LES ANCIENS ET LES MODERNES
En général, Emile prendra plus de goût pour les livres des anciens que pour les nôtres; par cela seul (ju'étant les i)remiers, les anciens sont les plus près de la nature-, et ({ue leur génie est plus à eux. Quoi qu'en aient i)u dire La Motte et labbé Terrasson, il n'y a point de vrai progrès de raison dans l'espèce humaine, parce que tout ce qu'on gagne d'un côté on le perd de l'autre ; que tous les esprits partent toujours du même point, et que le temps qu'on emploie à savoir ce que d'autres ont pensé étant perdu pour apprendre à penser soi-même, on a plus de lumières acquises et moins de vigueur d'esprit^. Nos esprits sont comme nos bras, exercés à tout faire avec des outils, et rien par eux mêmes. Fontenelle disait qu"^ toute celte dispute sur les anciens et les modernes se réduisait à savoir si les arbres d'autrefois étaient plus grands que ceux daujourdhui. Si l'agriculture avait changé, cette question ne serait pas impertinente à faire. {Emile, IV.)