avoir joué aucun rôle dans l'histoire générale. On pourrait l'en retirer, ou du moins raccourcir de beaucoup sa lente agonie, sans déformer la chaîne apparente des grands faits humains. Il occupa une place vide, comme l'herbe vaine sur la jachère, pendant que la terre reconstitue son énergie pour d'autres moissons. Ceci explique le naufrage total d'une civilisation insensiblement absorbée par ses héritiers ; et l'on s'étonne moins qu'une si longue existence ait laissé si peu de documents, de témoignages matériels. A Rome, le monde antique reparaît sous chaque coup de pioche, après quinze siècles de bouleversements. On a beau fouiller Stamboul, elle ne rend rien de la splendide Byzance ; tout s'est évanoui ou transformé.
Pour retrouver chez les vivants un dernier vestige du peuple évoqué par M. Schlumberger, il faut suivre les ruelles turques et juives qui serpentent jusqu'au fond de la Corne-d'Or. On arrive par là au Phanar, le quartier où se sont échouésles petits-fils des maîtres de l'Orient. Une porte de pierre trapue et sombre y donnait accès ; les pansde mur déjetés qui servaient de linteaux à cette