‹ Pages choisiesChapitre 4 sur 202 · ROUSSEAU ÉPISTOLIER · texte numérisé non relu

ROUSSEAU ÉPISTOLIER

« Les lettres de Rousseau ne ressemblent en rien à celles de Voltaire. Il a besoin de temps et d'espace pour être éloquent. Ne cherchez avec lui ni la légèreté du ton ni l'élégance naturelle. Tout devient affaire avec lui ; avec Voltaire tout était plaisanterie et jeu. Rousseau ne rit pas, ou il n'a qu'une grâce compassée, quand il se risque à badiner; il est sérieux, consciencieux à l'excès.... Enfin, il est aussi peu gentilhomme que possible. Mais prenez garde! J'ai dit les défauts : voyons les avantages. Si vous-même vous êtes né pauvre et assujetti; si, aux prises avec la vie commune, vous ne rougissez pas d'en nommer les moindres détails, et si vous ne vous rebutez pas aux misères mêmes de la réalité ; si, en revanche, vous ne faites pas fi des joies bourgeoises ou populaires; si les souvenirs de l'enfance n'ont pas cessé de vous émouvoir; si l'aspect de la vallée ou de la montagne natale, le seuil de la ferme où vous alliez, enfant, vous régaler de laitage et de fruits les jours de promenade, rit en songe à votre cœur, alors vous trouverez votre compte avec Rousseau.... Vous lui passerez bien des préoccupations vulgaires en faveur des élans de sensibilité et d'âme par lesquels il les rachète; vous l'aimerez pour ces accents de cordialité sincère que toute son humeur ne parvient pas à étouffer. Voltaire aime l'humanité, et il affecte en toute occasion de mépriser le pauvre : Rousseau s'étonne de cette inconséquence, et la lui reproche doucement. On n'a jamais à craindre avec lui, même dans ses écarts, de ces contradictions qui tiennent aux sources de l'àme, et qui choquent dans le lecteur ami des hommes.

quelque chose de plus sensible encore que le goût. » (Sainte- Beuve, Lundis, XV, 2i4-5.)

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