Le prétendant Charles
Edouard, petit-tîls de Jacques II, d'abord prince malheureux, puis homme dégradé. — Mort à Rome en 1788.
5. A force d'abonder dans son sens, Rousseau aboutit au paradoxe. On relève dans son œuvre nombre de ces aphorismcs absolus qui sont à l'extrême limite d'une idée juste, et par suite au commencement d'une idée fausse-
lui? tout au contraire, il sera le mieux employé ; car c'est ainsi que vous apprendrez à ne pas perdre un seul moment dans un temps i»lus précieux : au lieu que, si vous commencez d'agir avant de savoir ce qu'il faut faire, vous agirez au hasard; sujet à vous tromper, il faudra revenir sur vos pas; vous serez plus éloigné du but que si vous eussiez été moins pressé de l'atteindre. Ne faites donc pas comme l'avare qui perd beaucoup pour ne vouloir rien perdre. Sacrifiez dans le premier âge un temps que vous regagnerez avec usure dans un âge plus avancé. Le sage médecin ne donne pas étourdiment des ordonnances à la première vue , mais il étudie premièrement le tempérament du malade avant de lui rien prescrire ; il commence tard à le traiter, mais il le guérit, tandis que le médecin trop pressé le tue. (Emile, 11.)
[Ailleurs :]
Respectez l'enfance, et ne vous pressez point de la juger, soit en bien, soit en mal. Laissez les exceptions s'indiquer, se prouver, se confirmer longtemps, avant d'adopter pour elles des méthodes particulières. Laissez longtemps agir la nature avant de vous mêler d'agir à sa place, de peur de contrarier ses opérations. (Ibid.)
PAS TROP d'Études spéculatives!
Nous n'apprenons pas assez à nos élèves <• l'art d'agir ». Aujourd'hui encore (peut-être aujourd'hui surtout), les observations de Rousseau sont bonnes à entendre.
Quand je vois que, dans l'âge de la plus grande activité, l'on borne les jeunes gens à des études purement (spé cu2atr\;(es^et qu'après, sans la moindre expérience, ils sont toufd'un coup jetés dans le monde et dans les affaires, je trouve qu'on ne choque pas moins la raison que la nature, et je ne suis plus surpris que si peu de gens sachent se conduire. Par quel bizarre tour d'esprit nous apprend-on tant de choses inutiles, tandis que l'art d'agir est compté pour rien? On prétend nous
former pour la société, et l'on nous instruit comme si ( Iiacun de nous devait passer sa vie à penser seul dans sa cellule, ou à traiter des sujets en l'air avec des indif- IV rents. Vous croyez apprendre à vivre aux enfants, en ii^nr enseignant certaines contorsions du corps et cert liiies formules de paroles qui ne signifient rien. Moi aussi, j'ai appris à vivre à mon Emile, car je lui ai apprisà vivre avec lui-même, et de plus à savoir gagner son pain. Mais ce n'est pas assez. Pour vivre dans le monde, il faut savoir traiter avec les hommes*, il faut connaître les instruments qui donnent prise sur eux : il faut calculer l'action et la réaction de l'intérêt particulier dans la société civile, et prévoir si juste les événements, qu'on soit rarement trompé dans ses entreprises, ou qu'on ait du moins toujours pris les meilleurs moyens pour réussir. Les lois ne permettent pas aux jeunes gens de faire leurs propres alTaires, et de dispos(M' de leur propre bien : mais que leur serviraient ces piécautions, si, jusqu'à l'âge prescrit, ils ne pouvaient acquérir aucune expérience? Ils n'auraient rien gagné d attendre, et seraient tout aussi neufs à vingt-cinq ans qu'à quinze. (Emile. IV.)