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LES RÉSONANCES DE JOSSÉ

Tournoël et Mme Fianona s'étaient rapprochés. Indifférente aux anecdotes historiques dont les autres s'amusaient, Millicent écoutait une symphonie sans paroles, composée dans son âme par toutes les résonances de Jossé : rappels de l'Italie ; douceur d'entendre sa chanson lointaine, inspiratrice de ceux qui avaient aimé là ; murmure de ces amours mortes qui se ranimaient au fond des temps ; soupirs de la brise nocturne entre les cimes de la futaie, au delà de l'étang ; frissons de l'eau dormante où bougent des vies mystérieuses. Sur la nappe obscure tremblaient des reflets d'étoiles ; c'étaient aussi des accords harmoniques, rapides arpèges de lumière, échos fugitifs de la musique des mondes dans l'infini. Cantilènes des revenants de l'histoire, souffles et bruissements de la nature, de la nuit, du ciel, tout semblait à la jeune femme le prélude ineffable de paroles attendues, qui allaient sortir de ce cœur d'homme qu'elle sentait battre près d'elle, ardent et docile, rythmé sur les mouvements de son propre cœur. — Heureux, troublé sans violence, il la devinait émue, penchante vers lui ; comme on entend dans les ténèbres l'approche d'une personne qu'on ne voit pas, il pressentait qu'elle venait se rendre à sa merci,

vaincue de volonté. Elle se retourna sur l'escalier de la tour pour y relire les vers, à la lueur d'une lampe fixée au mur. Il s'arrêta sur les degrés inférieurs, il lui répéta le dernier de ces vers :

Car je vous ay paincte devant mes yeulx...

Et s'emparant de la main qui pendait sur la robe, à hauteur de son visage, — cette main qu'il avait désirée durant tout le dîner, — il y appuya ses lèvres. Elle la retira lentement. Elle fixa sur lui, bien en face, un regard chargé d'interrogation sérieuse ; d'une voix qu'elle s'efforçait de rendre calme, elle dit :

— Demain, je vous parlerai... Je vous ai demandé vos peines. Je vous dirai peut-être les miennes... C'est une preuve d'estime que je n'ai jamais donnée.

D'un pas léger comme un essor d'oiseau qui plane, elle passa devant lui, rejoignit la société dans la galerie, où l'on se séparait en recevant les flambeaux des mains du duc et de la duchesse

{Le Maître de la mer.)

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