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LE PALAIS-BOURBON

— Mène-moi à la salle des séances, fit Andarran ; il faut que j'y marque ma place.

— Oh! crois-tu que ce soit bien nécessaire? Tu y entreras si rarement ! Allons plutôt à la buvette.

— Ne plaisante pas. Je viens ici pour faire mon devoir, tout mon devoir.

— En ce cas, ton devoir est dans ces couloirs : on y décide les destinées du pays. La tribune, c'est bon pour nous autres, les bavards, les partis qui préparent l'avenir ; ceux qui gouvernent le présent opèrent sur ce grand marché d'hommes. Là-bas, on ne déplace jamais un bulletin de vote ; ici, on les maquignonne. Et il n'y a que les votes qui comptent. Les discours s'envolent, les votes demeurent. Là-bas, c'est le théâtre, la parade ; ici, dans la coulisse, c'est la réalité des choses. Notre régime de libre discussion — tu t'en convaincras chaque jour davantage — assure le pouvoir effectif à quelques silencieux, aux puissances occultes qui chuchotent le mot d'ordre derrière un de ces piliers. Ah ! mon conscrit, crois-en un orateur renseigné sur la vanité de ses succès ; et regarde la salle où nous entrons : à cette heure, dans son abandon

matinal, ce violon au repos ne te rappelle-t-il pas un vers fameux du subtil Mallarmé?

Insolite vaisseau d'inanité sonore...

Dans le grand hémicycle désert suintait cette tristesse particulière aux salles de théâtre, le matin, quand le vide et le silence y paraissent lourds, presque inquiétants, par comparaison avec la foule, le bruit, les lumières qu'on a coutume d'y retrouver. Andarran jeta un regard circulaire sur les parois massives de l'amphithéâtre ; une exclamation involontaire lui échappa :

— Tiens, il n'y a pas de fenêtres !

Pas de fenêtres, pas de jours sur l'extérieur, aucune communication avec l'air libre et le pays ambiant. Un four hermétiquement clos, une machine à air comprimé qui devait favoriser la formation d'une atmosphère peu renouvelable. Pour y voir plus clair, pensait Jacques, pour aérer, pour recevoir les bruits du dehors et y répondre, il faudrait briser les vitres de ce plafond, avare de la clarté qu'il tamise. L'absence d'ouvertures dans ces murailles de prison, les mœurs et les conventions théâtrales imposées aux acteurs par la configuration d'un théâtre, telles furent les impressions dominantes que cette première inspection laissa au néophyte.

(Les Morts qui parlent.)

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