‹ Pages choisiesChapitre 158 sur 202 · CULTIVER LE JUGEMENT PLUS QUE LA MEMOIRE · texte numérisé non relu

CULTIVER LE JUGEMENT PLUS QUE LA MEMOIRE

Si la nature a donné au cerveau des enfants cette souplesse qui le rend propre à recevoir toutes sortes d'im- [tressions, ce n'est pas pour qu'on y grave des noms de rois, des dates, des termes de blason, de sphère, de géo- ^.'l'aphie, et tous ces mots sans aucun sens pour leur âge, et sans aucune utilité pour quelque âge que ce soit, dont on accable leur triste et stérile enfance : mais c'est pour que toutes les idées relatives à l'état de l'homme, toutes r.'lles qui se rapportent à son bonheur et l'éclairent sur - s devoirs, s'y tracent de bonne heure en caractères lîielTaçables. et lui servent à se conduire pendant sa vie.

1. Comment Rousseau, qui parle 1 hommes, l'a-l-il lui-même si peu si bien de l'art de vivre avec les I praliijué?

d'une manière convenable à son être et à ses facultés Sans étudier dans les livres, la mémoire d'un enfan ne reste pas pour cela oisive : tout ce qu'il voit, tou ce qu'il entend le frappe, et il s'en souvient; il tien' registre en lui-même des actions , des discours deî hommes ; et tout ce qui l'environne est le livre dan lequel, sans y songer, il enrichit continuellement sî mémoire, en attendant que son jugement puisse ce profiter. C'est dans le choix de ces objets, c'est dans 1( soin de lui présenter sans cesse ceux qu'il doit connaî tre, et de lui cacher ceux qu'il doit ignorer, que consiste le véritable art de cultiver la première de ses facultés et c'est par là qu'il faut tacher de lui former un magasir de connaissances qui serve à son éducation durant h jeunesse, et à sa conduite dans tous les temps. CetU méthode, il est vrai, ne forme point de petits prodiges et ne fait pas briller les gouvernantes et les précepteurs; mais elle forme des hommes judicieux, robustes sains de corps et d'entendement, qui, sans s'être faii admirer étant jeunes, se font honorer étant grands.

Ne pensez pas pourtant qu'on néglige ici* tout à fait ces soins dont vous faites un si grand cas. Une mère un peu vigilante tient dans ses mains les passions d ses enfants. Il y a des moyens pour exciter et nourri en eux le désir d'apprendre ou de faire telle ou tell chose; et autant que ces moyens peuvent se concilier] avec la plus entière liberté de l'enfant, et n'engendrent| en lui nulle semence de vice, je les emploie assei» volontiers, sans m'opiniàtrer quand le succès n'y ré-| pond pas; car il aura toujours le temps d'apprendrCjmais il n'y a pas un moment à perdre pour lui former un bon naturel; et M. de Wolmar a une telle idée du premier développement de la raison, qu'il soutient que quand son fds ne saurait rien à douze ans, il n'en serait pas moins instruit à quinze, sans compter que rien n'est moins nécessaire que d'être savant, et rien plus que d'être sage et bon. {Nouvelle Hcloïse, V, m.)

. C'est M"'" (le Wolmar qui pnrie.

ÉDUCATION LT INSTULCTION. 280

Page 1