‹ Pages choisiesChapitre 69 sur 141 · LAMARTINE · texte numérisé non relu

LAMARTINE

J'avise à la place accoutumée un petit bouquin de poche : Méditations poétiques, par Alphonse de Lamartine ; Bruxelles, 1833. C'est une de ces contrefaçons que la Belgique répandait libéralement. Guenille de livre, qui ne vaudrait pas deux sous dans la boîte du bouquiniste. Les plats de la couverture, rongés aux angles, mal retenus par des fils étirés, montrent la bourre grise du carton ; au dedans, l'impression microscopique se lit mal sur les feuillets piqués de rouille. Le compagnon demande grâce : il a fait tant de routes, et si fatigantes, dans les poches, dans le carnier, dans les fontes de la selle, dans les sacoches des mulets syriens. Que c'est triste, la consomption du vieux livre ami ! On accepte, il le faut bien, l'usure de toutes les choses familières, sur nous et en nous, l'usure des corps ; mais cet évanouissement d'un parfum spirituel, qui menace de nous manquer avant la fin du voyage, il semble que ce soit l'usure visible des sentiments et des pensées, la mort d'une âme.

J'avais déniché mon trésor dans un coin de la bibliothèque de campagne, à mes premières vacances. Ils étaient deux alors, de même format minuscule et de même provenance : le second,

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