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AU CAIRE. LA MOSQUÉE D'EL MOUAIYAD 28S

délies et aux mésanges qui nichaient dans les alvéoles des pendentifs, entre les grandes lettres koufîques des frises. Ces oiseaux roucoulaient, chantaient, voletaient des palmiers aux colonnes, de la végétation de bois à celle de pierre. Nul ne venait troubler leurs ébats, le bruit de la rue expirait au portail de bronze, le silence était tutélaire et pacifique dans cette fraîche oasis. Seul, un mendiant raccommodait ses loques près du puits ; un homme très vieux, ruine vivante comme la mosquée.

La jeune femme le retrouvait là au soleil du matin, à l'heure délicieuse d'El Mouaïyad ; quand les rayons pénétraient discrètement sous le berceau de feuillage et dans la pénombre du sanctuaire où ils réveillaient les vieux ors éteints ; quand montaient du bassin, le long des grêles colonnettes et sous la calotte en stuc blanc du petit dôme, les reflets dansants des zébrures de l'eau coupés par les ombres mobiles des palmes et des ailes de tourterelles. Millicent ne se souvenait d'aucun lieu où la grâce et la paix des choses lui eussent été plus sensibles ; d'aucun où elle eût eu si douce cette impression d'ancienne prière endormie, continuée par les oiseaux et les plantes, par les murmures et les mouvements légers d'une nature qui demandait pardon d'être là en fraude ; qui se faisait plus aimable, plus filiale, pour réparer la ruine de son dieu, pour le consoler de la désertion des hommes. Mme Fianona revenait toujours de ce pèlerinage rassérénée, plus riche de rêves.

(Le Maître de la mer.)

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