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LE CIMETIÈRE DE PORT-CROS

En regagnant le port pour embarquer Hélène, nous nous sommes arrêtés contre le petit cimetière de Port-Oos, sous le figuier où j'ai passé tant d'heures. Près du Vieux-Château, au bas du versant qui regarde la terre ferme, c'est le point de vue sur Hyères le plus rapproché de ma maison ; là je viens d'habitude m'asseoir, lire, contempler de loin la ville où elle m'attend, la route bleue par où elle viendra. Le vieux figuier tordu, souffleté par le mistral, s'abrite sous le mur de pierres sèches qui défend l'enclos contre ce vent. La porte de fer était entre-bâillée, nous l'avons poussée, nous sommes entrés. L'étrange et unique cimetière ! Un champ d'épaves. Pas plus grand qu'une chambre d'attente, quelques mètres carrés : des herbes roussies, des ronces fleuries, une douzaine de croix noires déjetées, faites de planches d'échouage, où des noms vagues sont griffonnés à la craie. A peine des noms : les prénoms des bûcherons piémontais oubliés là, sous quelques mots de prière italienne ; les numéros matricules des soldats décédés, du temps qu'il y avait un lazaret à Bagaud : « Hugues, soldat de 2e classe... » — « Ici repose le corps du nommé Cabass... » Et des anonymes, les naufragés que Savéû repêche à l'automne ; des inscriptions

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