‹ Pages choisiesChapitre 5 sur 25 · VOYAGE AUX PYRÉNÉES · texte numérisé non relu

VOYAGE AUX PYRÉNÉES

le style descriptif. Un autre malheur est la monotonie du genre; décrire et puis décrire, cela fatigue au bout de dix pages, j'en dois faire trois cents. Je suis obligé de chercher des incidents, etc., et de les enchâsser comme je peux, pour me laire lire. »

Le Gave*.

Ces eaux des montagnes ne ressemblent pas à celles des plaines : rien ne les souille ; elles n'ont jamais pour lit que le sable et la pierre nue. Si profondes qu'elles soient, on peut compter leurs cailloux bleus ; elles sont transparentes comme l'air. Un fleuve n'a d'autre diversité que celle de ses rives ; son cours régulier, sa masse * donnent toujours la même sensation : au contraire, le Gave est un spectacle toujours changeant ; le visage humain n'a pas d'expressions plus marquées et plus différentes. Quand l'eau dort sous les roches, verte et profonde, ses yeux d'émeraude ont le regard perfide d'une naïa(ie qui fascinerait le passant pour le noyer; puis, la folle qu'elle est, bondit en aveugle à travers les roches, bouleverse son lit, se soulève en tempête d'écume, se brise impuissante et furieuse contre le bloc qui l'a vaincue. Trois pas plus loin, elle s'apaise et vient frétiller capricieusement près du bord en remous changeants, diaprée de bandes claires et sombres^, se tordant comme une couleuvre voluptueuse. Quand la roche de son lit est large et polie, elle s'y étale, veinée de rose et d'azur, souriante, offrant sa glace unie à toute la lumière du soleil. Sur les herbes courbées, elle fiie silencieuse en lignes droites et tendues

1. Ce morceau se trouve avec quleques modifications dans la l'e édition du livre (p. 40-43).

2. Var. 1^8 édit. : /e cours régulier c/e sa masse uni forrrie donne toujours....

Page 1