Var. l'e édit. : et se tordant
comme un faisceau de joncs, avec l'élan et la vélocité d'une truite poursuivie. Lorsqu'elle tombe en face du soleil, on voit les couleurs de l'arc-en-ciel trembler dans ses filets de cristal, s'évanouir, reparaître, ouvrage aérien, sylphe de lumière, auprès duquel une aile d'abeille paraît grossière, et que les doigts des fées n'égaleraient pas. De loin, le Gave entier n'est qu'un orage de chutes argentées, coupées de nappes bleues, splendides. Jeunesse fougueuse et joyeuse, inutile et poétique ; demain cette eau troublée recevra les égouts des villes, et les quais de pierre emprisonneront son cours pour le régler. [P. 159-160.]
Comment est née l'Imitation.
Il était doux ici ' d'être moine : c'est en de tels lieux qu'il faut lire V Imitation; c'est en de tels lieux qu'on Ta écrite. Pour une âme délicate et noble, un couvent était alors le seul refuge ; tout la blessait et la rebutai-^ alentour.
Alentour, quel horrible monde ! Des seigneurs brigands qui pillent les voyageurs et s'égorgent entre eux; des artisans et des soudards qui s'emplissent de viandes et s'accouplent en brutes; des paysans dont on brûle la hutte, dont on viole la femme, qui par désespoir et par faim s'en vont au sabbat. Nul souvenir de bien, nul espoir de mieux. Qu'il est doux de renoncer à l'action, à la compagnie, à la parole, de se cacher, d'oublier toutes les choses extérieures, et d'écouter dans la sécurité et dans la solitude les voix divines qui, semblables à des sources recueillies, murmurent pacifiquement au fond du cœur!
Ici qu'il est aisé d'oubUer le monde! Ni livres,, ni nouvelles, ni sciences; personne ne voyage et personne ne pense. Cette vallée est tout l'univers ; de temps en temps,