Voilà la sensiblerie du xviii' siècle
i. On voit comment la préft-rence de Rousseau pour les Anciens découle naturellement du ïivslème "encrai de ses idées.
Rapprocher la société de la nature étant son but, il doit nécessairement préférer les anciens aux modernes.
ô. Ce raisonnement semble irrcl'ulaljle.
anciens. Dans Féloquence, comme dans la poésie, dans toute espèce de littérature, on les retrouvera comme dans l'histoire, abondants en choses, et sobres à juger. Nos auteurs, au contraire, disent peu et prononcent beaucoup. Nous donner sans cesse leur jugement pour loi n'est pas le moyen de former le nôtre. La différence des deux goûts se fait sentir dans tous les monuments et jusque sur les tombeaux. Les nôtres sont couverts d'éloges; sur ceux des anciens on lisait des faits.
Sta, viator; hcrocm calcas*.
Quand j'aurais trouvé cette épitaphe sur un monument antique, j'aurais d'abord deviné qu'elle était moderne; car rien n'est si commun que des héros parmi nous, mais chez les anciens ils étaient rares. Au lieu de dire qu'un homme était un héros, ils auraient dit ce qu'il avait fait pour l'être. A répitai)he de ce héros comparez celle de l'efféminé Sardanapale :
J'ai bâti Tarse et Anchiale en un jour, et maintenant je suis mort.
Laquelle dit plus, à votre avis? notre style lapidaire, avec son enflure, n'est bon qu'à souffler des nains. Les anciens montraient les hommes au naturel, et l'on voyait que c'étaient des hommes. Xénophon honorant la mémoire de quelques guerriers tués en trahison dans la retraite des Dix Mille : Ils moururent, dit-il, irréprochabte» dans la guerre et dans Vamitic. Voilà tout : mais considérez, dans cet éloge si court et si simple, de quoi l'auteur devait avoir le cœur plein. Malheur à qui ne trouve pas cela ravissant !
On lisait ces mots gravés sur un marbre aux Thermopyles :
Passant, va dire à Sparte que nous sommes morts ici pour ol)éir à ses saintes lois.
1 L'épiiaphe 8la, viator, etc., i sur le champ de bataille, à Norla été faite pour François de lingen. Voyez Voltaire, Siècie rffl Mercy, général allemand enterré I Louis XIV, ch. m.
On voit Ijioii ([uq ce n'est pas rAcadémie des inscriptions qui a composé celle-là'.
Je suis trompé si mon élève, qui donne si peu de prix aux paroles, ne porte sa })remière attention sur ces tlilTérences, et si elles n'influent sur le choix de ses lectures. Entraîné par la mâle éloquence de Démosthène, il dira : C'est un orateur; mais en lisant Cicéron. il dira : C'est un avocat-. [Emile, IV.)