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Jar^nn hniiolé. en usaç^c I comme dans un four

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pacrncr pour lui servir de secrétaire et dintcrprètc. Mali^i'é mon petit habit violet, nouvellement acheté, et (pii ne cadrait pas mal avec mon nouveau poste, j'avais lair si peu étoffé, quil ne me crut pas difficile à gagner, et il ne se trompa point. Notre accord fut liientôt l'ait; je ne demandais rien, et il promettait beaucoup Sans caution, sans sûreté, sans connaissance, je me livre à sa conduite, et dès le lendemain me voilà parti pour Jérusalem.

Nous commençâmes notre tournée par le canton de Fribourg, où il ne fit pas grand'chose. La dignité épisco pale ne permettait pas de faire le mendiant, et de quêter aux particuliers; mais nous présentâmes sa commission au sénat, qui lui donna une petite somme. De là nous fûmes à Berne. Nous logeâmes au Faucon, bonne auberge alors, où Ton trouvait bonne compagnie. La table était nombreuse et bien servie. Il y avait longtemps c|ue je faisais mauvaise chère ; j'avais grand besoin de me refaire, j'en avais l'occasion, et j'en profitai. Monseigneur l'archimandrite était lai-méme un homme de bonne compagnie, aimant assez à tenir table, gai, parlant bien pour ceux qui l'entendaient, ne manquant pas de certaines connaissances, et plaçant son érudition grecque avec assez d'agrément. Un jour, cassant au dessert des noisettes, il se coupa le doigt fort avant; et comme le sang sortait avec abondance, il montra son doigt à la compagnie, et dit en riant : Mirate, signori; questo è sangue pelasgo *.

A Berne mes fonctions ne lui furent pas inutiles, et je ne m'en tirai pas aussi mal que j'avais craint. J'étais bien plus hardi et mieux parlant c|ue je n'aurais été pour moi-même. Les choses ne se passèrent pas aussi simplement qu'à Fi-ibourg : il fallut de longues et frécjuentes conférences avec les premiers de l'État, et l'examen de ses titres ne fut pas l'affaire d'un jour. Enfin, tout étant en règle, il fut admis à l'audience du sénat. J'entrai avec lui comme son interprète, et l'on me

1. Jeu de mol sur le double sens du terme: pclagien. hérélique. et pélasge. grec.

dit de parler. Je ne m'attendais à rien moins, et il ne m'était pas venu dans l'esprit qu'a[)rès avoir longtemps conféré avec les membres, il fallût s'adresser au corps comme si l'ien n'eût été dit. Oa'on juge de mon endiarras! Pour un homme aussi honteux, parler non seulement en public, mais devant le sénat de Berne, et parler impromptu sans avoir une seule minute pour me préparer, il y avait là de cjuoi m'anéantir. Je ne fus pas même intimidé. J'exposai succinctement et nettement la commission de l'archimandrite. Je louai la piété des princes qui avaient contril)ué à la collecte qu'il était venu faire. Piquant d'émulation celle de Leurs Excellences, je dis c{u'il n'y avait pas moins à espérer de leur munificence accoutumée; et puis, tachant de prouver que cette bonne œuvre en était également une pour tous les chrétiens sans distinction de secte, je finis par promettre les bénédictions du ciel à ceux qui voudraient y prendre part. Je ne dirai pas que mon discours fit effet; mais il est sûr qu'il fut goûté, et qu'au sortir de l'audience l'archimandrite reçut un présent fort honnête, et de plus, sur l'esprit de son secrétaire, des compliments dont j'eus l'agréable emploi d'être le truchement, mais que je n'osai lui rendre à la lettre. Voilà la seule fois de ma vie que j'aie parlé en public et devant un souverain, et la seule fois aussi peut-être que j'aie parlé hardiment et bien.

Partis de Berne, nous allâmes à Soleure....

La première chose que nous fîmes en y arrivant fut d'aller saluer M. l'ambassadeur de France. Malheureusement pour mon évêque cet ambassadeur était le marcjuis de Bonac, qui avait été ambassadeur à la Porte, et qui devait être au fait de tout ce qui regardait le Saint-Sépulcre. L'archimandrite eut une audience d'un quart d'heure, où je ne fus pas admis, parce que M. l'ambassadeur entendait la langue franc|ue, et parlait l'italien du moins aussi bien que moi. A la sortie de mon Grec je voulus le suivre; on me retint, ce fut mon tour. M'étant donné pour Parisien, j'étais comme ici sous la juridiction de Son Iilxcellencc. Elle me

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demanda qui jetais, nrexhorla de lui dire la vérité; je le lui promis en lui demandant une audience particulière qui me fut accordée. M. Tambassadeur m'emmena dans son cabinet, dont il ferma sur nous la porte, et là, me jetant à ses pieds, je lui tins parole. II fut si coulent de ma petite histoire et de Teffusion de cœur avec iaquelle il vit que je Tavais contée, quil me prit par la main, entra chez madame Tambassadiùce, et me présenta à elle en lui faisant un abrégé de mon récit. M""" de Bonac m'accueillit avec bonté, et dit qu'il ne fallait pas me laisser aller avec ce moine grec. II fut résolu que je resterais à l'hotel en attendant qu'on vît ce qu'on pourrait faire de moi. Je voulus aller faire mes adieux à mon pauvre archimandrite, pour lequel j'avais conçu de l'attachement : on ne me le permit pas. On envoya lui signifier mes arrêts, et un quart d'heure après je vis arriver mon petit sac. M. de la Martinière, secrétaire d'ambassade, fut en quelque façon chargé de moi. En me conduisant dans la chambre qui m'était destinée, il me dit : Cette chambre a été occupée sous le comte du Luc par un homme célèbre du même nom que vous : il ne tient qu'à vous de le remplacer de toutes manières, et de faire dire un jour, Rousseau premier, Rousseau second. Cette conformité, qu'alors je n'espérais guère, eût moins flatté mes désirs si j'avais pu prévoir à quel prix je l'achèterais un jour. {Confessions, I. IV.)

EN ROUTE POUR PARIS î l'aRRIVÉE.

Débarrassé de son archimandrite et commis aux soins de M. de la Martinière, secrétaire d'ambassade, Rousseau, consulté sur ses goûts, répond qu'il désire aller à Paris. Simple fantaisie de son imagination, dont il fut au reste bien vite corrige. Aussitôt on l'adresse au colonel Godard, qui cherchait justement un mentor pour son neveu, entré très jeune au service.

Je mis à ce voyage une quinzaine de jours, que je peux compter parmi les heureux de ma vie. J'étais jeune, je me portais bien, j'avais assez d'ai'gent, beau-

58 LECTURES CflOTSlES DE J. J. UOUSSEyVU.

coup crespérance, je voyageais à pied, et je voyageais seul. On serait étonné de me voir compter un pareil avantage, si déjà l'on n'avait dû se familiariser avec mon humeur. Mes douces chimères me tenaient compagnie, et jamais la chaleur de mon imagination n'en enfanta de plus magnifiques. Quand on m'offrait quelque place vide dans une voiture, ou que quelqu'un m'accostait en route, je rechignais de voir renverser la fortune dont je bâtissais l'édifice en marchant. Cette fois mes idées étaient martiales. J'allais m'attacher à un militaire et devenir militaire moi-même; car on avait arrangé que je commencerais par être cadet. Je croyais déjà me voir en habit d'officier avec un beau plumet blanc. Mon cœur s'enflait à cette noble idée. J'avais quelque teinture de géométrie et de fortifications ; j'avais un oncle ingénieur; j'étais en quelque sorte enfant de la balle. Ma vue courte offrait un peu d'obstacle, mais qui ne m'embarrassait pas; et je comptais bien à force de sang-froid et d'intrépidité suppléer à ce défaut. J'avais lu que le maréchal Schomberg avait la vue très courte; pourquoi le maréchal Rousseau ne l'aurait-il pas? Je m'échauffais tellement sur ces folies, que je ne voyais plus que troupes, remparts, gabions, batteries, et moi, au milieu du feu et delà fumée, donnant tranquillement mes ordres la lorgnette à la main. Cependant, quand je passais dans des campagnes agréables, que je voyais des bocages et des ruisseaux, ce touchant aspect me faisait soupirer de regret; je sentais au milieu de ma gloire que mon cœur n'était pas fait pour tant de fracas; bientôt, sans savoir comment, je me retrouvais au milieu de mes chères bergeries, renonçant pour jamais aux travaux de Mars. i

Combien l'abord de Paris démentit l'idée que j'en avais! La décoration extérieure que j'avais vue à Turin, la beauté des rues, la symétrie et l'alignement des maisons, me faisaient chercher à Paris autre chose encore. Je m'étais figuré une ville aussi belle que grande, de ras[)ect le plus imposant, où l'on ne voyait que de supej'bes rues, des i)alais de marbre cî d'or. En entrant

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pai' le rauhourg: Sainl-3Iarccaii. je ne vis que de petites rues sales et puantes, de vilaines maisons noires, fair de la malpropreté, de la pauvreté, des mendiants, des charretiers, des râvaudeuses, des crieuses de tisane et de vieux chapeaux'. Tout cela me frappa dabord à tel point, que tout ce que j'ai vu depuis à Paris de magnilicence réelle n'a pu détruire cette première impression, et qu'il m'en est resté toujours un secret dégoût pour riiahitation de cette capitale. Je puis dire que tout le teuq:)S que j'y ai vécu dans la suite ne fut enqjloyé qu'à y chercher des ressources pour me mettre en état d'en vivre éloigné. Tel est le fruit d'une imagination trop active, qui exagère par-dessus l'exagération des hommes, et voit toujours plus que ce qu'on lui dit- On m'avait tant vanté Paris, que je me l'étais figuré comme l'ancienne Babylone, dont je trouverais peutêtre autant à rabattre, si je l'avais vue, du portrait cjue je m'en suis fait. La même chose m'arriva à l'Opéra, où je me pressai d'aller le lendema'm de mon arrivée; la même chose m'arriva dans la suite à Versailles; dans la suite encore en voyant la mer; et la même chose m'arrivera toujours en voyant des spectacles cju'on m'aura trop annoncés : car il est impossible aux hommes et difficile à la nature elle-même- de passer en richesse mon imagination. [Confessions, I, jv.)

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